Gabon : 90 000 tonnes de riz importées chaque année
Le Gabon se trouve aujourd’hui au cœur d’un surprenant paradoxe agricole. Alors que le riz figure au premier rang des denrées alimentaires consommées quotidiennement par les ménages gabonais, le pays dépend quasi entièrement de l’extérieur pour garnir ses assiettes. Plus de 95 % des besoins nationaux sont couverts par des achats à l’étranger, ce qui représente environ 90 000 tonnes de riz injectées chaque année sur le marché local.
Cette dépendance alimentaire a un coût financier exorbitant : la facture s’élève à 41 milliards de FCFA par an. Un gouffre financier qui pèse lourdement sur la balance commerciale du pays, mais qui met également en lumière l’immense gisement de croissance qu’offre le marché national aux producteurs locaux.
Des freins structurels à lever d’urgence
Sur le terrain, la filière rizicole locale peine encore à sortir de l’ombre. Le développement de la culture du riz reste freiné par un manque d’équipements de base et d’infrastructures adéquates : l’absence d’aménagements agricoles, les faiblesses des réseaux d’irrigation, le déficit de mécanisation ainsi que les difficultés d’accès aux financements brident le secteur. De plus, les capacités de stockage et de transformation demeurent sous-dimensionnées pour absorber une production à grande échelle.
À ces obstacles matériels s’ajoute un encadrement insuffisant des producteurs et des coopératives. Sans un accompagnement technique et financier structuré, les agriculteurs peinent à passer d’une agriculture de subsistance à une véritable filière commerciale compétitive. L’accès à des semences adaptées demeure un autre défi majeur. Les travaux de recherche menés au Gabon sur des variétés résistantes aux réalités pédoclimatiques locales représentent à ce titre un levier déterminant pour accroître durablement les rendements et sécuriser les récoltes.
Une reconquête progressive du marché local
Face à ce constat, l’objectif n’est pas nécessairement d’atteindre une autosuffisance intégrale du jour au lendemain. La stratégie repose plutôt sur une substitution progressive du riz importé par une offre gabonaise de qualité, en concentrant les efforts sur les segments du marché où le pays bénéficie d’avantages comparatifs réels.
Pour inverser la tendance et réapproprier cette valeur échappée, une alliance étroite doit se nouer entre l’État, la recherche scientifique, les coopératives et les investisseurs privés. La réussite de ce pari nécessite des projets intégrés couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur : de l’aménagement des terres à la maîtrise de l’eau, en passant par la certification des semences, la distribution et la transformation.
Au-delà des enjeux de sécurité alimentaire, le gain est avant tout économique. Chaque tonne de riz produite et transformée sur le sol national constitue une part de richesse réinjectée dans le tissu local. En transformant progressivement ces 90 000 tonnes importées en une production souveraine, le Gabon poserait les fondations d’une filière durable, capable de créer des milliers d’emplois tout en préservant ses finances publiques.










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