Gabon : le diagnostic sans concession d’Oligui Nguema ouvre la voie à la réforme de la SEEG
Confronté à une crise persistante de l’eau et de l’électricité, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a annoncé une profonde réforme de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Entre investissements massifs, dénonciation de l’incivisme, critique de la gouvernance passée et remise en cause du modèle actuel, le chef de l’État entend restructurer durablement un secteur devenu l’une des principales préoccupations des populations.
L’eau et l’électricité demeurent aujourd’hui les principaux sujets de mécontentement des Gabonais. Malgré les investissements engagés depuis le début de la Transition, les coupures récurrentes continuent d’affecter les ménages, les administrations et les entreprises à travers le pays.
Dans son discours sur l’état de la Nation, Brice Clotaire Oligui Nguema a tenu à rappeler que la résolution de ces difficultés ne peut être immédiate. « Certes, nous avons construit le Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie en seulement 18 mois. En revanche, la réalisation d’une centrale thermique à gaz exige généralement 3 à 4 années de travaux, tandis que la construction d’un barrage hydroélectrique nécessite 5 à 6 ans », a-t-il souligné.
Plus de 800 milliards FCFA injectés dans l’énergie
Pour répondre à l’urgence énergétique, le gouvernement affirme avoir déjà investi, avec l’appui des partenaires bancaires, plus de 800 milliards de FCFA dans le développement de centrales thermiques à travers le territoire national. En parallèle, les autorités ont opté pour une solution d’urgence avec l’arrivée d’un bateau énergétique capable de fournir 150 mégawatts supplémentaires afin de renforcer les capacités actuelles du réseau national. Pour le chef de l’État, ces investissements témoignent de la volonté de l’exécutif d’apporter des réponses structurelles à une crise qui pénalise fortement l’économie et le quotidien des populations.
Au-delà des infrastructures, Brice Clotaire Oligui Nguema a également pointé du doigt les comportements qui fragilisent davantage le secteur. Il a dénoncé le non-paiement des factures, les branchements illicites, la fraude aux compteurs, le vol des câbles électriques, le sabotage des transformateurs ainsi que certaines pratiques de trafic. Le président de la République a également mis en garde les entreprises spécialisées dans la récupération de métaux ferreux qui participeraient indirectement au phénomène en achetant des câbles volés sans signaler leur provenance aux autorités judiciaires.
Mais l’incivisme n’explique pas tout. Le chef de l’État a également reconnu les défaillances internes du système. Il a notamment évoqué « l’échec de la mise en œuvre du projet PIEPAL depuis 2014 », un programme destiné à améliorer l’alimentation en eau du Grand Libreville et qui a nécessité de nouveaux financements pour corriger ses insuffisances.
La fin annoncée de la SEEG telle qu’elle existe aujourd’hui
L’annonce la plus marquante concerne toutefois l’avenir même de la SEEG. Pour le président de la République, les difficultés actuelles démontrent les limites du modèle intégré qui regroupe au sein d’une même entreprise l’eau et l’électricité. « La SEEG doit être réformée si nous voulons régler de manière durable le problème », a-t-il déclaré.
Le gouvernement envisage ainsi une double transformation. D’une part, séparer la gestion de l’eau de celle de l’électricité. D’autre part, dissocier les activités de production, de distribution et de commercialisation. Cette réforme constituerait l’une des plus importantes restructurations du secteur depuis plusieurs décennies. Si elle est menée à son terme, elle pourrait profondément modifier l’organisation des services publics de l’eau et de l’électricité au Gabon.
Au-delà des annonces, les populations attendent désormais des résultats concrets. Car si la réforme de la SEEG marque un tournant institutionnel majeur, son succès sera avant tout mesuré à l’aune d’un indicateur simple : la disponibilité de l’eau et de l’électricité dans les foyers gabonais.










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