Gabon : Oligui Nguema veut en finir avec « la bureaucratie, l’inertie et les mauvaises habitudes »
Dans son discours à la Nation prononcé le 16 août 2026, à la veille du 66e anniversaire de l’Indépendance, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a pointé plusieurs obstacles qui continuent, selon lui, de ralentir la modernisation du Gabon. Bureaucratie, inertie, mauvaises habitudes et intérêts particuliers ont été directement mis en cause par le chef de l’État, qui réclame désormais davantage de méthode, de contrôle et de reddition des comptes dans l’exécution de l’action publique.
Après trois années marquées par le lancement de nombreux chantiers, Brice Clotaire Oligui Nguema entend manifestement faire entrer l’action gouvernementale dans une nouvelle phase. Celle où l’annonce et le lancement des projets doivent désormais laisser place à leur exécution effective. « Aujourd’hui, le temps des promesses doit céder la place au temps des preuves », a-t-il affirmé dans son adresse à la Nation.
Pour illustrer cette dynamique, le président de la République a cité plusieurs infrastructures réalisées ou en cours de réalisation, notamment le Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, la Cité administrative Émeraude, l’Hôtel des Affaires étrangères Maison Jean Ping, le Mémorial Léon Mba, l’Esplanade Georges Damas Aleka ainsi que plusieurs infrastructures sanitaires et militaires.
La bureaucratie et l’inertie directement mises en cause
Mais derrière cette accumulation de réalisations, le chef de l’État reconnaît implicitement que la machine administrative ne suit pas toujours le rythme politique qu’il souhaite imposer. « La dynamique est enclenchée. Elle ne doit être ralentie ni par la bureaucratie, ni par l’inertie, ni par les mauvaises habitudes, ni par les intérêts particuliers », a-t-il prévenu.
La formule est lourde de sens. Elle identifie plusieurs dysfonctionnements internes susceptibles de compromettre l’exécution des politiques publiques. La bureaucratie peut ralentir les procédures ; l’inertie retarder la prise de décision ; les « mauvaises habitudes » renvoient à des pratiques que le président souhaite voir disparaître ; tandis que les « intérêts particuliers » suggèrent l’existence de résistances susceptibles d’entrer en contradiction avec l’intérêt général.
Sans désigner nommément les administrations ou responsables concernés, Brice Clotaire Oligui Nguema adresse ainsi un avertissement à l’appareil d’État : les lourdeurs administratives ne devront plus constituer une justification permanente aux retards observés dans l’exécution des projets.
« Contrôler les délais, exiger la qualité et demander des comptes »
Le chef de l’État a surtout défini la méthode qu’il entend désormais imposer. « L’État doit avancer avec méthode, contrôler les délais, exiger la qualité et demander des comptes », a-t-il martelé. Cette dernière exigence est déterminante. Car derrière les infrastructures inaugurées subsiste une question centrale : celle du suivi des marchés, du respect des calendriers, de la qualité des ouvrages et, plus largement, de la responsabilité des administrations et entreprises lorsque les engagements ne sont pas respectés.
Le président va d’ailleurs plus loin dans la conclusion de son discours. « Là où il y aura des retards, nous exigerons des corrections. Là où il y aura des fautes, les responsabilités devront être établies. Là où l’intérêt national sera en jeu, nous ne reculerons pas », a-t-il assuré.
De l’exigence présidentielle à la réforme de l’administration
Ces déclarations posent désormais la question de leur traduction dans le fonctionnement quotidien de l’administration. Car lutter contre la bureaucratie ne consiste pas uniquement à accélérer les procédures. Encore faut-il identifier les circuits inutilement complexes, clarifier les responsabilités, fixer des délais opposables et sanctionner effectivement les défaillances lorsqu’elles sont établies.
Le discours présidentiel place ainsi l’administration devant une obligation de résultats. La réussite de la modernisation annoncée dépendra autant des financements mobilisés et des infrastructures construites que de la capacité de l’État à transformer ses propres méthodes de travail.
Après avoir fait de la réalisation des infrastructures l’une des vitrines de son action, Brice Clotaire Oligui Nguema semble donc vouloir déplacer l’exigence vers le fonctionnement même de l’État. Reste désormais à savoir si la volonté affichée d’en finir avec « la bureaucratie, l’inertie et les mauvaises habitudes » débouchera sur des réformes administratives concrètes et, surtout, sur une reddition effective des comptes lorsque les délais, la qualité ou l’intérêt général ne seront pas respectés.








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