Biens mal acquis : Romuald Assogho Obiang replace le peuple gabonais au centre du débat
Alors que l’affaire dite des « biens mal acquis » continue de susciter au Gabon une confrontation politique autour de la mémoire d’Omar Bongo Ondimba et de la démarche judiciaire engagée par l’État gabonais en France, Romuald Assogho Obiang propose de déplacer le débat. Dans une prise de position particulièrement critique, il estime que les controverses actuelles occultent celui qui devrait, selon lui, constituer le cœur de la discussion : le peuple gabonais, qu’il présente comme le « propriétaire originaire » des biens dont la provenance est aujourd’hui au centre de la procédure.
Depuis plusieurs jours, le débat public s’est largement cristallisé autour de deux questions : jusqu’où l’État peut-il aller pour défendre ses intérêts patrimoniaux et comment cette démarche doit-elle s’articuler avec le respect de la mémoire de l’ancien président Omar Bongo Ondimba ? Une opposition que Romuald Assogho Obiang juge incomplète, estimant qu’elle laisse de côté la question fondamentale de l’éventuel préjudice subi par la collectivité.
« Mais qui donc a été floué ? »
C’est précisément par cette interrogation que Romuald Assogho Obiang interpelle les protagonistes de la controverse : « Mais qui donc a été floué, de quoi, par qui, pour quelle conséquence ? » Pour lui, derrière les défenseurs de la mémoire d’Omar Bongo et les partisans du droit de l’État à agir afin de récupérer tout ou partie des avoirs concernés, « le grand absent des préoccupations des uns et des autres » demeure le peuple.
L’auteur développe ainsi une lecture patrimoniale et sociale de l’affaire. Il qualifie les Gabonais de « propriétaire originaire des biens en question », une affirmation qui relève de son analyse et dont l’établissement juridique dépend précisément de la procédure en cours. Son propos consiste néanmoins à rappeler que si des biens devaient être judiciairement reconnus comme provenant de ressources publiques détournées, la question de leur restitution ne pourrait être dissociée de celle de leur destination finale.
Au-delà de la mémoire d’Omar Bongo
Romuald Assogho Obiang se montre particulièrement sévère lorsqu’il décrit le contraste entre les richesses du Gabon et les conditions de vie d’une partie de sa population. Il évoque une « population misérable des richesses de sa terre » face à des dirigeants et à une élite économique qu’il accuse d’avoir bénéficié d’un système profondément inégalitaire.
Cette charge politique intervient alors que l’affaire des biens mal acquis ravive les débats sur les quarante-deux années de présidence d’Omar Bongo Ondimba. Pour certains responsables politiques, la recherche de la vérité judiciaire et la défense des intérêts patrimoniaux du Gabon ne doivent pas conduire à réduire l’ensemble de cette période à la seule procédure judiciaire. Pour d’autres, la priorité doit rester l’identification de l’origine des avoirs et, le cas échéant, leur restitution.
La restitution, mais au bénéfice de qui ?
La sortie de Romuald Assogho Obiang ouvre finalement une autre interrogation : si des avoirs étaient effectivement restitués au Gabon à l’issue des procédures françaises, selon quels mécanismes seraient-ils réaffectés et comment garantir qu’ils bénéficient effectivement à la collectivité ?
C’est probablement là que le débat sur les « biens mal acquis » dépasse désormais la seule confrontation autour de la mémoire d’Omar Bongo Ondimba. Entre recherche de responsabilités, défense des intérêts de l’État et éventuelle restitution des avoirs, Romuald Assogho Obiang invite à replacer au centre une question jusqu’ici moins audible : celle du bénéfice concret que les Gabonais pourraient retirer d’une procédure menée, précisément, au nom du patrimoine de leur pays.








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