Marchés publics : CITP face à l’épreuve des faits et des ouvrages réalisés
Mis en cause sur la place prise par le Consortium International des Travaux Publics (CITP) dans la commande publique gabonaise, son promoteur Seydou Kane bénéficie d’une longue mise au point publiée par l’hebdomadaire Échos du Nord dans son édition n°939 du vendredi 11 septembre 2026. Le journal invite à dépasser la seule lecture des montants versés par l’État pour examiner les ouvrages effectivement réalisés, les emplois mobilisés, les investissements, la fiscalité et les risques assumés par l’entreprise. Une défense qui n’évacue toutefois pas une exigence fondamentale : lorsqu’une société travaille massivement sur fonds publics, ses performances doivent pouvoir être appréciées à l’aune des coûts, des délais, de la qualité et de la durabilité des infrastructures livrées.
À mesure que les chantiers publics se multiplient au Gabon, la place des entreprises chargées de les exécuter devient elle-même un sujet de débat. CITP, dirigé par Seydou Kane, se retrouve précisément au centre de cette interrogation en raison du nombre de projets auxquels son nom est associé depuis 2023. Dans un article intitulé « Au-delà des procès d’intention… regarder le travail accompli », Échos du Nord conteste une lecture qui réduirait l’entreprise aux marchés obtenus et aux paiements reçus de l’État. « Une entreprise de travaux publics ne se résume ni aux marchés qu’elle obtient ni aux sommes que l’État lui règle », écrit le journal, qui propose de confronter les soupçons entourant CITP à la réalité physique et économique de ses interventions.
De Libreville à Akanda, une présence visible sur les chantiers
Pour étayer son argumentaire, Échos du Nord dresse un inventaire particulièrement fourni des interventions attribuées à CITP depuis 2023. À Libreville, le journal cite notamment des travaux entre Akébé et Bellevue 1, Akébé et Cosmopark, Sotéga et le rond-point de Nkembo, Carrefour Léon-Mba et Mont-Bouët, ainsi que dans les secteurs de Sorbonne, Banane B2, Louis, Plaine-Oréty, Petit-Paris, La Peyrie, Atong-Abè, Cocotiers ou encore Belle-Vue.
À Akanda, les interventions mentionnées concernent notamment la Mosquée de la Paix, l’axe Angondjé–Cap Caravane et plusieurs voies aménagées en pavés. Le chantier de Sherco comprend, selon l’hebdomadaire, une voie pavée de deux kilomètres sur douze mètres de largeur, avec terre-plein central, espaces verts et stationnement. Au Cap Santa Clara, CITP intervient sur douze kilomètres de route en béton bitumineux entre l’arboretum et le Cap Santa Clara. « Autrement dit, l’activité de CITP ne se réduit pas à une succession de marchés sur papier. Elle se traduit par des interventions physiques sur le territoire », souligne Échos du Nord.
Des infrastructures qui dépassent le seul réseau routier
Le journal relève également des projets en dehors des seuls travaux de voirie. À Bikélé, CITP intervient sur la voie d’accès au Lycée technique, tandis qu’à Kinguélé et Meyang sont évoqués un centre de santé et plusieurs logements liés à des établissements scolaires. S’y ajoutent le gymnase et l’internat du Prytanée militaire, le complexe sportif du FC 105 à Owendo ou encore des logements destinés à la Garde républicaine à Ondongo.
Pour l’hebdomadaire, cette matérialité doit être intégrée à toute appréciation de l’entreprise. « Une route ne se construit pas avec un marché administratif », insiste-t-il, avant de rappeler qu’un chantier mobilise ouvriers, ingénieurs, techniciens, conducteurs d’engins, fournisseurs, transporteurs et sous-traitants. Une manière de replacer la commande publique dans son environnement économique : derrière l’argent engagé par l’État existe également une chaîne d’activité dont l’impact dépasse le seul titulaire du contrat.
Paiements publics et préfinancement, deux réalités à distinguer
Échos du Nord s’attarde également sur un autre aspect souvent absent du débat : les conditions financières d’exécution des marchés. Le fait qu’une entreprise soit payée sur fonds publics ne signifie pas, rappelle en substance le journal, qu’elle reçoit immédiatement l’intégralité du coût d’un ouvrage avant de commencer les travaux. Personnel, carburant, matériaux, maintenance des engins, transport et approvisionnement nécessitent une trésorerie pendant l’exécution.
« L’argent public finance l’ouvrage ; il ne dispense pas l’entreprise de travailler pour le réaliser », résume l’hebdomadaire. Il évoque ainsi la question du préfinancement, lorsqu’une entreprise doit engager ses propres moyens avant l’encaissement de l’ensemble des sommes dues. Une réalité qui, comme le précise lui-même le journal, ne transforme nullement l’entreprise en « mécène de l’État », mais rappelle que la commande publique constitue une relation contractuelle comportant obligations, coûts et risques pour chacune des parties.
Fiscalité, emplois et valeur créée au Gabon
L’hebdomadaire invite également à élargir l’évaluation aux retombées économiques. « Combien de personnes cette activité fait-elle vivre ? Combien l’entreprise verse-t-elle à l’État et aux organismes sociaux ? Quelle valeur économique reste dans le pays ? », interroge-t-il. Autant de données qui permettraient effectivement de mesurer plus précisément l’empreinte nationale d’un opérateur bénéficiant d’un volume important de commande publique.
Sur ce point, l’argument mérite néanmoins d’être documenté par des chiffres consolidés. L’article reproduit détaille de nombreux chantiers, mais ne fournit pas, dans les passages communiqués, de données globales sur les effectifs de CITP, sa masse salariale, ses contributions fiscales et sociales ou le volume de ses achats locaux. La publication de ces indicateurs permettrait de donner une assise mesurable à l’argument selon lequel l’impact de l’entreprise doit également être apprécié par la valeur économique qu’elle conserve au Gabon.
Ni procès d’intention, ni immunité face au contrôle
La défense développée par Échos du Nord ne consiste toutefois pas à demander que CITP soit soustrait au contrôle. Le journal reconnaît explicitement que l’importance des marchés obtenus ne dispense pas d’interroger leurs conditions d’attribution et surtout leur exécution. Pour établir un favoritisme, estime-t-il, il faudrait notamment examiner « la réalité des procédures, la concurrence, les marchés remportés, ceux qui ne l’ont pas été, les conditions financières et techniques des offres ainsi que les résultats des procédures concernées ».
La même exigence vaut pour les ouvrages. CITP doit, écrit en substance l’hebdomadaire, pouvoir être évalué comme n’importe quelle entreprise intervenant sur fonds publics : coût, délais, kilomètres réellement exécutés, qualité, respect des engagements contractuels et durabilité. « Compter les chantiers ne suffit pas », reconnaît le texte. Cette précision est essentielle : la visibilité d’une entreprise sur le terrain ne peut constituer, à elle seule, la preuve de la bonne utilisation des deniers publics.
Le débat doit désormais revenir aux faits
C’est probablement sur ce terrain que peut se résoudre la controverse entourant CITP. Ni l’importance des marchés obtenus ne suffit à établir l’existence d’un traitement privilégié, ni la multiplication des chantiers ne saurait suffire à écarter toute interrogation. Dans les deux cas, l’évaluation doit reposer sur des éléments vérifiables : procédures de passation, montants contractuels, taux d’exécution, délais, avenants éventuels, qualité des ouvrages, fiscalité, emplois et retombées locales.
Échos du Nord résume finalement sa position par une formule : regarder CITP « non pas comme une entreprise qu’il faudrait soustraire à la critique » ni « condamner par principe parce qu’elle travaille avec l’État », mais à partir des faits. Une exigence qui vaut autant pour ses détracteurs que pour ses défenseurs. Car lorsqu’il s’agit de milliards issus de la commande publique, la meilleure réponse aux procès d’intention reste encore la transparence sur les contrats et l’évaluation objective des ouvrages effectivement livrés aux Gabonais.









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