Transport public : la CNT oublie-t-elle une partie du Gabon ?
En dévoilant sa nouvelle grille tarifaire, la Compagnie nationale de transport (CNT) concrétise l’une des promesses du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema : doter le Gabon d’un véritable opérateur national de transport. Si cette initiative constitue une avancée attendue, elle met également en lumière une réalité persistante : de nombreuses localités demeurent absentes du réseau annoncé. Une situation qui relance le débat sur un développement réellement inclusif du territoire national.
Lambaréné (5 000 FCFA), Mouila (8 000 FCFA), Lebamba (10 000 FCFA), Makokou, Oyem et Tchibanga (12 000 FCFA), Bitam (13 000 FCFA). À ces dessertes interurbaines s’ajoutent plusieurs formules d’abonnement pour le transport urbain, avec des tarifs adaptés aux élèves, étudiants, familles et bénéficiaires du GEF.
Sur le papier, la CNT amorce ainsi la construction d’un réseau national appelé à améliorer la mobilité des populations. Mais une lecture attentive de cette première offre laisse apparaître de nombreuses zones d’ombre.
Un réseau encore très incomplet
Car où sont Mbigou, Malinga, Mimongo et Guietsou dans la province de la Ngounié ? Où figurent Mabanda, Moabi, Ndindi ou Mougoutsi dans la Nyanga ? Pourquoi Medouneu et Mitzic, dans le Woleu-Ntem, ne sont-ils pas intégrés à cette première phase de desserte ?
Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Elle illustre simplement une préoccupation partagée par de nombreuses populations vivant dans les départements de l’intérieur du pays : celle d’être, une fois encore, les oubliées des politiques publiques. Dans plusieurs de ces localités, se déplacer relève encore du parcours du combattant. Les coûts de transport demeurent élevés, les rotations irrégulières et l’offre privée souvent insuffisante.
Le développement ne peut être à géométrie variable
La création de la Compagnie nationale de transport répond à une ambition nationale. Par définition, elle ne peut donc se limiter aux grands centres urbains ou aux axes les plus rentables. Le transport public n’est pas uniquement un service commercial. Il constitue un outil d’aménagement du territoire, d’intégration nationale et de réduction des inégalités territoriales.
En desservant certaines villes tout en laissant de côté d’autres chefs-lieux de département ou communes de l’intérieur, le risque est de renforcer le sentiment d’un développement à deux vitesses. Or, la Constitution gabonaise est sans équivoque : le Gabon est une République une et indivisible. Ce principe ne relève pas uniquement de l’organisation institutionnelle. Il impose également que les politiques publiques profitent à l’ensemble des citoyens, quel que soit leur lieu de résidence.
Il n’existe pas de Gabonais de première et de seconde zone
Les habitants de Mbigou, Malinga, Mimongo, Moabi, Mabanda, Medouneu ou Mitzic contribuent, eux aussi, au développement du pays. Ils paient des impôts, participent à la vie économique nationale et exercent pleinement leur citoyenneté. Ils ne peuvent donc être durablement exclus des grands projets structurants. Le succès de la CNT ne sera pas seulement mesuré au nombre de bus mis en circulation ni aux recettes générées. Il sera également évalué à sa capacité à rapprocher les territoires, à désenclaver les départements les plus éloignés et à offrir à chaque Gabonais les mêmes opportunités de mobilité.
Le défi est désormais lancé à la Compagnie nationale de transport et aux pouvoirs publics : faire en sorte que cette première grille tarifaire ne constitue qu’une étape transitoire avant un maillage national plus complet. Car une compagnie nationale ne peut pleinement porter son nom que lorsqu’elle dessert l’ensemble de la Nation. Le développement ne peut être parcellaire. Il doit être inclusif, équilibré et équitable. C’est à cette condition que chaque Gabonais, où qu’il vive, se sentira pleinement partie prenante de la République.










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