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Gabon : DGDINC–ANINF, deux structures pour les mêmes missions numériques ?

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La nomination, le 18 septembre 2026, d’Anicet Claude Andjouat à la tête de la Direction générale des infrastructures et de la cybersécurité remet en lumière une question institutionnelle passée relativement inaperçue depuis décembre 2025 : quelle frontière existe désormais entre cette nouvelle administration centrale et l’Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences (ANINF) ? Infrastructures numériques, fréquences, radiocommunications, cybersécurité : la comparaison des missions officiellement affichées par les deux structures révèle des zones de chevauchement suffisamment importantes pour appeler une clarification publique sur la répartition des compétences, des moyens et des responsabilités.

Le Conseil des ministres du 18 septembre 2026 a nommé Anicet Claude Andjouat directeur général de la nouvelle structure, désignée dans ce communiqué comme « Direction générale des infrastructures et de la cybersécurité ». Sa création avait été approuvée neuf mois plus tôt, lors du Conseil des ministres du 18 décembre 2025, sous l’appellation plus développée de Direction générale du développement des infrastructures numériques et de la cybersécurité (DGDINC). Derrière ce nouvel organigramme se pose désormais une question simple : que fera cette direction générale que l’ANINF ne faisait pas déjà ?

Infrastructures, fréquences, cybersécurité : le troublant jeu des ressemblances

Le décret présenté en décembre 2025 attribuait à la DGDINC des compétences « notamment en matière de suivi du spectre des fréquences et des radiocommunications aux niveaux national et international ». Son architecture comprend trois directions : Stratégie et Planification, Infrastructures numériques, ainsi que Cybersécurité et Normalisation. Autrement dit, trois domaines qui se trouvent déjà, au moins partiellement, dans le périmètre revendiqué par l’ANINF.

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La comparaison avec les missions que l’Agence présente elle-même est frappante. Sur son site officiel, l’ANINF indique être spécialisée dans « le développement et la gestion des infrastructures numériques et des fréquences ». Elle revendique également la gestion optimale des fréquences radioélectriques, la sécurisation des infrastructures critiques, le renforcement des normes numériques et « l’élaboration et [la] conduite d’un plan national de cybersécurité ». Sa feuille de route 2024-2026 faisait déjà de « l’institutionnalisation de la cybersécurité » l’un de ses trois axes stratégiques. Difficile, dans ces conditions, de ne pas constater une proximité substantielle entre les champs d’intervention affichés des deux entités.

Qui décide, qui pilote et qui exécute ?

Une distinction institutionnelle pourrait naturellement exister entre les deux structures. La DGDINC est une direction générale de l’administration centrale placée sous l’autorité ministérielle, tandis que l’ANINF est un établissement public créé en 2011 et figure toujours parmi les entités sous tutelle du ministère de l’Économie numérique. Dans une architecture administrative classique, l’une pourrait exercer des fonctions de conception, de planification, de contrôle ou de pilotage de la politique publique, tandis que l’autre assurerait son exécution opérationnelle.

Le problème est que cette séparation n’apparaît pas clairement dans les documents publics consultés. Le texte de décembre 2025 ne se contente pas de confier à la DGDINC une mission générale de politique publique : il mentionne explicitement les infrastructures numériques, la cybersécurité, les fréquences et les radiocommunications. De son côté, l’ANINF continue, neuf mois plus tard, à présenter ces mêmes secteurs parmi ses missions. Sans matrice publique précisant qui réglemente, qui planifie, qui construit, qui exploite, qui sécurise et qui représente le Gabon dans les instances internationales, le risque de doublons administratifs mérite d’être posé.

Deux structures, mais aussi une question budgétaire

La question devient d’autant plus pertinente que l’ANINF demeure un acteur budgétaire identifiable. La loi de finances 2026 prévoit notamment 6,822 milliards de FCFA au titre de l’attribution de produits liée à la « gestion du spectre des fréquences radioélectriques (ANINF) ». Or le Conseil des ministres de décembre 2025 indique précisément que la nouvelle DGDINC est compétente en matière de « suivi du spectre des fréquences ». Il faut cependant éviter d’en déduire automatiquement que deux budgets financent exactement la même activité : les documents consultés ne permettent pas encore d’isoler une ligne budgétaire propre à la DGDINC ni d’établir une duplication comptable poste pour poste.

C’est justement cette absence de lisibilité qui appelle des explications. Quels crédits seront affectés à la nouvelle Direction générale ? Les moyens humains et techniques seront-ils prélevés sur ceux de l’ANINF ? Qui aura la responsabilité opérationnelle du spectre ? Qui pilotera la cybersécurité nationale ? Qui assurera le développement et l’exploitation des infrastructures numériques publiques ? Et surtout, comment éviter que deux administrations financées par l’État interviennent parallèlement sur des missions similaires ?

Une clarification institutionnelle devenue nécessaire

La création de la DGDINC pourrait correspondre à une volonté de renforcer le pilotage direct du ministère sur des compétences stratégiques. Elle pourrait également annoncer une redistribution plus profonde des missions jusqu’ici exercées par l’ANINF. Mais aucun des textes publics examinés ne permet, à ce stade, d’affirmer que la nouvelle direction générale a vocation à absorber l’Agence ou qu’elle aurait été créée en réaction aux performances de celle-ci. Présenter cette hypothèse comme un fait dépasserait donc ce que permettent d’établir les documents disponibles.

Reste une anomalie de lisibilité institutionnelle : en septembre 2026, l’État dispose officiellement d’une ANINF qui revendique infrastructures numériques, fréquences et cybersécurité, et d’une nouvelle direction générale ministérielle dont les compétences couvrent précisément infrastructures numériques, cybersécurité, fréquences et radiocommunications. La nomination d’Anicet Claude Andjouat rend désormais cette coexistence pleinement opérationnelle. Il appartient donc au ministère de préciser publiquement la frontière entre les deux structures, car dans un secteur aussi stratégique que la souveraineté numérique, savoir qui fait quoi n’est pas une question d’organigramme : c’est une exigence de gouvernance et de responsabilité dans l’utilisation des ressources publiques.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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