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Gabon : avec 93 482 habitants, l’Ogooué-Ivindo peine à convertir son immense territoire en attractivité démographique

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Avec 93 482 habitants sur les 3 518 621 recensés au Gabon en 2026, l’Ogooué-Ivindo est la troisième province la moins peuplée du pays, devant l’Ogooué-Lolo et la Nyanga. Elle concentre à peine 2,7 % de la population nationale, alors même qu’elle constitue l’une des plus vastes provinces du territoire gabonais. Un paradoxe qui replace au centre du débat la question du désenclavement, de l’emploi et de la capacité de l’État à faire des richesses naturelles de l’intérieur du pays de véritables instruments de développement local.

Les données du Recensement général de la population et du logement (RGPL) 2026 confirment surtout l’ampleur des déséquilibres territoriaux. Alors que l’Estuaire concentre 2 184 908 habitants, l’Ogooué-Ivindo demeure sous le seuil symbolique des 100 000 habitants. Makokou, capitale provinciale, mais également les autres localités de cette vaste partie du nord-est gabonais doivent ainsi composer avec une faible densité humaine et des distances considérables entre les bassins de population.

Un immense territoire mais peu d’habitants

La situation de l’Ogooué-Ivindo illustre particulièrement les limites du modèle gabonais d’aménagement du territoire. La province dispose pourtant d’atouts considérables : ressources forestières et minières, potentiel touristique, biodiversité exceptionnelle et vastes espaces susceptibles d’accueillir des activités agricoles. Mais la présence de richesses naturelles ne suffit pas à créer mécaniquement des territoires attractifs.

Pour retenir durablement les populations, encore faut-il que ces potentialités produisent des emplois, des entreprises locales, des infrastructures et des services accessibles. Lorsque les perspectives de formation, d’emploi ou de soins spécialisés se concentrent ailleurs, notamment dans le Grand Libreville, le départ des jeunes devient une conséquence prévisible de ces disparités territoriales.

Désenclaver pour créer une économie locale

L’Ogooué-Ivindo pose également avec acuité la question des infrastructures de transport. Dans une province aussi étendue, l’état des routes et la connectivité entre les différentes localités déterminent directement l’activité économique. Produire davantage dans l’agriculture ou développer le tourisme reste difficile lorsque transporter des personnes et des marchandises demeure coûteux ou incertain.

Les investissements routiers doivent donc être accompagnés d’une stratégie économique. L’exploitation forestière ou minière ne peut constituer à elle seule une politique de développement provincial. L’enjeu est de favoriser davantage de transformation locale, d’accompagner les PME, de structurer les filières agricoles et de développer une offre de formation correspondant aux ressources et aux besoins économiques de la province.

Makokou doit devenir un véritable pôle d’attractivité

La capitale provinciale devrait, dans cette perspective, jouer un rôle beaucoup plus important. Renforcer Makokou en matière de santé, d’éducation, de formation professionnelle, de services publics, d’habitat, de numérique et d’activités économiques permettrait de constituer un pôle régional suffisamment attractif pour limiter les départs vers Libreville.

Mais l’objectif ne peut se limiter à Makokou. Mékambo, Ovan, Booué et les nombreuses communautés rurales doivent également bénéficier d’un socle minimal de services et de connectivité. Lutter contre l’exode rural suppose précisément de rendre possible une vie économique et sociale viable en dehors des capitales provinciales.

93 482 habitants, un chiffre qui doit interpeller l’État

La faible population de l’Ogooué-Ivindo ne devrait surtout pas devenir un argument pour y investir moins. Ce serait enfermer la province dans un mécanisme où faible population entraîne faible investissement, lequel provoque à son tour davantage de départs.

Avec seulement 93 482 habitants, l’Ogooué-Ivindo rappelle ainsi à la Ve République que l’aménagement du territoire ne consiste pas uniquement à accompagner les concentrations démographiques existantes. Il doit aussi les corriger. Pour cette province immense, riche en ressources mais faiblement peuplée, le véritable indicateur de réussite sera la capacité à faire en sorte que ses richesses créent suffisamment d’opportunités sur place pour que partir vers Libreville cesse d’apparaître comme la principale perspective d’avenir.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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