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Gabon : 22,7 % des élèves interrogés ont sérieusement envisagé le suicide

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La santé mentale des adolescents gabonais s’impose comme une préoccupation majeure de santé publique. Selon les résultats d’une enquête menée avec l’appui de l’UNESCO et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), présentés lors du Conseil des ministres du 8 octobre 2026, 22,7 % des élèves interrogés ont sérieusement envisagé le suicide. Plus préoccupant encore, 74,3 % déclarent éprouver un sentiment de solitude et 64,3 % signalent des troubles du sommeil. Des indicateurs qui interrogent la capacité du système éducatif et des structures sanitaires à détecter, accompagner et prévenir la détresse psychologique chez les jeunes.

Derrière les statistiques présentées au gouvernement se dessine une réalité qui mérite une attention particulière : celle du mal-être psychologique d’une partie des élèves. Si les difficultés scolaires, les violences, les problèmes familiaux ou les situations de précarité peuvent constituer des facteurs de vulnérabilité, les données communiquées ne permettent pas, à elles seules, d’établir les causes précises des troubles observés. Elles révèlent néanmoins l’ampleur d’un enjeu longtemps moins visible que les questions d’effectifs, d’infrastructures scolaires ou de performances aux examens. À travers cette enquête, la santé mentale apparaît désormais comme une dimension incontournable des politiques éducatives et sanitaires au Gabon.

Plus d’un élève interrogé sur cinq confronté à des pensées suicidaires

Le chiffre de 22,7 % constitue l’un des enseignements les plus préoccupants de l’enquête. Il signifie que, parmi les élèves ayant participé à l’étude, plus d’un sur cinq déclare avoir sérieusement envisagé le suicide. Il convient toutefois de distinguer ces pensées d’une tentative de suicide ou d’un passage à l’acte : ces situations ne sont pas équivalentes et ne peuvent être confondues. Le résultat n’en constitue pas moins un signal d’alerte important, qui appelle des dispositifs de prévention adaptés à l’âge des élèves et à leur environnement.

À ce premier indicateur s’ajoute une proportion particulièrement élevée d’élèves déclarant éprouver un sentiment de solitude, soit 74,3 % des personnes interrogées. Les troubles du sommeil, rapportés par 64,3 % des répondants, renforcent les interrogations sur leur bien-être psychologique. Ces différents indicateurs ne constituent pas automatiquement des diagnostics médicaux, mais leur niveau souligne la nécessité de mieux comprendre les difficultés vécues par les adolescents, tant dans les établissements scolaires qu’au sein de leur environnement familial.

Violences scolaires et cyberharcèlement, des facteurs de vulnérabilité supplémentaires

L’enquête fait également apparaître une exposition significative des élèves aux violences. Selon les résultats présentés au Conseil des ministres, 17,9 % des élèves déclarent avoir subi des violences ou du harcèlement à l’école, tandis que 9,9 % rapportent des situations de cyberharcèlement. Ces chiffres mettent en évidence deux espaces dans lesquels les adolescents peuvent être confrontés à des atteintes à leur intégrité psychologique : l’établissement scolaire et l’environnement numérique. Le communiqué ne permet toutefois pas de déterminer quelle proportion des élèves concernés par ces violences a également déclaré des pensées suicidaires.

D’autres indicateurs témoignent de vulnérabilités sanitaires et sociales. Au cours du mois précédant l’enquête, 21,2 % des élèves ont consommé de l’alcool, tandis que 29,5 % vivent une situation d’insécurité alimentaire à domicile. Par ailleurs, 47,8 % déclarent avoir subi au moins une blessure grave au cours des douze derniers mois. Ces données rappellent que la santé scolaire ne peut être abordée uniquement sous l’angle des consultations médicales. Elle implique également la prévention des violences, l’accompagnement social, l’éducation à la santé et la protection des élèves les plus exposés.

Moins d’un établissement sur trois dispose d’un dispositif sanitaire formalisé

Au-delà des comportements individuels, l’enquête met en évidence des insuffisances dans l’organisation sanitaire des établissements. Selon le communiqué gouvernemental, moins d’un tiers des structures scolaires disposent d’un mécanisme formalisé de prise en charge sanitaire. Une situation qui soulève la question des moyens disponibles pour identifier rapidement un élève en détresse, l’orienter vers un professionnel compétent et assurer un suivi adapté. Le document ne précise cependant ni la répartition géographique de ces dispositifs ni les ressources humaines effectivement mobilisées.

Les déficits relevés concernent également l’accès à l’eau potable, l’assainissement, les équipements sanitaires et les installations destinées à l’hygiène des mains. Ces insuffisances montrent que la protection de la santé des élèves repose sur plusieurs dimensions complémentaires. Un établissement scolaire doit non seulement offrir des conditions matérielles satisfaisantes, mais aussi disposer de procédures permettant de répondre aux situations de violence, de souffrance psychologique ou d’urgence sanitaire. L’absence de mécanismes formalisés peut compliquer cette prise en charge, particulièrement lorsque les familles disposent elles-mêmes de ressources limitées.

Le programme École ZEN face à l’urgence de la santé scolaire

Face à ces résultats, le ministère de l’Éducation nationale et de l’Instruction civique a obtenu l’accord du Conseil des ministres pour inscrire le programme national d’assainissement scolaire École ZEN dans la programmation budgétaire du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030. Le programme doit être rattaché aux missions Éducation et Cohésion sociale. Le gouvernement a également approuvé la mobilisation de partenaires techniques et financiers ainsi que la préparation des textes réglementaires nécessaires à son déploiement.

Reste à connaître les moyens financiers effectivement alloués, le calendrier d’exécution et les interventions concrètes prévues pour répondre aux risques psychosociaux révélés par l’enquête. Si l’amélioration des infrastructures sanitaires constitue une priorité, la proportion d’élèves déclarant avoir envisagé le suicide appelle également une réponse spécifique en matière d’écoute, de prévention, d’orientation et de prise en charge psychologique. Pour les pouvoirs publics, le véritable enjeu sera désormais de transformer les résultats de cette enquête en mesures accessibles aux élèves, y compris dans les établissements les moins bien équipés. Car derrière les 22,7 % de pensées suicidaires déclarées se pose une question essentielle : combien de jeunes en détresse disposent aujourd’hui d’un adulte formé et d’un dispositif capable de leur apporter une aide effective ?

Geneviève Dewuno Edou

Diplômée en journalisme,je suis chargée des rubriques Santé en plus d’être l’une des voix derrière de nombreux reportages de GMTtv. L'écriture, la pose de voix, la présentation du Journal télévisé sont les principales tâches que j’exécute et pour lesquelles je mets mes capacités au quotidien au profit de la rédaction de Gabon Media Time.

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