Véhicules de fonction : l’État ne peut plus financer les privilèges d’une minorité de fonctionnaires
À compter de la fin du mois de juillet 2026, les agents publics bénéficiant d’un véhicule de fonction ou de commandement ne devraient plus percevoir l’indemnité mensuelle de transport. Présentée comme une mesure de rationalisation des dépenses publiques, cette décision met surtout fin à une anomalie ancienne : l’octroi simultané d’un véhicule payé et entretenu par l’État et d’une indemnité destinée précisément à compenser les frais de déplacement. Une réforme nécessaire, mais qui devrait ouvrir la voie à un audit des sommes indûment versées et à une remise à plat de l’ensemble des avantages accordés aux hauts responsables publics.
La suppression de ce cumul avait été annoncée le 15 juin 2026 par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, devant le Parlement réuni en Congrès. Elle repose sur une logique simple : un agent dont les déplacements professionnels sont déjà assurés par un véhicule administratif ne peut, dans le même temps, percevoir une indemnité censée couvrir ces mêmes dépenses.
Dans son édition du vendredi 10 juillet 2026, L’Union rappelle que l’article 9 bis du décret n°00208/PR/MBCP du 28 octobre 2013 interdit expressément ce cumul. Selon cette disposition, « le bénéfice d’un véhicule de commandement ou de fonction proprement dit ne peut être cumulé avec l’allocation d’un élément de rémunération ayant vocation à compenser le transport de l’agent public ».
Une irrégularité tolérée pendant plusieurs années
La règle existait donc. Elle n’était simplement pas appliquée avec la rigueur attendue. Pendant plusieurs années, des agents publics ont pu disposer d’un véhicule financé par le contribuable, bénéficier de son entretien, de son assurance et parfois de son carburant, tout en percevant une indemnité de transport sur leur rémunération.
La question ne consiste plus seulement à savoir comment mettre fin à cette pratique. Elle est aussi de comprendre comment elle a pu perdurer malgré la clarté des textes. Quels services validaient les paiements ? Pourquoi les fichiers du patrimoine de l’État et ceux de la Solde n’étaient-ils pas régulièrement croisés ? Combien d’agents ont bénéficié de ce double avantage et pour quel montant global ?
La Direction générale du patrimoine de l’État prévoit désormais un recensement des véhicules et un croisement des données détenues par la Solde, les Transports terrestres, les ministères, les institutions et la présidence de la République. Cette opération ne devrait pas seulement servir à interrompre les paiements futurs. Elle doit permettre d’établir l’ampleur des irrégularités passées.
L’État doit examiner la question des indus
Lorsque des sommes publiques ont été versées en méconnaissance de la réglementation, la question de leur récupération doit être posée. Sous réserve des règles de prescription, de la bonne foi des bénéficiaires et des procédures applicables, l’administration devrait examiner les conditions d’un éventuel remboursement des indus.
Il serait difficilement compréhensible que l’État se contente d’interrompre un avantage irrégulier sans chercher à connaître son coût cumulé pour les finances publiques. La rigueur ne peut être uniquement prospective. Elle implique également d’identifier les responsabilités et, lorsque le droit le permet, de récupérer les sommes injustement supportées par le contribuable. Cette démarche ne constituerait pas une persécution des fonctionnaires. Elle relèverait d’un principe élémentaire de gestion : aucun citoyen ne doit conserver durablement un avantage public auquel il n’avait pas droit.
Les fonctionnaires ne sont pas au-dessus des autres citoyens
Le fonctionnaire est au service de l’État. Ce statut ne doit pas le transformer en citoyen privilégié pouvant cumuler les facilités financées par la collectivité pendant qu’une partie de la population ne bénéficie d’aucune protection comparable. Dans un pays confronté au chômage, aux difficultés d’accès aux soins, à la pénurie de logements, aux coupures d’eau et d’électricité et à la précarité de nombreux ménages, les finances publiques ne peuvent continuer à entretenir des privilèges injustifiables.
L’État ne peut demander des sacrifices aux populations, augmenter certaines contributions ou rechercher de nouvelles recettes tout en conservant, dans sa propre administration, des doublons manifestes. La cohérence dans la gouvernance commence par l’exemplarité de ceux qui administrent les ressources de la Nation.
Du véhicule de fonction au véhicule personnel
La réflexion doit également être élargie à l’utilisation des véhicules administratifs. Trop souvent, ces derniers sont considérés comme des biens personnels attachés à une fonction : déplacements privés, week-ends, courses familiales, circulation nocturne sans mission identifiable ou stationnement permanent au domicile du bénéficiaire. Ces pratiques ont un coût. Chaque trajet privé entraîne une consommation de carburant, une usure des pneumatiques, des frais d’entretien et des réparations supportées par l’État. Elles accélèrent également la vétusté du parc automobile et obligent l’administration à renouveler prématurément des véhicules acquis sur fonds publics.
Cette confusion entre outil de travail et avantage personnel alourdit silencieusement le train de vie de l’État. Elle doit être combattue par des carnets de bord obligatoires, la géolocalisation des véhicules, le stationnement dans les administrations après le service et la justification de toute sortie effectuée en dehors des horaires habituels.
Mettre fin à l’État-providence pour privilégiés
Le Gabon fait face à d’importantes tensions de trésorerie et à un niveau d’endettement qui impose davantage de discipline. Dans ces conditions, aucune économie ne doit être considérée comme secondaire. Réduire le train de vie de l’État ne consiste pas uniquement à diminuer les budgets des institutions les plus visibles. Cela suppose de traquer les dépenses injustifiées, les avantages cumulés, les véhicules utilisés à titre personnel et toutes les habitudes administratives qui coûtent à la collectivité sans améliorer le service public.
La suppression de l’indemnité de transport constitue donc une mesure de bon sens. Mais elle ne sera crédible que si elle s’accompagne d’un audit complet, de mécanismes de contrôle durables et, le cas échéant, du recouvrement des sommes indûment perçues. L’État ne peut plus faire preuve de largesse avec l’argent qu’il ne possède pas. Les ressources publiques doivent servir l’ensemble des Gabonais, et non entretenir les privilèges d’une minorité.










GMT TV