Gabon : pourquoi l’État peine-t-il à soutenir son unique usine de fabrication de médicaments ?
Alors que le Gabon affiche l’ambition de renforcer sa souveraineté sanitaire, l’entreprise La Santé Pharmaceutique, seule unité de fabrication de médicaments du pays, ferait face à une situation critique. Avec un stock estimé à près de 700 millions de FCFA menacé de péremption, la question se pose : pourquoi l’État ne parvient-il pas à faire émerger un champion national dans un secteur aussi stratégique que le médicament ?
Depuis plusieurs années, les autorités gabonaises multiplient les discours en faveur de la transformation locale, de la réduction des importations et du développement du « Made in Gabon ». Dans le domaine de la santé, cette ambition paraît d’autant plus légitime que le pays demeure régulièrement confronté à des tensions d’approvisionnement dans certains établissements sanitaires.
Une contradiction difficile à comprendre
Pourtant, le cas de La Santé Pharmaceutique interroge. Implantée dans la Zone industrielle de Nkok, cette entreprise produit localement plusieurs médicaments agréés par les autorités compétentes et pris en charge par la CNAMGS. Malgré cela, elle peine à écouler sa production au point de voir une partie importante de ses stocks menacée de péremption.
Comment expliquer qu’une usine nationale certifiée puisse rencontrer autant de difficultés à intégrer durablement les circuits d’approvisionnement publics ? Pourquoi les commandes destinées à l’Office Pharmaceutique National continuent-elles majoritairement de bénéficier à des fournisseurs importateurs alors qu’une capacité de production locale existe ?
Souveraineté sanitaire ou dépendance aux importations ?
Au-delà du cas d’une entreprise, c’est la question de la politique industrielle du médicament qui est posée. Dans un contexte où de nombreux pays africains cherchent à développer leur autonomie pharmaceutique, la survie de l’unique usine de fabrication de médicaments du Gabon apparaît comme un enjeu stratégique.
Certains observateurs dénoncent l’influence persistante d’acteurs historiques du secteur, fortement implantés dans l’importation et la distribution pharmaceutique. Sans préjuger de ces accusations, une réalité demeure : l’émergence d’une industrie locale semble se heurter à des obstacles structurels qui limitent sa compétitivité.
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse désormais la simple protection d’une entreprise. Il s’agit de savoir si la souveraineté sanitaire, régulièrement présentée comme une priorité nationale, peut réellement se construire sans un soutien concret à la production locale. Car derrière les stocks qui risquent aujourd’hui de périmer, c’est aussi la crédibilité d’une politique de transformation économique qui se trouve interrogée.









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