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Agriculture : Pacôme Kossy met son administration face au défi de la souveraineté alimentaire

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Près de dix ans après le dernier exercice de cette ampleur, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, a réuni, vendredi 11 septembre 2026, son administration à Libreville, avec la participation à distance des services provinciaux. Huit mois d’action, revendications des agents, fonctionnement des entités sous tutelle et nouvelle stratégie agricole ont été passés en revue. Mais derrière le dialogue social, un chiffre a dominé les échanges : selon le ministre, le Gabon importe encore près de 80 % de ce qu’il consomme, une dépendance qu’il juge désormais « inacceptable ».

L’amphithéâtre de la Fonction publique affichait complet pour ce rendez-vous qui n’avait plus connu d’équivalent depuis 2017. Pour Pacôme Kossy, huit mois après sa prise de fonction, l’exercice devait autant permettre de regarder dans le rétroviseur que de préciser la direction à suivre. Les agents ont ainsi évoqué les primes, les conditions de travail, l’inadéquation entre certains profils et les postes occupés ou encore des compétences insuffisamment valorisées. Le ministre a répondu aux préoccupations exprimées, tout en renvoyant son administration à une exigence plus large : la transformation du secteur agricole nécessitera également de revoir les méthodes de travail et la culture administrative.

« Nous importons 80 % de ce que nous consommons »

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C’est toutefois sur la dépendance alimentaire que Pacôme Kossy a placé le principal curseur. « Nous importons 80 % de ce que nous consommons : c’est inacceptable », a-t-il lancé. Derrière cette formule se trouve l’un des principaux défis économiques du Gabon : accroître la production nationale afin de réduire la dépendance extérieure et conserver davantage de valeur à l’intérieur du pays.

Le ministère entend, pour y parvenir, dépasser la seule problématique de la production agricole et raisonner désormais en termes de systèmes agroalimentaires, depuis l’exploitation jusqu’au consommateur. Les consultations conduites sur le terrain ont permis d’identifier douze filières prioritaires appelées à structurer progressivement l’intervention publique. Dans l’aviculture, 150 exploitations ont déjà été sélectionnées pour bénéficier d’un accompagnement destiné à accélérer la production nationale, dans la perspective des objectifs fixés à compter de janvier 2027.

L’État facilitateur, le privé producteur

La doctrine présentée par le ministre repose également sur une redéfinition du rôle de l’État. Celui-ci n’a pas vocation, selon Pacôme Kossy, à devenir lui-même l’unique producteur. Sa responsabilité consiste davantage à organiser les filières, améliorer l’accès aux facteurs de production et créer un environnement suffisamment favorable pour permettre aux investisseurs privés de produire, transformer et commercialiser.

Et derrière le « privé », le ministre refuse de ne voir que les grands groupes. Jeunes entrepreneurs, femmes porteuses de projets, producteurs, coopératives, PME et petites exploitations sont également appelés à participer à cette transformation. L’enjeu sera cependant de traduire cette orientation en mécanismes concrets : accès au foncier, financement, intrants, équipements, formation, infrastructures logistiques et débouchés constituent autant de paramètres déterminants pour faire passer les intentions à l’échelle productive.

SEAG et AGROPAG, l’autonomie financière en question

Les difficultés des structures placées sous tutelle n’ont pas été évacuées. Les situations de la SEAG et d’AGROPAG ont notamment été abordées au cours des échanges. Le ministre a rappelé les démarches engagées pour accompagner ces entités, tout en posant une question plus structurelle : celle de la viabilité de leurs modèles économiques.

Pour Pacôme Kossy, l’autonomie ne peut rester une simple qualification administrative. Elle doit progressivement se traduire par une capacité à générer des ressources et à financer une part croissante du fonctionnement des structures concernées. Une orientation qui suppose de revoir leurs modèles économiques, leurs sources de revenus et leurs performances, faute de quoi l’autonomie proclamée continuerait de cohabiter avec une dépendance durable envers le budget de l’État.

Une administration à reconnecter au terrain

La participation par visioconférence des directeurs provinciaux et des agents en poste à l’intérieur du pays a également donné une dimension nationale à la rencontre. Un signal important pour un ministère dont l’efficacité se joue précisément loin des bureaux de Libreville, dans les exploitations, les bassins de production et auprès des communautés rurales.

Pacôme Kossy a résumé l’état d’esprit recherché par une métaphore : ne plus regarder uniquement « la voiture », mais « la route ». Autrement dit, dépasser les considérations individuelles et les intérêts immédiats pour replacer l’action administrative dans une trajectoire collective. Pour faciliter la remontée des propositions du terrain, le ministre a annoncé la création prochaine d’une plateforme consultative destinée à recueillir et intégrer les contributions des agents au système de pilotage du département.

Huit mois après, l’heure des résultats

Cette réunion marque donc une reprise du dialogue interne, mais elle place également le ministère devant ses propres engagements. Les douze filières prioritaires devront produire des résultats mesurables, les 150 exploitations avicoles accompagnées devront contribuer effectivement à l’augmentation de l’offre nationale et la mobilisation du secteur privé devra se traduire par des investissements et des volumes de production supplémentaires.

Car la remobilisation administrative ne constituera qu’une première étape. Pour un pays auquel son ministre de l’Agriculture attribue encore une dépendance alimentaire proche de 80 %, la véritable mesure de la nouvelle politique agricole sera celle des marchés, des étals et de la part croissante des produits issus des exploitations gabonaises. Après avoir renoué le dialogue avec son administration, Pacôme Kossy devra désormais démontrer que la « route » indiquée peut effectivement conduire le Gabon vers une plus grande souveraineté alimentaire.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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