Gabon : deux permis d’exploration de Genmin toujours suspendus aux décisions du ministère des Mines
Alors que le Gabon ambitionne d’accélérer la diversification de son économie par la mise en valeur de son potentiel minier, deux permis d’exploration détenus par le groupe australien Genmin restent soumis à des procédures d’extension et de renouvellement auprès du ministère des Mines et des Ressources géologiques. Il s’agit des permis Ntem et Bitam, représentant ensemble plus de 2 600 km² dans le nord du pays. Une situation administrative qui contraste avec la volonté affichée des pouvoirs publics d’accélérer le développement de nouveaux projets extractifs.
Le paradoxe mérite attention. D’un côté, le Gabon entend faire du secteur minier l’un des piliers de son économie hors pétrole. De l’autre, certains actifs susceptibles d’alimenter cette diversification restent tributaires de procédures administratives dont l’issue est attendue. Comme le rapporte EcoMatin, deux permis appartenant au portefeuille de Genmin sont concernés par cette situation.
Dans son rapport d’activités arrêté au 31 mars 2026, la compagnie australienne indique en effet que les permis Ntem (G9-485) et Bitam (G9-590) sont respectivement soumis à un renouvellement et à une extension par le ministère des Mines et des Ressources géologiques. Genmin assure poursuivre ses échanges avec l’administration et dit s’attendre, au regard des correspondances engagées, au maintien de ces titres.
Plus de 2 600 km² d’exploration concernés
L’enjeu est loin d’être marginal. Le permis Ntem couvre environ 1 155,8 km² et celui de Bitam près de 1 463 km², soit une superficie cumulée de quelque 2 619 km². Les deux titres sont détenus à travers Afrique Resources SA et Azingo Gabon SA, filiales à 100 % de Genmin. Le groupe présente d’ailleurs Bitam comme sa principale priorité d’exploration, notamment en raison de son potentiel polymétallique.
Cette attente intervient alors que les autorités gabonaises ont plusieurs fois affirmé vouloir accélérer la valorisation des ressources minières nationales. Le ministère lui-même indiquait déjà que Genmin opère au Gabon à travers quatre filiales — Reminac, Kimin Gabon, Azingo Gabon et Afrique Resources — portant notamment des projets à Baniaka, Bakoumba et Bitam.
Baniaka avance, Bitam attend
Le contraste apparaît encore davantage avec le projet de fer de Baniaka, dans le Haut-Ogooué. En mars 2025, l’État gabonais et Reminac, filiale de Genmin, ont signé une convention minière permettant d’avancer vers l’exploitation de ce gisement. Le gouvernement présente Baniaka comme un projet majeur de sa stratégie de diversification minière.
Depuis, les discussions se sont poursuivies. En février dernier, le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, recevait encore les responsables de Genmin en marge de l’Investing in African Mining Indaba afin d’évaluer l’avancement des activités du groupe. Le projet Baniaka y était présenté comme l’un des projets structurants du secteur extractif national. Dès lors, l’attente autour de Ntem et Bitam pose une question plus large : le Gabon peut-il simultanément demander aux opérateurs miniers d’accélérer leurs investissements et laisser certaines procédures déterminantes s’inscrire dans des délais difficilement lisibles ?
L’administration minière face à l’exigence de prévisibilité
La question ne consiste évidemment pas à réclamer une délivrance automatique des titres miniers. L’État demeure souverain dans la gestion de son sous-sol et doit s’assurer du respect des obligations techniques, environnementales, financières et sociales imposées aux opérateurs. Mais cette souveraineté gagne également à s’exercer dans un cadre administratif prévisible, transparent et assorti de délais clairement maîtrisés. C’est d’autant plus important que Genmin concentre parallèlement une part importante de ses ressources sur Baniaka. La compagnie travaille notamment à l’optimisation du coût du projet et à la mobilisation de financements internationaux nécessaires à sa construction.
Pour un Gabon qui cherche à attirer davantage de capitaux privés dans les mines, la célérité administrative constitue elle-même un facteur de compétitivité. Sécuriser les investisseurs ne signifie pas renoncer aux exigences de l’État ; cela suppose, au contraire, de rendre les décisions publiques plus lisibles et plus rapides. Le dossier Ntem-Bitam devient ainsi un test grandeur nature. Car au moment où Libreville promet d’accélérer l’exploitation de son potentiel minier, la crédibilité de cette ambition se mesurera aussi à une chose très concrète : la capacité de l’administration à instruire et trancher les dossiers dans des délais compatibles avec le temps économique.









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