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Gabon : le 17 avril, une journée de plaidoyer ou une énième fête ?

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Chaque 18 avril au petit matin, les rues de Libreville gardent les stigmates d’une euphorie éphémère. Bouteilles vides, échos de musiques festives et messages de félicitations saturant les réseaux sociaux. C’est le lendemain de la Journée Nationale de la Femme Gabonaise. Mais derrière les paillettes et les randonnées organisées, ce sont 28 ans de festivités qui étouffent le fondement d’une journée dédiée à celle qui donne la vie.

Depuis son institution en 1998 sous l’ère Omar Bongo Ondimba, la Journée nationale de la femme gabonaise est-elle encore un levier de plaidoyer ou n’est-elle devenue qu’une énième kermesse nationale ? Le contraste entre les discours officiels et la réalité institutionnelle de la « 5ème République » est éloquent à bien des égards. Alors que la « Décennie de la Femme » (2015-2025) vient de s’éteindre, le bilan comptable du pouvoir féminin s’étiole. L’espoir d’un équilibre de pouvoir a laissé place à l’illusion.

La fête nationale de la femme, un simple groove ?

Un peu de lucidité dans ce marasme de festivités sans résultats probants. Avec la suppression du poste de Premier ministre, les deux vice-présidences du pays sont désormais occupées par des hommes. La Cour Constitutionnelle, jadis bastion d’influence féminine sous Marie-Madeleine Mborantsuo, a basculé sous direction masculine. Si le Sénat reste présidé par une femme, une tradition héritée de Rose Francine Rogombé et que le ministère de la Défense affiche une personnalité féminine, l’arbre ne doit pas cacher la forêt.

Ces rôles semblent aujourd’hui plus exécutifs que décisionnels dans un système hyper-présidentialisé. Aussi, comment célébrer l’égalité quand la Garde Républicaine demeure interdite à la gent féminine en 2026 ? Ce verrou archaïque suggère que la femme serait incapable de protéger les institutions ? Une insulte à la compétence des femmes militaires gabonaises. Plus grave encore, alors que les « cadeaux » et les décorations pleuvent le 17 avril, le silence est assourdissant sur l’explosion des féminicides. 

La Femme gabonaise demande « l’argent de la fête » au lieu d’exiger des politiques publiques de protection et un véritable plan stratégique pour l’après-2025. Il est temps de dé-travestir cette journée. Le 17 avril ne doit plus être le jour où l’on offre des pagnes, mais celui où l’on exige des comptes. La femme gabonaise ne doit plus se contenter d’être une « invitée » mais devenir l’architecte de son destin politique. Plutôt que de lever son verre pour crier « C’est notre jour », elle gagnerait à vendre sa peau chère. Car tant que la parité sera un slogan de cocktail, le 17 avril restera une mascarade dorée.

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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