Libreville : Obame Etoughe fragilisé par une gestion scabreuse des baux municipaux
À peine installé à la tête de la mairie de Libreville, Pierre Matthieu Obame Etoughe fait face à des accusations de mauvaise gestion des recettes issues des marchés municipaux. Entre chute des encaissements, recours à un mandataire privé et soupçons d’interférences familiales, cette affaire interroge la mise en œuvre des engagements de transparence prônés par les autorités.
Élu dimanche maire de Libreville pour un mandat de cinq ans, Pierre Matthieu Obame Etoughe incarnait, aux yeux de nombreux observateurs, une nouvelle génération d’acteurs publics appelée à impulser une rupture dans la gestion municipale. Avec 148 voix sur 151 votants, ce cadre issu de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) s’inscrivait dans la dynamique de transformation engagée depuis la transition politique. Son mandat devait notamment traduire sur le terrain les orientations présidentielles en matière de bonne gouvernance et d’assainissement des finances publiques locales.
Des attentes fortes en matière de transparence dès la prise de fonction
Dès son installation, le maire aurait été reçu par le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, qui lui aurait donné des instructions claires : digitaliser les marchés municipaux, optimiser les recettes et rompre avec les pratiques opaques du passé. Dans ce cadre, la gestion des baux, notamment ceux arrivés à échéance après 25 ans, constituait un levier essentiel pour accroître les ressources de la mairie. Plusieurs marchés, à l’instar de celui de Nkembo, étant revenus dans le domaine communal, les projections tablaient sur une hausse significative des encaissements mensuels.
Cependant, les premiers indicateurs financiers semblent aller à contre-courant de ces ambitions. Alors que les recettes auraient atteint 25 millions de FCFA fin novembre 2025 puis 18,5 millions en décembre, elles auraient progressivement chuté jusqu’à se situer autour de 5 à 6 millions de FCFA en mars 2026. Une évolution jugée incohérente par plusieurs sources, qui estiment que ces montants devraient logiquement dépasser les 30 millions de FCFA compte tenu du portefeuille locatif élargi.
Un dispositif de recouvrement qui suscite des interrogations
Au cœur des critiques figure le recours à un mandataire privé, Tounkara Dagna, chargé du recouvrement des loyers municipaux à travers un « mandat spécial ». Ce choix, effectué en dehors d’un arrêté municipal formel comme le prévoit la réglementation, est justifié par la connaissance approfondie du terrain de l’intéressé. Présent dans les marchés depuis plus de trois décennies, ce dernier serait considéré comme un acteur clé pour identifier et mobiliser les recettes.
Néanmoins, cette externalisation du recouvrement soulève de nombreuses interrogations. Pourquoi ne pas s’appuyer sur les compétences internes de l’administration municipale ? Comment garantir la traçabilité des flux financiers dans un dispositif aussi sensible ? Autant de questions qui alimentent un climat de suspicion, d’autant plus que les montants collectés présentent des variations importantes sur de courtes périodes, sans explication officielle à ce stade.
Des soupçons d’interférences familiales au cœur de la polémique
Les révélations les plus sensibles concernent l’implication présumée d’un proche du maire dans le circuit financier. Selon des sources concordantes, Jean Paul Nguema, présenté comme conseiller stratégique et frère cadet du maire, aurait perçu une partie des recettes avant leur reversement au Trésor municipal. Il est notamment question d’un montant de 12,5 millions de FCFA prélevé sur une collecte de 18,5 millions, présenté comme un emprunt.
Lors de son audition, l’intéressé aurait contesté les faits tout en acceptant de rembourser les fonds, évoquant la volonté de ne pas « embarrasser son aîné ». Une position qui, loin de lever les doutes, renforce les interrogations sur d’éventuelles interférences familiales dans la gestion des finances publiques locales. Dans un contexte marqué par la lutte contre la corruption, de telles allégations prennent une dimension particulièrement sensible.
Un test décisif pour la crédibilité de la gouvernance locale
Au-delà de la polémique, cette affaire constitue un véritable test pour la crédibilité de la gouvernance locale et, plus largement, pour la cohérence des réformes engagées au sommet de l’État. Les autorités ont multiplié les discours sur la transparence, la digitalisation et la moralisation de la gestion publique. Dans ce contexte, toute dérive réelle ou supposée au niveau des collectivités locales est susceptible d’éroder la confiance des citoyens.
Pour de nombreux observateurs, la question est désormais claire : les engagements de rupture seront-ils effectivement traduits en actes ? « Si les pratiques dénoncées depuis des années persistent, comment le pays peut-il changer ? », s’interroge un agent municipal. Une interrogation qui résume l’enjeu central de cette affaire : restaurer la confiance par des actions concrètes et des mécanismes de contrôle efficaces.









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