Gabon : l’explosion de l’IPTV pirate saigne Canal+, l’État reste étrangement silencieux
En Irlande, plus de 200 abonnés à des services IPTV pirates viennent d’être identifiés grâce à leurs paiements Revolut et sont désormais menacés de poursuites judiciaires par le groupe Sky. Une offensive contre le piratage audiovisuel qui contraste fortement avec la situation au Gabon, où les plateformes illégales prolifèrent sans véritable réaction des autorités, malgré les pertes importantes subies par des opérateurs comme Canal+ et le manque à gagner pour les finances publiques.
Le piratage audiovisuel est devenu une économie parallèle mondiale qui fragilise les opérateurs légaux, détruit des recettes fiscales et alimente des réseaux informels de plus en plus structurés. Et pendant qu’en Europe les États et les groupes audiovisuels passent à l’offensive, le Gabon semble observer le phénomène avec une passivité déconcertante.
La dernière illustration vient d’Irlande. Selon plusieurs médias spécialisés, dont Numerama, le groupe audiovisuel Sky a obtenu de la justice irlandaise la transmission des coordonnées de plus de 300 abonnés à des services IPTV pirates grâce aux transactions effectuées via Revolut. Résultat, plus de 200 personnes ont déjà reçu des mises en demeure leur ordonnant de désactiver immédiatement leurs abonnements illégaux sous peine de poursuites judiciaires. Le document transmis aux fraudeurs est sans ambiguïté « Vous devez immédiatement désactiver tous vos abonnements IPTV », exige Sky, qui menace également de réclamer des dommages-intérêts et le remboursement des frais de justice.
Au Gabon, une prolifération visible… sans riposte réelle
Au Gabon en revanche, les services IPTV pirates se multiplient ouvertement sur WhatsApp, Facebook, Telegram ou TikTok, proposant des bouquets Canal+, des chaînes sportives, des films et des compétitions internationales à des prix dérisoires. Le phénomène est devenu si banal qu’il s’affiche désormais presqu’au grand jour, parfois même dans certains commerces ou réseaux de distribution informels.
Pourtant, derrière cette apparente banalisation se cache une réalité économique lourde. Canal+, qui paie au Gabon la Redevance audiovisuelle et cinématographique (RAC), subit de plein fouet cette économie souterraine qui détourne des milliers d’abonnés des circuits légaux. À terme, ce piratage massif fragilise non seulement les opérateurs audiovisuels mais aussi les recettes fiscales de l’État gabonais.
Airtel Money et Moov Money interpellés
L’une des questions centrales reste celle des moyens de paiement utilisés par les réseaux IPTV au Gabon. Dans la plupart des cas, les transactions transitent via des plateformes de mobile money comme Airtel Money ou Moov Money. Or, dans plusieurs pays, les opérateurs financiers collaborent désormais avec les autorités et les ayants droit pour identifier les circuits de financement du piratage audiovisuel. En Irlande, c’est justement grâce aux relevés de paiement Revolut que Sky a pu remonter jusqu’aux abonnés frauduleux.
Au Gabon, beaucoup s’interrogent donc sur l’absence totale d’initiative similaire. Pourquoi les opérateurs de paiement mobile ne sont-ils pas davantage mobilisés dans la lutte contre ces réseaux ? Pourquoi aucune coopération visible n’existe-t-elle entre les plateformes financières, les opérateurs audiovisuels et les autorités judiciaires ?
DGI, police judiciaire, parquet : un silence qui interroge
Le plus troublant reste peut-être l’inaction apparente des administrations compétentes. Direction générale des Impôts, services de police judiciaire, parquet, autorités de régulation… aucun dispositif visible d’envergure n’a encore été déployé pour freiner la prolifération des IPTV pirates sur le territoire national. Pourtant, les enjeux dépassent largement la simple question du divertissement. Le piratage audiovisuel constitue une fraude économique organisée qui prive l’État de recettes fiscales, fragilise les investisseurs légaux et détruit progressivement toute logique de concurrence loyale. Dans plusieurs pays européens, les abonnés eux-mêmes commencent désormais à être sanctionnés. En France, une vingtaine d’utilisateurs ont déjà été condamnés en mars 2026 à des amendes pour accès illégal aux chaînes sportives. En Italie, plus de 2 200 abonnés ont été sanctionnés en une seule année.
Pendant ce temps, au Gabon, les réseaux IPTV continuent de prospérer presque à ciel ouvert, au point de donner l’impression d’un marché parallèle totalement toléré. Au-delà de Canal+, la question touche également à la souveraineté culturelle et économique du pays. Car lorsque les contenus audiovisuels, les droits sportifs et les œuvres cinématographiques sont massivement piratés, ce sont aussi les capacités de financement des industries culturelles locales qui s’effondrent. À terme, l’absence de réaction des autorités pourrait envoyer un signal dangereux : celui d’un pays où l’économie numérique illégale peut prospérer sans véritable risque judiciaire. Or, dans un contexte où le gouvernement affirme vouloir accélérer la digitalisation de l’économie et renforcer les recettes non pétrolières, laisser prospérer les réseaux IPTV pirates revient paradoxalement à tolérer une hémorragie financière silencieuse au détriment de l’État lui-même.










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