Commerce sous-régional : le Gabon face au défi de la valorisation de ses agréments CEMAC
Sur le papier, l’industrie gabonaise affiche une santé encourageante au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Avec 249 produits agréés portés par 14 entreprises, le pays détient le deuxième portefeuille le plus important de la zone, surclassant nettement le Congo (103), la Guinée équatoriale (109), le Tchad (31) et la Centrafrique (14). Cependant, cette position flatteuse masque une réalité économique plus complexe : au-delà de la conformité réglementaire, la présence effective de ces marchandises sur les étals des pays voisins demeure marginale.
La récente validation de 120 produits camerounais supplémentaires dans le régime préférentiel communautaire vient rappeler l’écart qui sépare Libreville de son voisin du Nord. Le Cameroun surclasse largement ses partenaires avec un total impressionnant de 1 328 agréments répartis sur 91 entreprises. Cette suprématie ne repose pas uniquement sur des volumes d’exportation massifs ; Yaoundé déploie une véritable vision offensive.
Le Cameroun entend en effet utiliser ce socle comme un tremplin stratégique vers la Zone de de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), en s’appuyant notamment sur le statut d’exportateur agréé pour conquérir l’ensemble du marché africain.
L’obstacle d’un tissu industriel encore restreint
Du côté de Libreville, le constat traduit un paradoxe structurel. Le Gabon possède des autorisations juridiques solides, mais se heurte à la taille modeste de son appareil productif. Un agrément douanier, si précieux soit-il, ne transforme pas automatiquement une marchandise en succès commercial.
L’accès réel aux marchés régionaux se heurte à de nombreux freins économiques : des coûts logistiques souvent prohibitifs, une capacité de production limitée, un accès restreint aux financements, ainsi que des tracas douaniers récurrents aux frontières. Sans offre régulière et compétitive, les avantages tarifaires accordés par la CEMAC restent largement inexploités par les opérateurs économiques locaux.
Transformer le potentiel réglementaire en flux réels
L’heure n’est donc plus à la simple accumulation de titres administratifs. Pour mesurer la véritable efficacité de sa politique industrielle, le Gabon doit changer de boussole. L’indicateur clé ne réside plus dans le nombre de dossiers validés à Bangui ou Yaoundé, mais dans le volume financier et le tonnage des produits fabriqués sur le sol national qui franchissent effectivement les frontières.
Le régime préférentiel offre à Libreville une opportunité précieuse pour diversifier son économie et sortir de la dépendance extractive. Pour transformer cet essai théorique en levier de croissance, les autorités et le secteur privé doivent désormais franchir un cap décisif : convertir les agréments administratifs en capacités de production accrues, puis ces usines en flux d’exportations durables.









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