Gabon : derrière les 1 000 milliards annoncés, seulement 509 milliards identifiés ?
Depuis plusieurs mois, un chiffre revient avec insistance dans le débat public : plus de 1 000 milliards de FCFA auraient été investis dans le secteur de l’eau et de l’électricité depuis le 30 août 2023. Répété par plusieurs responsables politiques, notamment l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), ce montant est devenu l’un des principaux arguments avancés pour illustrer l’effort de l’État en faveur de la Société d’eau et d’énergie du Gabon (SEEG). Mais à la lecture détaillée des projets recensés, une question demeure : où se trouvent exactement ces 1 000 milliards ?
La question n’est pas de nier les investissements réalisés. Ils existent et sont visibles sur plusieurs sites à travers le pays. Centrales thermiques, groupes électrogènes, stations d’eau, forages ou encore projets hydroélectriques témoignent d’un effort réel des pouvoirs publics pour tenter de réduire les difficultés auxquelles les populations restent confrontées.
Cependant, lorsqu’on examine le détail des principaux projets recensés dans un document consulté par GabonReview, le total affiché est loin des montants annoncés publiquement.
509 milliards recensés, loin des 1 000 milliards annoncés
Selon les données présentées, quinze projets majeurs totalisent environ 509 milliards de FCFA. Ce montant est déjà considérable. Pourtant, il représente à peine la moitié des 1 000 milliards régulièrement évoqués dans le débat public.
Le premier constat est donc simple : même en additionnant l’ensemble des projets identifiés, près de 500 milliards de FCFA demeurent sans explication détaillée dans les éléments rendus publics. Cette différence nourrit inévitablement les interrogations sur la composition réelle du chiffre avancé.
Des projets antérieurs au 30 août 2023 intégrés au calcul
L’analyse révèle également qu’une partie des investissements comptabilisés concerne des projets lancés avant la Transition. C’est notamment le cas du barrage hydroélectrique de Kinguélé Aval, évalué à 118 milliards de FCFA et initié en 2021. D’autres infrastructures, comme le poste de transformation de Bissegué ou certains forages destinés à l’alimentation en eau potable, remontent également à des périodes antérieures au changement de régime.
Au total, ces projets hérités des années précédentes représenteraient environ 141 milliards de FCFA. En les retranchant du montant global recensé, les investissements directement rattachables à la période postérieure au 30 août 2023 s’établiraient autour de 368 milliards de FCFA.
Entre annonces et réalisations
Autre élément de lecture : plusieurs projets majeurs recensés ne sont pas encore achevés. Les centrales thermiques annoncées à Owendo, Libreville, Port-Gentil ou Lambaréné représentent à elles seules près de 289 milliards de FCFA.
Or, ces infrastructures sont encore en cours de réalisation ou annoncées pour les mois à venir. Elles constituent donc davantage des engagements financiers que des dépenses effectivement exécutées. En ne retenant que les investissements effectivement réalisés entre 2023 et 2025, certains calculs aboutissent à un montant proche de 79 milliards de FCFA.
La nécessité d’un exercice de transparence
Dans ce dossier, le véritable enjeu n’est pas politique mais comptable. Si les 1 000 milliards annoncés incluent d’autres opérations – remboursements de dettes, subventions, financements indirects, garanties ou investissements non recensés dans les projets présentés – alors leur ventilation détaillée permettrait de lever toute ambiguïté. Car au-delà des chiffres, les Gabonais attendent surtout des résultats tangibles : moins de délestages, un meilleur accès à l’eau potable et une amélioration durable du service public.
Dans un secteur où les investissements se chiffrent en centaines de milliards de francs CFA, la transparence n’est pas un luxe. Elle constitue une exigence de gouvernance. Et face aux interrogations qui persistent, une publication exhaustive des dépenses engagées depuis le 30 août 2023 permettrait sans doute de clore définitivement le débat.










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