Eau et électricité : Oligui Nguema investit près de 1 000 milliards FCFA, jusqu’à quand attendre les résultats ?
Depuis le début de la Transition, puis après son élection à la magistrature suprême, Brice Clotaire Oligui Nguema a fait de l’accès à l’eau potable et à l’électricité le premier pilier de son projet de société. Rarement dans l’histoire récente du Gabon un chef de l’État aura mobilisé autant de ressources financières pour tenter de sortir la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) de ses difficultés. Pourtant, malgré des investissements colossaux, les résultats continuent de se faire attendre.
Les chiffres donnent la mesure de l’effort consenti par l’État. Dès les premiers mois de la Transition, 35 milliards de FCFA ont été injectés dans l’acquisition de transformateurs basse et haute tension. À cela se sont ajoutés 8 milliards de FCFA pour la réalisation de forages destinés à atténuer les pénuries d’eau dans le Grand Libreville.
Face aux délestages persistants, 12 milliards de FCFA supplémentaires ont été mobilisés pour l’acquisition de groupes électrogènes destinés à renforcer les capacités de production. Mais surtout, l’État a engagé près de 800 milliards de FCFA dans la construction de nouvelles centrales thermiques appelées à transformer durablement le paysage énergétique national à partir de 2027.
Un effort financier inédit
Dans le secteur de l’eau, après les insuffisances constatées dans l’exécution du projet PIEAPAL, les autorités ont engagé un nouveau partenariat avec SUEZ pour un montant estimé à 115 milliards de FCFA afin de sécuriser l’approvisionnement en eau potable. Au total, ce sont près de 1 000 milliards de FCFA qui ont été mobilisés directement ou indirectement pour accompagner la SEEG. Une somme considérable qui témoigne de l’importance accordée par le chef de l’État à l’amélioration des conditions de vie des populations.
Dans la plupart des pays, une partie importante de ces investissements est supportée par les opérateurs eux-mêmes. Au Gabon, c’est l’État qui assume l’essentiel de l’effort financier. Dès lors, une question s’impose : comment expliquer que malgré un tel engagement public, les coupures d’eau et d’électricité continuent de rythmer le quotidien des Gabonais ?
Le problème n’est plus l’argent
À ce niveau d’investissement, le débat ne peut plus se limiter à la question des moyens financiers. Les interrogations portent désormais sur la gouvernance, l’organisation interne, la performance opérationnelle et la capacité de l’entreprise à accompagner les efforts consentis par l’État. Les résistances aux réformes, les difficultés récurrentes dans la mise en œuvre de certaines solutions techniques et les critiques formulées par les usagers alimentent aujourd’hui un débat de fond sur le fonctionnement de l’entreprise.
L’expérience de la nationalisation mérite également d’être analysée avec objectivité. En 2022, lors de la nomination d’Ousmane Cissé à la tête de la société, une partie du personnel avait revendiqué la capacité des Gabonais à gérer eux-mêmes cette entreprise stratégique. Quatre ans plus tard, les résultats observés sur le terrain interrogent légitimement l’opinion publique.
L’heure de la vérité pour la SEEG
Plus préoccupant encore, plusieurs observateurs dénoncent l’existence de pratiques qui contribueraient à entretenir les dysfonctionnements du secteur. Les soupçons de conflits d’intérêts, les activités parallèles liées à la commercialisation de l’eau ou encore les résistances à certaines réformes structurelles alimentent un climat de défiance croissant.
Il appartient désormais aux organes de contrôle de l’État et à la justice de faire toute la lumière sur ces allégations et de sanctionner, le cas échéant, tout comportement contraire à l’intérêt général.
L’arrivée de SUEZ sur certains segments techniques, notamment dans la réduction des pertes d’eau, ainsi que la volonté affichée par le président de la République de séparer les activités liées à l’eau de celles de l’électricité traduisent une prise de conscience au sommet de l’État. Le véritable enjeu n’est ni idéologique ni corporatiste. Les Gabonais ne réclament ni une gestion publique ni une gestion privée. Ils demandent simplement de l’eau dans leurs robinets et de l’électricité dans leurs foyers.
Une chose est certaine : au regard des efforts financiers exceptionnels consentis par l’État sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, les populations sont désormais en droit d’exiger des résultats concrets, mesurables et durables. L’heure n’est plus aux explications. Elle est à la réforme, à la transparence et à l’efficacité.










GMT TV