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Université du Cap Estérias : la méthode Oligui Nguema à l’épreuve des chantiers, reprendre, achever et livrer

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L’inauguration, le 10 septembre 2026, de l’Université Internationale Brice Clotaire Oligui Nguema du Cap Estérias illustre une méthode que le président de la République entend imprimer à l’action publique : reprendre les projets longtemps immobilisés, accélérer leur exécution et parvenir à leur livraison effective. Lancé en 2008 sous Omar Bongo Ondimba puis resté en sommeil pendant près de quinze ans, le chantier universitaire a été relancé en 2024 avant d’être achevé deux ans plus tard. Au-delà de l’infrastructure, cet aboutissement pose désormais la question de la généralisation de cette logique aux nombreux projets publics inachevés du pays.

Au Gabon, les chantiers abandonnés, ralentis ou indéfiniment reportés ont longtemps constitué l’un des symboles les plus visibles des difficultés d’exécution de la dépense publique. Routes, établissements scolaires, structures sanitaires ou équipements administratifs ont parfois survécu à plusieurs exercices budgétaires sans atteindre leur terme. L’Université du Cap Estérias offre, à cet égard, un cas emblématique : initiée en 2008, elle aura attendu 2024 pour connaître une véritable relance avant d’être inaugurée en septembre 2026. C’est dans cet écart entre près de quinze années d’immobilisme et deux années d’exécution que se dessine ce qui pourrait être qualifié de « méthode Oligui Nguema ».

Reprendre plutôt que recommencer

La première caractéristique de cette approche tient à la reprise des projets existants. Dans un pays où chaque nouveau cycle politique peut être tenté d’imprimer sa marque à travers de nouvelles infrastructures, achever ce qui a déjà été engagé constitue également une question de rationalité budgétaire. Les sommes précédemment investies n’acquièrent véritablement leur utilité publique que lorsque l’ouvrage entre en service.

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Le cas du Cap Estérias est particulièrement parlant. L’infrastructure aujourd’hui livrée s’étend sur 11 hectares, compte 14 bâtiments, un amphithéâtre de 386 places, des résidences ainsi qu’un hôtel-restaurant pédagogique. Sa première phase doit accueillir 4 000 étudiants, avec une capacité appelée à atteindre 12 000 places. Autrement dit, la relance n’a pas consisté à effacer le projet antérieur, mais à conduire à son terme une infrastructure dont le pays attendait déjà la réalisation.

Faire de l’achèvement un indicateur de performance

La deuxième dimension de cette méthode réside dans la recherche de résultats visibles et mesurables. Une annonce, une cérémonie de lancement ou la pose d’une première pierre ne constituent pas, en elles-mêmes, une politique publique aboutie. Pour l’usager, seule compte finalement la mise à disposition effective de l’infrastructure promise. En ce sens, passer du chantier à l’ouvrage livré modifie le critère d’évaluation de l’action gouvernementale.

Cette logique peut aussi constituer un instrument de discipline administrative. Achever rapidement suppose de suivre les calendriers, résoudre les blocages administratifs, sécuriser les financements et demander des comptes aux entreprises adjudicataires comme aux administrations chargées du suivi. La méthode ne pourra toutefois être véritablement appréciée que si cette exigence d’exécution devient systémique et ne dépend pas uniquement de l’intervention directe du chef de l’État.

Livrer vite, mais livrer durablement

Car la célérité ne peut constituer à elle seule un critère de réussite. Un chantier achevé doit respecter les normes techniques, répondre au besoin pour lequel il a été financé et disposer des ressources nécessaires à son fonctionnement. Dans le cas de l’Université du Cap Estérias, le défi se déplace désormais du BTP vers l’enseignement : enseignants, équipements pédagogiques, programmes, laboratoires, maintenance et financement devront suivre.

C’est précisément sur ce terrain que la « méthode Oligui Nguema » devra faire ses preuves dans la durée. Finaliser un chantier est une première victoire sur l’inertie ; assurer son fonctionnement cinq, dix ou quinze ans après sa livraison relève d’une politique publique durable. L’efficacité ne peut donc se mesurer au seul ruban coupé, mais au service effectivement rendu aux Gabonais.

Transformer la méthode en doctrine d’action publique

L’expérience du Cap Estérias pourrait ainsi servir de matrice à une politique plus large d’achèvement des investissements publics. Celle-ci supposerait d’inventorier les chantiers inachevés, d’évaluer leur taux d’exécution, les montants déjà décaissés, les besoins financiers restant à couvrir et leur utilité actuelle, avant d’établir des priorités. Tous les anciens projets ne méritent pas nécessairement d’être poursuivis ; ceux qui répondent encore à un besoin public devraient, en revanche, pouvoir être conduits jusqu’à leur terme.

C’est peut-être là que se situe le véritable enjeu de la méthode : passer d’une volonté présidentielle de « concrétiser et finaliser » à une culture administrative de l’achèvement. Si le Cap Estérias démontre qu’un projet vieux de près de deux décennies peut finalement sortir de terre, la prochaine étape sera de faire en sorte qu’au Gabon, terminer ce qui a été commencé cesse d’être présenté comme une performance exceptionnelle pour devenir la règle ordinaire de l’action publique.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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