PLFR 2026 : près de 92 milliards FCFA retirés à l’agriculture, l’élevage et la pêche
Le Projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 marque un tournant pour le secteur agricole gabonais. Les crédits d’investissement consacrés à l’agriculture, à l’élevage, à la pêche, à l’aquaculture et au développement rural passent de 122,38 milliards à 30,58 milliards de FCFA, soit une baisse de 91,80 milliards de FCFA. Un arbitrage budgétaire qui interroge, alors que la souveraineté alimentaire demeure l’une des priorités affichées par les autorités.
Depuis le début de la Transition, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a fait de la souveraineté alimentaire un axe majeur de sa politique économique. Modernisation de l’agriculture, relance de l’élevage, développement de la pêche, réduction des importations alimentaires : ces objectifs ont été régulièrement réaffirmés comme indispensables à la diversification de l’économie et à la lutte contre la vie chère.
Pourtant, le PLFR 2026 traduit un important changement d’échelle. Les crédits d’investissement affectés à la mission « Agriculture, élevage et pêche » passent de 122,38 milliards à 30,58 milliards de FCFA, soit une réduction de 91,80 milliards de FCFA, représentant près de 75 % des investissements initialement programmés.
La pêche et l’aquaculture, principales victimes des arbitrages
Le programme consacré à la pêche et à l’aquaculture enregistre la plus forte diminution. Son budget chute de 50,89 milliards à 3,17 milliards de FCFA, soit une baisse de 47,71 milliards de FCFA. Dans un pays disposant de plus de 800 kilomètres de façade maritime et d’un important réseau hydrographique, cette réduction interpelle sur les perspectives de développement de la filière halieutique.
L’agriculture voit également ses crédits passer de 25,12 milliards à 9,79 milliards de FCFA, soit une diminution de 15,33 milliards de FCFA. Le développement rural, indispensable au désenclavement des zones de production, recule quant à lui de 18,41 milliards à 4,65 milliards de FCFA, tandis que les investissements consacrés à l’élevage diminuent de 22,59 milliards à 12,13 milliards de FCFA, soit une baisse de 10,47 milliards de FCFA. Enfin, les crédits destinés au pilotage de la politique agricole passent de 3,6 milliards à 400 millions de FCFA.
Un contraste avec l’ambition de souveraineté alimentaire
Ces arbitrages interviennent alors que le Gabon importe encore une part importante de sa consommation alimentaire. Les investissements publics sont généralement considérés comme un levier essentiel pour développer les exploitations agricoles, soutenir les filières d’élevage, moderniser les infrastructures rurales, renforcer les capacités de transformation et améliorer la compétitivité des producteurs locaux.
La forte réduction des crédits d’investissement soulève ainsi des interrogations sur le rythme de mise en œuvre des projets annoncés dans ces différents secteurs. Si certains programmes peuvent désormais reposer davantage sur des partenariats avec le secteur privé ou sur des financements extérieurs, le recul des investissements publics constitue un élément majeur du PLFR 2026.
Au-delà des chiffres, cette évolution met en lumière le défi auquel sont confrontées les finances publiques : concilier les impératifs de maîtrise budgétaire avec les ambitions de transformation économique. Pour de nombreux observateurs, la capacité du Gabon à atteindre son objectif de souveraineté alimentaire dépendra autant des moyens effectivement mobilisés que de l’efficacité des politiques publiques déployées sur le terrain.









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