De Libreville au Met Gala : l’ascension fulgurante de Naïla Opiangah, l’artiste qui décolonise le regard
À seulement 31 ans, Naïla Opiangah bouscule les codes de l’art contemporain africain. Depuis son atelier d’Accra au Ghana, la peintre d’origine gabonaise façonne des silhouettes de femmes noires nues et sans visages. À travers des teintes brunes, vertes ou bleues, ses œuvres explorent un univers à la fois intime et profondément engagé. Interroger la nudité dans sa pratique relève d’un acte « plutôt rebelle compte tenu de mes origines, de la façon dont j’ai été élevée, des personnes que je représente et de la communauté à laquelle j’appartiens », confie-t-elle à l’AFP.
Pour l’artiste autodidacte, ce travail minutieux s’est rapidement transformé en un véritable questionnement philosophique. Elle perçoit la pudeur moderne et la sexualisation des corps comme de lointains reflets coloniaux. « Je ne vais pas changer le monde mais j’ai choisi de décoloniser mon malaise à travers mes dessins », explique celle dont les créations s’arrachent aujourd’hui jusqu’à 13 000 dollars.
Du traumatisme à la consécration
Son parcours, pourtant, s’est d’abord dessiné loin des pinceaux. Après des études d’architecture à Chicago, Naïla Opiangah intègre une prestigieuse agence new-yorkaise. Mais l’expérience s’avère éprouvante dans un environnement managérial toxique. C’est au sein du collectif ARTNOIR, une communauté dédiée à la promotion de l’art afro-diasporique, qu’elle trouve son salut et libère sa créativité.
Sa trajectoire bascule définitivement lorsqu’elle croise la route du célèbre peintre ghanéen Amoako Boafo, qui devient son mentor. Propulsée sur le devant de la scène, sa peinture séduit rapidement les cercles fermés d’Hollywood. En mai dernier, le styliste-star Law Roach a arboré une veste peinte de ses mains lors du prestigieux Met Gala à New York, sous le regard conquis de célébrités comme l’actrice Zendaya ou Chance the Rapper.
Une responsabilité africaine
Désormais consciente de son statut de modèle, Naïla Opiangah pose un regard lucide sur le manque de structures culturelles dans son pays d’origine. Selon des propos rapportés par l’AFP, elle regrette qu’au Gabon, « l’art est vu comme sans intérêt », ce qui l’a contrainte à l’exil pour s’accomplir pleinement.
Pourtant, l’artiste refuse de couper les ponts avec le continent. Elle ambitionne désormais de transformer les capitales africaines en places fortes du marché mondial. Pour elle, l’enjeu dépasse la simple esthétique : « lorsqu’on parle du développement de l’Afrique, la question est aussi de savoir comment on préserve qui on est ».










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