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Gabon : Camille Lendeme dénonce un «imbroglio juridique» autour du concours de l’IEF-PR section Douanes 

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Dans une analyse incisive, Camille Lendeme, expert en douane agréé CEMAC et juriste, pointe de graves incohérences dans la gestion du concours de la filière douane à l’Institut de l’Économie et des Finances – Pôle régional (IEF-PR). Entre contradiction administrative, vide juridique et réforme contestée, cette affaire soulève des interrogations majeures sur la sécurité juridique et la crédibilité de l’État.

Le concours de la filière douane de la 9ᵉ promotion de l’IEF-PR est aujourd’hui au cœur d’une polémique révélatrice des fragilités du système administratif gabonais. En cause, une note signée le 7 avril 2025 par le Secrétaire général du ministère de l’Économie, Guy Nazaire Samba, qui annonce à la fois l’ouverture du concours, invite à susciter des candidatures… avant d’en acter l’annulation pour la filière douane.

Une note administrative juridiquement incohérente

Pour Camille Lendeme, cette situation relève d’un véritable « imbroglio administratif ». L’expert dénonce une contradiction manifeste dans la note, qui cumule à la fois information, instruction et décision. « Une note administrative doit être univoque », rappelle-t-il, soulignant qu’elle ne peut simultanément annoncer un concours et en prononcer l’annulation.

Au-delà de la contradiction formelle, le juriste met en cause l’absence de base légale claire. Aucun texte juridique n’est explicitement mentionné pour justifier la suppression de la filière douane. « Cette note ne vise aucun fondement légal, ce qui affaiblit sa sécurité juridique », observe-t-il.

Plus grave encore, Camille Lendeme souligne un vice de forme. Selon lui, l’annulation d’un concours, ouvert par communiqué officiel, doit respecter le principe du parallélisme des formes. « Une simple note de service ne peut annuler une procédure de cette nature », tranche-t-il.

Une réforme des douanes source de confusion

Au cœur de cette controverse, se trouve la réforme récente de l’administration des douanes. Le décret n°539/PR/MEFDPLVC du 31 décembre 2025 place désormais la douane sous une double tutelle, à la fois économique et sécuritaire. Une configuration que Camille Lendeme juge atypique et difficilement lisible.

L’expert pointe notamment des incohérences structurelles. « Le texte consacre une autonomie administrative et financière sans en définir les mécanismes concrets », souligne-t-il, évoquant notamment l’absence d’agence comptable. Une lacune qui interroge sur la viabilité opérationnelle du dispositif.

Plus encore, ce nouveau cadre juridique entre en contradiction avec des textes antérieurs, notamment le décret de 2016 régissant la Direction générale des douanes. Certains arrêtés récents continuent d’ailleurs de s’y référer, sans mentionner la réforme de 2025. Une situation qui alimente une confusion normative préoccupante.

Une insécurité juridique pour les candidats

Au-delà des considérations techniques, cette affaire a des conséquences directes pour les candidats. Informés simultanément de l’ouverture et de l’annulation du concours, ils se retrouvent dans une incertitude totale.

Camille Lendeme pose plusieurs questions fondamentales : « Où est le texte d’annulation ? Qui l’a signé ? Sur quelle base juridique repose-t-il ? » Autant d’interrogations qui traduisent, selon lui, une défaillance dans la chaîne décisionnelle de l’État.

L’enjeu dépasse le simple cadre administratif. Il touche à la confiance des citoyens dans les institutions. Une décision incohérente, sans fondement clair, fragilise la crédibilité de l’action publique et alimente un sentiment d’arbitraire.

Une alerte sur la gouvernance publique

Pour l’expert, cette situation est symptomatique d’un « désordre normatif » plus profond. La réforme des douanes, jugée précipitée, aurait généré des contradictions juridiques et des décisions administratives incohérentes. « Cette confusion engendre une perte de crédibilité et d’autorité de l’État », affirme-t-il, pointant également un risque de désorganisation interne pour les agents et les institutions concernées.

Dans un contexte où la 5ᵉ République affiche une ambition de rigueur et de légalité, cette affaire pose une question centrale : l’État peut-il se permettre des décisions aussi sensibles sans base juridique solide ?

En filigrane, c’est la question de la gouvernance administrative qui est posée. Entre réforme mal calibrée et décisions contestables, le dossier du concours de la filière douane pourrait bien devenir un cas d’école des limites actuelles de l’action publique au Gabon.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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