Scission de la SEEG en 2027 : qui paiera finalement les 150 milliards de FCFA de dette ?
La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) disparaîtra sous sa forme actuelle au 1er janvier 2027 pour laisser place à deux entités distinctes dédiées à l’eau et à l’électricité. Mais derrière cette réforme présentée comme une remise à plat du secteur subsiste une question autrement plus embarrassante : que deviendront les quelque 150 milliards de FCFA de dette accumulés par l’entreprise ? Si le gouvernement assure que ce passif ne sera pas transféré aux futures sociétés, Direct Infos Gabon relève que personne n’a encore clairement indiqué qui, au bout de la chaîne, devra payer la facture.
La restructuration de la SEEG est désormais engagée. Lors du conseil d’administration du 31 juillet 2026, le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, a exposé une situation financière particulièrement dégradée : 45,6 milliards de FCFA de perte nette, des charges financières qui auraient été multipliées par quatorze en quelques années et un chiffre d’affaires pratiquement stagnant entre 2020 et 2023.
Ces chiffres viennent donner une traduction comptable à une crise connue depuis plusieurs années par les Gabonais : difficultés de trésorerie, fournisseurs impayés, infrastructures fragilisées et qualité de service régulièrement contestée. Mais la scission annoncée de la SEEG fait désormais surgir une question qui dépasse la seule réorganisation administrative de l’entreprise.
150 milliards de dette : la SEEG disparaît, pas ses créances
Direct Infos Gabon rappelle qu’en février dernier, Philippe Tonangoye avait lui-même évalué la dette de la SEEG à près de 150 milliards de FCFA, l’attribuant notamment à « des problèmes de mauvaise gouvernance » combinés à une trésorerie devenue insuffisante pour honorer les engagements de l’entreprise envers ses fournisseurs.
Or, comme le souligne pertinemment Direct Infos Gabon, l’assurance gouvernementale selon laquelle « le passif de la SEEG ne sera pas transféré aux futures entités » ne règle en rien le problème. Elle ne fait que déplacer la question. Car une dette ne disparaît pas avec un changement de raison sociale, encore moins avec une scission.
Les créanciers existent. Les factures existent. Les engagements contractuels existent. Et les 150 milliards de FCFA devront nécessairement être supportés quelque part. La vraie question n’est donc plus de savoir si les futures entités hériteront de la dette. Le gouvernement affirme que non. Elle est désormais beaucoup plus simple : qui va payer ?
Une structure de défaisance : ou l’art de déplacer la dette ?
Le mécanisme envisagé consisterait à loger le passif historique de la SEEG dans une structure spécifique afin que les futures sociétés chargées de l’eau et de l’électricité puissent démarrer avec des bilans assainis. Comptablement, la méthode se comprend. Économiquement, elle ne constitue pourtant pas un effacement de dette.
Direct Infos Gabon met justement le doigt sur l’angle mort de l’opération : cette « structure spécifique » devra elle-même être financée. Trois hypothèses se dessinent alors : prise en charge par le budget de l’État, valorisation ou cession d’actifs, ou négociation avec les créanciers pour rééchelonner, voire restructurer, une partie du passif. Pour l’heure, aucune architecture financière complète n’a été publiquement exposée.
Et si l’État devait finalement recapitaliser la structure, garantir ses emprunts ou payer directement ses créanciers, le contribuable gabonais deviendrait, de fait, le payeur en dernier ressort d’une dette née en partie des dysfonctionnements accumulés dans la gestion de la SEEG.
C’est précisément ce point qui mérite aujourd’hui d’être clarifié.
Après les 524 milliards levés, la question du financement devient incontournable
Direct Infos Gabon replace également cette restructuration dans un contexte financier particulier : celui d’un Gabon ayant récemment mobilisé plus de 524 milliards de FCFA sur les marchés financiers internationaux. Il serait hasardeux, en l’absence d’annonce officielle, d’affirmer qu’une partie de ces ressources servira à apurer le passif de la SEEG. Mais la question est légitime : comment le gouvernement entend-il financer la défaisance ?
Par une dotation budgétaire ? Un emprunt spécifique ? Une garantie souveraine ? Une restructuration des créances ? Une cession d’actifs ? Ou une combinaison de plusieurs mécanismes ? Sur un passif annoncé à 150 milliards de FCFA, le silence sur le schéma de financement ne peut durablement tenir lieu de réponse.
De 56 à 67 % : l’État veut davantage de contrôle… mais à quel prix ?
Autre élément soulevé par Direct Infos Gabon : la volonté de faire passer la participation publique au capital de 56 % à 67 %, afin d’atteindre le seuil de majorité requis dans le cadre juridique retenu pour conduire l’opération. Là encore, l’objectif politique est compréhensible : assurer à l’État une maîtrise renforcée des futures entités stratégiques. Mais davantage de contrôle signifie potentiellement davantage d’engagement financier.
Comme le relève le média, cette montée au capital pourrait passer soit par un rachat des participations détenues par les actionnaires minoritaires, soit par une opération d’augmentation de capital modifiant leur poids relatif.
Dans les deux hypothèses, une question revient : combien coûtera l’opération ? Car il faudrait alors additionner le coût éventuel de la reprise du passif, celui de la recapitalisation des nouvelles structures et les investissements considérables nécessaires à la remise à niveau des réseaux d’eau et d’électricité.
Effacer les compteurs sans changer le système ne suffira pas
Mais le problème de fond est peut-être ailleurs. Direct Infos Gabon avertit à juste titre qu’un « simple nettoyage du bilan », s’il n’est pas accompagné d’une transformation de la gouvernance et du modèle économique, risque seulement de remettre les compteurs à zéro avant un nouveau cycle d’endettement. C’est là que la réforme de la SEEG sera véritablement jugée.
Si les causes ayant produit les 150 milliards de FCFA de dette demeurent, mauvaise gouvernance, faiblesse du recouvrement, charges incontrôlées, investissements insuffisants, modèle tarifaire déséquilibré ou dépendance permanente aux subventions publiques? séparer l’eau de l’électricité ne résoudra rien. On aura simplement deux sociétés propres sur le papier au 1er janvier 2027, susceptibles de reproduire demain les déséquilibres de celle qu’elles remplacent.
Qui paiera ? La question à laquelle le gouvernement doit répondre
La scission de la SEEG peut être nécessaire. L’assainissement de son bilan aussi. Mais une restructuration ne saurait transformer 150 milliards de FCFA de dette en ligne comptable invisible.
Avant le 1er janvier 2027, le gouvernement devra donc répondre précisément à quelques interrogations : quel montant exact du passif sera placé dans la structure de défaisance ? Quels créanciers sont concernés ? Sur quelle durée seront-ils remboursés ? Avec quelles ressources ? Quel sera le coût de la montée de l’État au capital ? Et surtout, quelle garantie existe-t-il que les futures sociétés ne recommenceront pas à accumuler les déficits ?
Car derrière les montages juridiques et financiers, il n’existe finalement que quelques payeurs possibles : l’entreprise, ses créanciers, l’État, les usagers ou le contribuable. Et si, comme l’écrit Direct Infos Gabon, « le passif de la SEEG ne sera pas transféré aux futures entités », alors une interrogation devient incontournable : à qui sera-t-il transféré ?
C’est désormais moins la scission de la SEEG qui mérite d’être scrutée que la destination de ses 150 milliards de FCFA de dette. Car changer le nom du débiteur ne fait jamais disparaître la facture.









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