Gabon : Le projet de suppression des avancements, une paupérisation programmée des agents de l’État !
Bloquer le traitement de base d’un médecin, d’un enseignant ou d’un cadre de santé à 374 000 FCFA pour l’éternité : est-ce vraiment là la vision que nous portons pour l’Administration gabonaise ? Dans cette une tribune publié sur sa page Facebook ce 04 août 2026, Alain Mouagouadi, Conseiller Pédagogique et Doctorant en Sociologie de l’Éducation, tire la sonnette d’alarme soulignant que le projet d’annulation des avancements ne se contentera pas de fragiliser les ménages ; il menace de vider notre secteur public de ses meilleurs talents. Lecture
Un agent de l’État de catégorie A1, recruté à 32 ans, subirait un préjudice financier de près de 101 millions de FCFA sur l’ensemble de sa carrière et achèverait son service avec un traitement de base de 374 000 FCFA au lieu de 1 058 500 FCFA. Ce chiffre n’est pas une fiction, c’est la réalité mathématique du projet de suppression des avancements automatiques.
En tant qu’acteur du système éducatif et de la vie publique, je me fais le devoir d’interpeller le gouvernement gabonais. Pour élever le débat au-delà des postures, je propose une démonstration par les faits. J’ai simulé l’impact désastreux de cette mesure sur les revenus d’un agent public « lambda », c’est-à-dire un fonctionnaire dévoué, évoluant sans réseaux d’influence particuliers au sein de la hiérarchie administrative.
L’examen rigoureux de la grille indiciaire officielle (Décret N°0404/PR/MBCP/MFPRA du 20/08/2015) démontre que ce projet constitue une atteinte grave aux droits acquis. Il amputerait de 43 % les revenus d’une vie entière de travail pour un cadre supérieur de l’État.
Prenons l’exemple type d’un fonctionnaire de la hiérarchie A1 (Niveau Bac+5 minimum : enseignant du second degré, cadre de santé, etc.), recruté à 32 ans et admis à faire valoir ses droits à la retraite à 62 ans, après 30 ans de services effectifs.
1. Dans le cadre statutaire actuel (déjà fragilisé par les lenteurs administratives) :
• Début de carrière : 331 500 FCFA (traitement de base en tant que stagiaire).
• Fin de carrière : 1 058 500 FCFA (Classe Unique, 4e échelon) après 30 ans de services.
• Pension de retraite : 635 100 FCFA par mois.
2. Les conséquences directes d’une suppression des avancements :
• Début de carrière : 331 500 FCFA.
• Fin de carrière : Plafonnement à 374 000 FCFA (bloqué à ce stade pendant 28 ans).
• Pension de retraite : Effondrement drastique à 224 400 FCFA par mois.
L’impact chiffré de cette paupérisation est sans appel :
• Une perte sèche de 684 500 FCFA chaque mois en fin de carrière (soit une chute de 64,6 % de son potentiel salarial).
• Une amputation de 410 700 FCFA chaque mois sur sa pension de retraite.
Je sonne l’alarme : ce projet dépasse le simple cadre comptable de la Fonction Publique. Ses ondes de choc toucheront toute la société gabonaise.
Comment retenir un médecin spécialiste ou un professeur des lycées si son traitement de base est condamné à stagner à 374 000 FCFA à vie ? L’Administration gabonaise, déjà en sous-effectif chronique, subira inévitablement une hémorragie de ses meilleurs talents vers le secteur privé ou vers l’international.
La valeur du point d’indice est gelée à 500 FCFA depuis 2015. Avec une inflation moyenne de 3 % par an, un traitement bloqué à 374 000 FCFA aujourd’hui n’aura plus qu’une valeur réelle d’environ 153 000 FCFA en 2056 (soit l’équivalent du SMIG actuel). C’est tout le tissu économique local (commerce, services, immobilier) qui en pâtira directement.
L’avancement est le corollaire de l’évaluation professionnelle et du mérite. Figer la carrière d’un agent revient à anéantir toute perspective d’évolution, à détruire la motivation au travail et à contredire frontalement la politique d’efficacité de l’action publique prônée par les plus hautes autorités de la Transition.
La Loi n°8/91 portant Statut Général des Fonctionnaires consacre l’avancement (d’échelon et de classe) comme un droit statutaire inaliénable, et non comme une simple variable d’ajustement budgétaire.
Le calcul du traitement obéit à un principe légal strict : Solde de base = Indice de grade x Valeur du point.
Il convient de rappeler que l’avancement moyen d’un agent A1 ne représente qu’une charge supplémentaire dérisoire de 42 500 à 64 000 FCFA tous les 2 à 3 ans pour l’État. L’économie budgétaire espérée est disproportionnée par rapport au désastre social qu’elle va engendrer.
Au regard de ces éléments factuels, en tant qu’acteur social et citoyen, je recommande vivement au Gouvernement :
1. L’abandon définitif et officiel de tout projet de gel ou de suppression des avancements, en respect du Statut Général des Fonctionnaires.
2. L’apurement des passifs (régularisation du stock des retards d’avancements, certains agents patientant depuis plus de 4 ans au mépris de leurs droits les plus élémentaires).
3. L’ouverture de concertations inclusives sur la revalorisation de la valeur du point d’indice, gelée depuis plus d’une décennie.
Nous ne défendons pas ici des privilèges. Nous défendons la légalité républicaine et un principe fondamental : servir l’État gabonais doit garantir des conditions de vie dignes, du premier jour de prise de fonction jusqu’au crépuscule de la retraite.
Alain Mouagouadi
Conseiller Pédagogique, Acteur Syndical et Doctorant en Sociologie de l’Éducation









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