A La UneDerniers articlesSOCIETE

Baposso : sans école, sans réseau et presque sans avenir, le cri d’alarme d’un village oublié

Ecouter l'article

À une cinquantaine de kilomètres de Mbigou, dans le département de la Boumi-Louetsi (Ngounié), Baposso n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut. Jadis pôle d’éducation et de commerce regroupant sept villages, cette localité fait aujourd’hui face à la disparition progressive des services publics. École fermée, réseau téléphonique inexistant, absence d’information, plantations dévastées par les éléphants : les habitants dénoncent un abandon qui accélère le dépeuplement du village.

À Baposso, le temps semble s’être arrêté. Autour des quelques habitations encore occupées, le silence remplace l’effervescence qui caractérisait autrefois ce village. Les anciens se souviennent d’une époque où les enfants des localités voisines fréquentaient l’école de Baposso, qui servait même de centre d’examen. 

Aujourd’hui, cette école a fermé ses portes, entraînant avec elle une partie de la vie communautaire. « Il n’y a plus d’école parce qu’il n’y a plus d’enseignants. Les enfants sont obligés de partir à Mambonga ou à Mbigou pour continuer leurs études primaire », explique un notable du village.

L’information devenue un luxe

À cette disparition de l’école s’ajoute un autre isolement : celui des communications. À Baposso, ni radio nationale, ni télévision gabonaise, ni réseau téléphonique ne permettent aux habitants de suivre l’actualité du pays. « Pour téléphoner, il faut marcher entre cinq et sept kilomètres avant de capter le réseau. Ici, nous n’avons ni radio ni télévision gabonaise », racontent les habitants.

Cette fracture numérique prive les populations d’un droit fondamental : celui d’être informées. Les grandes décisions prises à Libreville mettent parfois plusieurs jours avant d’arriver jusqu’au village. « Le coup de Libération du 30 août 2023, nous l’avons appris près d’une semaine après, grâce aux habitants de Mambonga venus nous l’annoncer », témoigne un ancien. Paradoxalement, certains habitants expliquent capter davantage les radios internationales que les médias nationaux.

Des services publics qui disparaissent les uns après les autres

Pour les notables, la fermeture de l’école n’est qu’un symptôme d’un recul plus général des services publics. L’absence d’électricité, les difficultés d’accès aux soins et l’enclavement renforcent le sentiment d’abandon. « Nous avons besoin que le village revive. Il nous faut des panneaux solaires, l’école, les services de base. Aujourd’hui, tout manque », plaident-ils.

À ces difficultés s’ajoute un autre phénomène devenu récurrent : les destructions des plantations par les éléphants. Faute de récoltes suffisantes, plusieurs familles dépendent désormais de l’aide financière envoyée par leurs enfants installés à Libreville.

Le lent déclin d’un ancien centre de vie

Autrefois carrefour économique et social de cette partie de la Louetsi-Bibaka, Baposso attirait les populations des villages environnants pour le commerce, l’éducation et les échanges. Cette dynamique appartient désormais au passé.

Aujourd’hui, les bâtiments publics fermés, les communications quasi inexistantes et l’exode des jeunes traduisent le recul progressif d’un village qui peine à retenir ses habitants. Derrière les témoignages recueillis, une même attente revient avec insistance : le retour des services publics essentiels pour éviter que Baposso ne disparaisse définitivement de la carte des villages vivants du Gabon.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

Bouton retour en haut de la page