SAEG–AGROPAG : où sont passés les 14 véhicules destinés aux 150 fermes avicoles ? L’État sommé de faire toute la lumière !
Sept mois après l’annonce de la dissolution de la Société d’agriculture et d’élevage du Gabon (SAEG) et du transfert de son patrimoine à la Société agropastorale du Gabon (AGROPAG), la gestion des équipements publics soulève de sérieuses interrogations. Dans son édition n° 941 du 30 septembre 2026, l’hebdomadaire Les Échos du Nord fait état d’une flotte de 14 véhicules présentée sous l’enseigne de la SAEG et rapporte des soupçons de rétention de matériels roulants destinés à la nouvelle structure. Face à ces révélations, les plus hautes autorités de l’État, notamment la présidence de la République, la vice-présidence du gouvernement et les organes de contrôle, sont appelées à clarifier la situation. Car au-delà d’une simple controverse administrative, c’est la traçabilité du patrimoine public et l’exécution des décisions gouvernementales qui sont en question.
Comment une société dont la dissolution a été annoncée en Conseil des ministres le 26 février 2026 peut-elle continuer à présenter une offre de services logistiques sous son ancienne enseigne ? Et surtout, les équipements concernés ont-ils effectivement été transférés à AGROPAG, conformément à la restructuration annoncée ? Ces interrogations, soulevées par Les Échos du Nord, méritent désormais une réponse au-delà du seul ministère de l’Agriculture.
Dans un contexte où le gouvernement affiche sa volonté de renforcer la souveraineté alimentaire et d’assainir la gestion des entreprises publiques, laisser perdurer des incertitudes sur la destination d’équipements destinés à soutenir 150 fermes avicoles serait difficilement conciliable avec les exigences de transparence et de bonne gouvernance.
Quatorze véhicules sous l’enseigne d’une société appelée à disparaître
Dans son enquête intitulée « SAEG–AGROPAG : Les véhicules annoncés pour 150 fermes, mais sous l’enseigne de qui ? », publiée le 30 septembre 2026, Les Échos du Nord révèle l’existence d’une publicité présentant 14 véhicules spécialisés sous le logo de la SAEG. La flotte comprend cinq camions frigorifiques, trois camions à caisse sèche, quatre camions-bennes et deux bétaillères. Ces équipements sont annoncés pour assurer le transport des intrants, des poussins, des volailles et la distribution des produits finis dans le cadre du programme POUFA.
Or, la décision du Conseil des ministres du 26 février 2026 prévoyait la dissolution de la SAEG et le transfert de ses compétences, activités et patrimoines à AGROPAG. Cette chronologie soulève une question élémentaire : sur quelle base juridique la SAEG continue-t-elle à apparaître comme opérateur logistique d’un programme public ? L’existence de cette publicité ne suffit pas à démontrer une exploitation irrégulière des véhicules. Elle impose néanmoins de déterminer qui en est propriétaire, qui les détient effectivement et quelle structure est légalement habilitée à les exploiter.
Des accusations suffisamment graves pour justifier un contrôle
L’enquête des Échos du Nord va plus loin. S’appuyant sur des sources anonymes présentées comme internes à AGROPAG, l’hebdomadaire rapporte qu’une partie du matériel roulant attribué par l’État à la nouvelle société n’aurait pas été mise à sa disposition. Des camions, véhicules et tracteurs auraient été conservés par la direction de la SAEG, avec l’appui présumé de certains responsables du ministère de l’Agriculture. Ces accusations n’ont pas été établies par les éléments rendus publics et doivent être examinées contradictoirement.
Mais leur gravité justifie précisément l’intervention des structures compétentes de l’État. Le confrère souligne que « La comparaison entre ces pièces et la flotte figurant dans la publicité est désormais indispensable ». Il ne s’agit donc pas de présumer une appropriation illégale des équipements, mais de confronter les annonces aux documents administratifs. Les procès-verbaux de réception, les inventaires patrimoniaux, les décisions d’affectation, les certificats d’immatriculation et les contrats d’exploitation doivent permettre de retracer le parcours de chaque véhicule concerné.
La présidence et la vice-présidence du gouvernement interpellées
La première responsabilité politique incombe au gouvernement, chargé de mettre en œuvre les décisions arrêtées en Conseil des ministres. Si la dissolution de la SAEG et le transfert de son patrimoine ont été décidés en février 2026, les autorités doivent pouvoir établir, plus de sept mois après, l’état d’exécution de cette réforme. Une instruction de la présidence de la République ou de la vice-présidence du gouvernement visant à obtenir un inventaire contradictoire des biens concernés permettrait de lever les ambiguïtés et de déterminer les éventuelles difficultés administratives ou juridiques rencontrées.
Cette clarification apparaît d’autant plus nécessaire que le Conseil des ministres du 25 juin 2026 avait déjà relevé des insuffisances concernant la réception complète, l’enregistrement au patrimoine de l’État et la gestion d’un parc d’engins agricoles. Le communiqué ne permet pas d’établir que ce parc correspond aux 14 véhicules présentés dans la publicité, mais il montre que les questions de traçabilité des équipements agricoles avaient déjà été portées au niveau gouvernemental. Dès lors, l’enjeu est de savoir quelles mesures correctives ont été prises depuis cette date et si elles ont effectivement été appliquées.
Ministère des Finances et organes de contrôle : établir la propriété des biens
Au-delà du ministère de l’Agriculture, le département chargé des Finances et des Participations devrait également pouvoir contribuer à établir la situation patrimoniale des équipements. Les véhicules ont-ils été acquis sur fonds publics ? À quelle entité ont-ils été comptablement affectés ? Ont-ils fait l’objet d’un transfert formalisé à AGROPAG ? Existe-t-il des conventions permettant à la SAEG de continuer à les utiliser durant une éventuelle période transitoire ? Sans ces informations, il demeure impossible de distinguer une situation administrative régulière d’un éventuel dysfonctionnement.
La Cour des comptes et les services compétents de contrôle public pourraient, dans le cadre de leurs attributions respectives, examiner les conditions d’acquisition, de conservation et d’exploitation des matériels concernés. Une telle démarche permettrait également d’établir si les équipements annoncés existent physiquement, s’ils sont opérationnels et s’ils sont effectivement affectés aux missions pour lesquelles ils ont été financés. La transparence exige ici davantage qu’une déclaration : elle suppose des documents vérifiables et des responsabilités clairement identifiées.
Les 150 fermes avicoles ne doivent pas faire les frais des ambiguïtés administratives
Cette controverse ne saurait être considérée comme une simple rivalité entre deux structures publiques. Les équipements présentés sont censés accompagner un programme de développement avicole destiné à soutenir 150 exploitations. Or, la réussite d’un tel dispositif dépend notamment de la disponibilité des moyens de transport, de l’approvisionnement régulier en intrants et de la capacité à acheminer les produits vers les marchés. Toute incertitude durable sur l’utilisation de la flotte pourrait fragiliser cette organisation logistique.
Les plus hautes autorités disposent désormais d’une occasion de clarifier publiquement ce dossier. Il leur appartient de faire établir l’inventaire des véhicules, de préciser leur statut juridique, d’identifier leurs détenteurs et de communiquer sur leur affectation réelle. Si les accusations rapportées par Les Échos du Nord sont infondées, les documents permettront de les dissiper. Si des irrégularités sont constatées, les mesures administratives ou judiciaires appropriées devront suivre. Car une réforme agricole ne peut être considérée comme effective tant que l’État n’est pas en mesure de dire avec précision à qui appartiennent ses équipements, qui les exploite et au bénéfice de quels producteurs.









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