Gabon : l’abandon des personnes âgées de plus en plus fréquent au Centre de gérontologie de Melen
C’est un mal silencieux qui ronge les familles et peuple les couloirs du Centre de gérontologie-gériatrie de Melen. À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes âgées, célébrée chaque 15 juin 2026, l’établissement a ouvert ses portes au public. L’objectif était de sensibiliser l’opinion, mais surtout de mettre en lumière un phénomène de plus en plus préoccupant : l’abandon pur et simple des aînés par leurs propres proches.
Pour les responsables de la structure, le constat est amer. Si la maltraitance prend parfois la forme de violences physiques, d’accusations de sorcellerie ou de privations financières, c’est bien l’isolement social et le rejet de la famille qui poussent la majorité des pensionnaires à trouver refuge à Mélène. Ce centre spécialisé devient alors le dernier rempart contre l’oubli.
Le directeur de l’établissement, Judicaël Mombo Mombo, dénonce des situations de délaissement d’une grande cruauté. Il évoque notamment le cas de retraités placés au centre par des proches qui, une fois les formalités remplies, disparaissent de leur vie tout en continuant de percevoir indûment leurs pensions de retraite. Dépossédés de leurs biens et coupés de leur entourage, ces aînés se retrouvent totalement à la charge de la structure.
Des témoignages marqués par la solitude
Dans les chambres du centre, les récits se croisent et se ressemblent. Henriette Tsona Nguimbi, doyenne de l’établissement du haut de ses 105 ans, incarne à elle seule ce drame de la solitude. « Moi, je suis restée seule et abandonnée à la maison », confie-t-elle pudiquement, se remémorant les longs mois de délaissement qui ont précédé son sauvetage par le centre.
Pour d’autres résidents, le lien familial n’est pas totalement rompu, mais il s’est considérablement distendu. C’est le cas de Madeleine Makessi, dont le quotidien est rythmé par l’attente : « Les parents viennent, mais pas tout le temps. Surtout mon fils, qui a un travail assez prenant. Quand il est disponible, il vient me voir », explique-t-elle, tentant de justifier des visites devenues trop irrégulières.
Un appel urgent à la responsabilité familiale
À travers cette journée, instituée par les Nations unies pour promouvoir la dignité et la sécurité des seniors, le centre de Mélène espère susciter une prise de conscience collective. Les responsables rappellent avec insistance que le vieillissement ne doit en aucun cas devenir un motif d’exclusion ou de négligence. Abandonner un parent, c’est bafouer ses droits les plus fondamentaux, alors que chaque être humain mérite de vieillir entouré de respect et d’affection.










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