Gabon : la priorité est-elle un nouveau centre médical à Akanda ou sauver les dispensaires ruraux ?
La visite de la ministre de la Santé sur le chantier du futur Centre médical du Cap Estérias illustre la volonté du gouvernement de renforcer l’offre de soins dans le Grand Libreville. Mais cette communication interroge : la véritable urgence sanitaire du Gabon ne se situe-t-elle pas aujourd’hui dans les villages de l’intérieur du pays, où de nombreux dispensaires fonctionnent sans personnel, sans médicaments et parfois sans le moindre équipement de première nécessité ?
Le chantier du futur Centre médical du Cap Estérias avance. C’est une bonne nouvelle pour les populations de cette localité de la commune d’Akanda. Financé par la Banque africaine de développement (BAD), l’établissement devrait être livré dans environ six mois et renforcer l’offre de soins aux portes de Libreville.
Mais cette visite ministérielle soulève une interrogation plus profonde : la priorité sanitaire du Gabon est-elle aujourd’hui de construire de nouvelles infrastructures autour de la capitale ou de sauver les structures qui existent déjà à l’intérieur du pays ?
Deux réalités sanitaires, un même pays
À quelques kilomètres de Libreville, les habitants bénéficieront bientôt d’un nouveau centre médical moderne. À plusieurs centaines de kilomètres, dans de nombreuses localités de la Nyanga, de la Ngounié, de l’Ogooué-Ivindo, du Woleu-Ntem ou encore de l’Ogooué-Lolo, la réalité est tout autre.
De nombreux dispensaires fonctionnent difficilement, lorsqu’ils ne sont pas tout simplement fermés. Certains ne disposent que d’un seul agent de santé, d’autres attendent depuis des mois des dotations en médicaments essentiels. Dans plusieurs villages, l’absence de moyens oblige encore les populations à parcourir des dizaines de kilomètres pour recevoir les premiers soins. Les drames liés aux morsures de serpent, aux complications obstétricales, au paludisme grave ou aux évacuations impossibles continuent d’être rapportés dans plusieurs provinces.
Le défi n’est plus seulement de bâtir, mais de faire fonctionner
Construire de nouveaux centres de santé est indispensable. Encore faut-il qu’ils disposent demain de médecins, d’infirmiers, de sages-femmes, de médicaments, d’ambulances et de budgets de fonctionnement. L’enjeu de la politique sanitaire gabonaise dépasse désormais la seule inauguration de chantiers. Il concerne surtout la capacité de l’État à garantir une offre de soins équitable sur l’ensemble du territoire.
Les populations de Libreville ont besoin d’hôpitaux performants. Celles de l’intérieur ont d’abord besoin que leurs dispensaires ouvrent chaque matin avec un personnel présent, des médicaments disponibles et un minimum de matériel pour sauver des vies.
L’équité territoriale comme véritable urgence
Le chantier du Cap Estérias constitue un investissement utile. Mais il rappelle aussi que la santé ne peut être pensée uniquement depuis le Grand Libreville. L’accès aux soins reste profondément inégal entre les centres urbains et les zones rurales. Tant que cette fracture persistera, chaque nouvelle infrastructure inaugurée près de la capitale rappellera, en creux, les difficultés quotidiennes des populations de l’arrière-pays.
La réussite de la politique sanitaire ne se mesurera donc pas seulement au nombre de bâtiments construits, mais à la capacité de chaque Gabonais, où qu’il vive, d’accéder rapidement à des soins de qualité. C’est sur ce terrain que les attentes demeurent les plus fortes.









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