Gabon : le gouvernement prépare une loi de programmation 2027-2032 pour refonder son système judiciaire
Le Vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, a ouvert, ce mardi 4 août 2026, à l’École nationale de la magistrature, le séminaire de réflexion consacré à l’élaboration de la loi de programmation de la Justice 2027-2032. Placées sous le thème « Quelle justice pour 2032 ? », ces assises doivent jeter les bases d’une réforme structurée du système judiciaire gabonais, avec des objectifs chiffrés, des moyens identifiés et des résultats évaluables.
La justice gabonaise entre dans une phase de réflexion stratégique qui pourrait conditionner son évolution pour les six prochaines années. En ouvrant les travaux, Hermann Immongault a rappelé la place centrale de l’institution judiciaire dans l’architecture de l’État de droit, mais aussi dans le fonctionnement de l’économie. Pour le Vice-président du Gouvernement, aucun système économique durable ne peut se développer sans mécanismes judiciaires solides, crédibles et adaptés aux exigences de la Ve République.
L’ambition affichée est donc de dépasser les réformes ponctuelles pour inscrire l’action publique dans un cadre cohérent et prévisible. Hermann Immongault a ainsi exhorté les participants à travailler à l’élaboration d’un projet de loi de programmation susceptible d’offrir « un cadre juridique » permettant de traduire les orientations politiques en résultats perceptibles pour les citoyens, notamment en rapprochant davantage les services de justice des populations.
Passer des intentions à une programmation chiffrée
Prenant la parole à son tour, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, Augustin Émane, a précisé la portée du futur texte. La loi de programmation devra déterminer les « orientations, les objectifs, les priorités, les moyens et les indicateurs de performance » de la politique nationale de réforme de la justice pour la période allant du 1er janvier 2027 au 31 décembre 2032.
Le ministre a surtout insisté sur une distinction essentielle entre réforme de la justice et loi de programmation. La première renvoie à la transformation du système judiciaire dans toutes ses composantes : règles, institutions, procédures, organisation, méthodes de travail, ressources humaines, gouvernance et pratiques professionnelles. La seconde constitue l’outil permettant d’organiser cette transformation dans le temps, d’en identifier les financements et d’en mesurer les résultats.
Cette distinction n’est pas seulement sémantique. Elle révèle l’un des principaux défis de l’action publique gabonaise : éviter que les réformes restent confinées aux déclarations d’intention, sans calendrier, sans financement sécurisé ni mécanisme d’évaluation.
Accès à la justice, carrières, procédures et infrastructures au cœur des priorités
Les premières réflexions ont permis de faire ressortir plusieurs insuffisances du système actuel. Les discussions ont notamment porté sur l’accès à la justice, le respect et la célérité des procédures, la gestion des carrières des personnels judiciaires, la redéfinition du rôle des juridictions et la nécessité d’investir dans des infrastructures modernes.
L’objectif, selon Augustin Émane, est de disposer d’une vision capable d’être déclinée en objectifs concrets, puis en actions chiffrées, programmées et évaluées. Une logique qui paraît évidente, mais qui constitue en réalité un changement majeur dans une administration judiciaire longtemps confrontée au manque de moyens, à des infrastructures vieillissantes et à des procédures parfois jugées trop lentes par les justiciables.
La future loi devra donc éviter l’écueil d’un catalogue de bonnes intentions. Sa crédibilité reposera sur la précision des enveloppes budgétaires, l’identification des priorités et surtout le respect du calendrier d’exécution.
Le spectre des réformes qui s’enlisent
Le ministre de la Justice n’a d’ailleurs pas dissimulé cette préoccupation. Il a expressément demandé au Vice-président du Gouvernement de peser de son influence auprès du Secrétariat général du Gouvernement afin que « le processus législatif ne s’enlise pas une fois de plus ».
Cette formule est loin d’être anodine. Elle traduit la conscience, au sommet de l’appareil judiciaire, qu’une réforme ne vaut que par sa mise en œuvre effective. Trop souvent, les États généraux, séminaires et consultations débouchent sur des recommandations dont l’application tarde ou se heurte aux arbitrages administratifs et budgétaires. Un second séminaire, consacré cette fois à l’univers carcéral, est annoncé pour la prochaine rentrée judiciaire. Il devra notamment compléter le diagnostic sur un autre maillon sensible du système pénal gabonais.
À l’issue de ces travaux, l’enjeu sera donc moins de produire un texte supplémentaire que de construire une véritable trajectoire de transformation de la justice. Car en matière judiciaire, la confiance des citoyens ne se décrète pas. Elle se construit par des décisions rendues dans des délais raisonnables, des juridictions accessibles, des magistrats et greffiers correctement formés, des carrières mieux administrées et des infrastructures à la hauteur des exigences d’un État de droit moderne.









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