Donguila : à 73 kilomètres de Libreville, l’eau potable et la télévision nationale toujours hors de portée
À seulement 28 kilomètres de Ntoum et 73 kilomètres de Libreville en partant du PK0, Donguila offre un contraste saisissant avec les ambitions de modernisation affichées par le Gabon. Dans cette localité du département du Komo-Mondah, dans la province de l’Estuaire, l’eau potable demeure inaccessible à une partie des populations et la télévision nationale ne fait toujours pas partie du quotidien. À quelques encablures de la capitale, ce déficit de services publics essentiels interroge directement l’efficacité des politiques d’aménagement du territoire.
Il faut parcourir moins de 80 kilomètres depuis le centre de Libreville pour mesurer combien la proximité géographique avec la capitale ne garantit toujours pas l’accès aux services publics élémentaires. À Donguila, les habitants vivent depuis des années avec une réalité qui paraît presque anachronique : disposer de l’électricité, mais rester privés d’un accès normal à l’eau potable.
Le paradoxe est d’autant plus difficile à comprendre que Ntoum, située à seulement 28 kilomètres, dispose d’infrastructures d’adduction d’eau de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Pour les populations, la question est donc simple : comment expliquer qu’une distance aussi courte demeure infranchissable lorsqu’il s’agit d’acheminer une ressource aussi essentielle que l’eau ?
28 kilomètres qui ressemblent à un gouffre
« Pour être tout à fait honnête avec vous, nous en avons assez de la SEEG. L’adduction d’eau est basée à Ntoum, soit à seulement 28 kilomètres de Donguila. Le pouvoir a changé, de Bongo à Ali, et aujourd’hui avec Oligui, mais la situation reste la même. Si le réseau électrique fonctionne, pourquoi est-il impossible de nous raccorder à l’eau potable sur une si courte distance ? Quels sont les responsables derrière ce blocage ? », s’interroge le représentant du chef de village.

Derrière l’exaspération se pose surtout la question de la continuité de l’action publique. Les années passent, les gouvernements changent et les programmes de développement local se succèdent, mais l’eau n’arrive toujours pas. Pour une localité située dans l’Estuaire, province qui concentre la capitale politique et économique du pays, cette situation met en lumière les profondes disparités qui persistent jusque dans l’environnement immédiat de Libreville.
Même l’information nationale reste difficilement accessible
Comme si l’absence d’eau potable ne suffisait pas, Donguila est également confrontée à une autre forme d’isolement : l’accès insuffisant au service public audiovisuel national. Pour regarder la télévision, les habitants expliquent devoir recourir à des bouquets satellitaires privés. « Aujourd’hui, pour capter une chaîne, nous sommes dépendants d’opérateurs étrangers comme Canal+ », déplore le représentant du chef.
La situation dépasse ici la simple question du divertissement. L’accès à l’information nationale participe pleinement de l’intégration d’un territoire à la vie de la République. Comment parler de désenclavement numérique, de connectivité ou d’égalité territoriale lorsque des citoyens vivant à 73 kilomètres de Libreville éprouvent encore des difficultés à recevoir convenablement les médias publics de leur propre pays ?
Aux portes de Libreville, le sentiment d’un autre Gabon
À Donguila, le contraste est finalement brutal. D’un côté, un Gabon qui parle de transformation numérique, d’investissements structurants et de modernisation des services publics. De l’autre, des populations qui réclament encore de l’eau potable et la possibilité de recevoir normalement la télévision nationale.

Les conditions observées rappellent celles rencontrées dans certaines localités beaucoup plus éloignées de la capitale, comme Zoolende ou Baposso. À une différence près : Donguila n’est pas située au bout d’une province reculée. Elle se trouve à 28 kilomètres de Ntoum et à seulement 73 kilomètres du PK0 de Libreville.
C’est précisément ce qui rend la situation difficilement acceptable. Si les politiques publiques de proximité ne parviennent pas à franchir les quelques dizaines de kilomètres séparant Ntoum de Donguila, que peuvent alors espérer les villages situés à plusieurs centaines de kilomètres des grands centres urbains ?
Pour les autorités compétentes, le dossier ne devrait plus appeler un diagnostic supplémentaire. Donguila connaît ses besoins : de l’eau potable, un accès effectif aux services publics et une présence plus concrète de l’État. À cette distance de Libreville, l’enclavement ne peut plus être uniquement expliqué par la géographie. Il devient aussi le révélateur des insuffisances de l’action publique.










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