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Gabon : transformation locale du manganèse, entre ambitions industrielles et défis structurels

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Décidée le 30 mai 2025, la transformation locale du manganèse s’impose comme un axe stratégique pour la diversification économique du Gabon. Mais à l’épreuve du terrain, ce projet structurant se heurte encore à des contraintes énergétiques, logistiques et humaines, malgré des avancées notables présentées au Vice-président du gouvernement Hermann Immongault.

Le Gabon accélère sa mutation vers une économie de transformation. Réunis autour du Vice-président du gouvernement Hermann Immongault, les membres du comité stratégique chargé du suivi des projets intégrés de transformation des minerais ont dressé un état d’avancement de cette réforme majeure. Objectif : traduire une décision politique forte en capacités industrielles concrètes d’ici à l’horizon 2029.

Mis en place pour coordonner l’action des ministères concernés, Transports, Énergie, Économie, Mines ou encore Formation professionnelle, ce dispositif vise à lever les obstacles à l’industrialisation locale du manganèse. Si certaines entreprises, à l’image de Nouvelle Gabon Mining ou d’Alliance Minière Responsable (AMR), affichent des garanties de mise en exploitation, d’autres accusent encore des lenteurs dans la mise en œuvre de cette orientation stratégique.

L’énergie et les infrastructures au cœur des enjeux

Parmi les principaux défis identifiés, la question énergétique demeure centrale. Le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie a présenté une stratégie articulée autour de trois bassins miniers.

Dans le Sud-Est, il est prévu une montée en puissance progressive, avec 140 MW dans une première phase pour COMILOG, avant d’atteindre 240 MW, accompagnée de la construction de lignes électriques Moanda–Bafoula et Mvengué–Baniaka. Dans le Sud-Ouest, une capacité initiale de 5 MW est déjà disponible, avec une projection à 65 MW grâce au renforcement de la centrale de Mayoumba et du barrage de Bongolo. Enfin, dans le Nord-Est, l’opérationnalisation du barrage de Boué constitue un levier stratégique.

Sur le plan logistique, les investissements se poursuivent avec la construction des ports de Kobé-Kobé et de Mayoumba, la livraison partielle du port de Mangali, ainsi que la modernisation du réseau ferroviaire, dont 411 kilomètres ont déjà été réhabilités. De nouveaux projets sont également à l’étude, notamment les axes routiers Franceville–Boumango et Okondja–Lastourville.

Vers une meilleure coordination pour tenir les délais

Au terme de ce tour de table, le constat est clair : si les fondations sont posées, la réussite du projet repose désormais sur une coordination plus efficace entre les différents acteurs publics et privés.

Les membres du gouvernement ont ainsi convenu de renforcer la synergie intersectorielle, tout en lançant l’élaboration d’une stratégie nationale des ressources humaines, afin d’anticiper les besoins en main-d’œuvre qualifiée. Parallèlement, un travail d’harmonisation juridique est en cours pour sécuriser l’ensemble des projets liés à la transformation locale des minerais.

Un test pour la souveraineté industrielle du Gabon

Au-delà des contraintes techniques, ce projet constitue un test grandeur nature pour la politique de souveraineté économique portée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Il s’agit de rompre avec un modèle d’exportation brute des ressources pour privilégier la création de valeur sur le territoire national.

Si les défis restent nombreux, la dynamique engagée traduit une volonté politique affirmée : faire du manganèse un levier d’industrialisation, d’emplois et de croissance durable pour le Gabon.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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