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Gabon : derrière les investissements record de Fortescue, l’exploitation de Belinga se fait attendre

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L’annonce faite le mercredi 1er juillet 2026 par le géant australien Fortescue résonne comme un énième exercice de communication bien huilé. En dressant le bilan de ses trois premières années d’activité dans la province de l’Ogooué-Ivindo, la multinationale revendique fièrement avoir injecté pas moins de 250 milliards de FCFA dans le projet de fer de Belinga. Un chiffre colossal, largement supérieur aux prévisions initiales de 52 milliards de FCFA. Mais au-delà du vertige des chiffres, une question s’impose de manière cruciale pour le Gabon : quel résultat tangible à ce jour ?

Le mirage des chiffres face au surplace technique

Ne nous trompons pas : il est courant dans l’industrie minière d’annoncer régulièrement des sommes importantes investies, des prévisions optimistes, des études techniques prometteuses… L’observateur peu attentif peut se laisser tromper par des annonces régulières donnant l’impression qu’il y a de l’activité alors que rien ne bouge. C’est pourquoi il faut être vigilant sur les avancées concrètes d’un grand projet comme Belinga et sur les prochaines étapes fixées.

En effet, malgré ces investissements massifs et plus de 225 000 mètres de forage, nous en sommes encore à l’étape des études techniques et de la réduction des « incertitudes géologiques ». Fortescue ne détient toujours pas de permis d’exploitation pour ce gisement historique, se contentant jusqu’ici d’exportations ponctuelles dites « de test » qui ont eu lieu en 2023.

L’ultimatum de 2027 : la pression nécessaire de l’État

Pendant ce temps, le calendrier glisse, et les promesses initiales s’éloignent. Le gouvernement gabonais ne s’y trompe pas et maintient une pression maximale sur l’opérateur. Libreville a formellement sommé Fortescue de lancer la phase d’exploitation d’ici 2027 sous peine de se voir retirer ses droits, selon EcoMatin. Les attentes nationales sont immenses et urgentes : les autorités tablent sur l’accélération des projets miniers pour faire passer la contribution du secteur au PIB de 5 % à 10 % d’ici cinq ans, tout en endiguant un chômage endémique qui frappe notre jeunesse.

Le choc des agendas : le Gabon ne peut plus attendre

Pourtant, le décalage entre les exigences souveraines de notre pays et l’agenda du géant minier s’accentue. Alors que Libreville a besoin de résultats, Fortescue repousse l’échéance, reste flou sur l’avenir, préparant désormais le terrain pour un horizon lointain, fixé à l’année 2030 pour le véritable lancement de l’exploitation.

Ce grand écart temporel est intenable. Les multinationales peuvent se payer le luxe d’attendre, ce qui n’est pas le cas des États avec des impératifs de développement. Les milliards de FCFA brandis par Fortescue ne doivent pas servir d’écran de fumée pour masquer des retards techniques ou des stratégies de temporisation internationale. Les populations de l’Ogooué-Ivindo et l’économie gabonaise tout entière ont besoin d’usines, d’emplois réels et d’infrastructures concrètes, pas de bilans d’exploration sans fin. Il est temps que les promesses de Belinga cessent d’être un horizon qui recule à mesure que l’on avance.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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