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Gabon : la sécurité des investissements à l’épreuve d’une régulation instable

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La récente saisie et la destruction annoncée de whiskys conditionnés en sachets plastiques par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) soulèvent un débat capital au Gabon. Au-delà de l’impact sectoriel, cette décision administrative brutale jette un flou sur la prévisibilité juridique et la transparence indispensables aux acteurs économiques.

C’est par le biais des médias audiovisuels que le grand public a découvert l’interdiction de ces boissons, officiellement motivée par leur accessibilité tarifaire auprès de la jeunesse. Pourtant, les investigations menées auprès des opérateurs déroutent. Aucune nouvelle disposition réglementaire interdisant ce format n’a été officiellement publiée ou notifiée aux industriels à ce jour.

Bien au contraire, les chefs d’entreprise rappellent que leurs lignes de production fonctionnent depuis des décennies sous la supervision constante de l’administration. Leurs tarifs font l’objet d’une homologation en bonne et due forme et les produits subissent régulièrement des analyses de conformité par les laboratoires de l’État. Dès lors, une question s’impose : comment des articles jugés parfaitement conformes pendant des années peuvent-ils être rayés des étals du jour au lendemain sans la moindre mutation législative formelle ?

L’insécurité juridique comme frein industriel

Cette contradiction apparente nourrit l’inquiétude du monde économique. Lorsqu’une entreprise déploie de lourds capitaux, érige des usines, recrute du personnel et signe des contrats de fourniture, elle s’appuie légitimement sur la stabilité des règles du jeu. Si l’État possède le droit souverain de modifier sa législation, ces mutations exigent de la transparence, des publications officielles et des délais de transition raisonnables pour permettre aux structures de s’adapter.

Agir en dehors de ces balises crée un climat d’imprévisibilité nuisible à l’attractivité nationale. De surcroît, la persistance de produits importés similaires sur les marchés de l’intérieur soulève la question d’une rupture flagrante de l’égalité de traitement entre les opérateurs.

Concilier ordre public et protection des contrats

La légitimité des pouvoirs publics à protéger la santé de la jeunesse face aux méfaits de l’alcoolisme reste incontestable. Toutefois, la méthode suscite l’interrogation. Dans un État de droit moderne, la défense des impératifs sanitaires ne doit pas s’opérer au détriment de la protection des investissements.

Alors que le Gabon affiche sa volonté de diversifier son économie et d’attirer les capitaux étrangers, l’issue de ce dossier servira de signal test. La confiance des investisseurs, nationaux comme internationaux, dépendra de la capacité de l’administration à garantir un cadre réglementaire stable, juste et prévisible.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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