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Gabon : Guy Bertrand Mapangou alerte sur la marchandisation de l’Iboga et des rites du Bwété

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Le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Guy Bertrand Mapangou, alerte sur les risques que ferait peser la marchandisation croissante de l’Iboga sur le patrimoine spirituel gabonais. Dans une prise de position intitulée « Iboga : quand l’argent détruit la spiritualité », il dénonce à la fois les trafics autour de cette plante, l’attrait international pour l’ibogaïne et la commercialisation de savoirs et de titres initiatiques associés au Bwété. Une sortie qui intervient dans un contexte où les autorités gabonaises entendent renforcer la protection de cette ressource et des connaissances traditionnelles qui lui sont associées.

Pour Guy Bertrand Mapangou, le danger ne réside donc pas uniquement dans la sortie de l’Iboga du territoire national. Il se situe également dans la transformation progressive d’un patrimoine initiatique en produit commercial accessible à celui qui peut payer. Le président du CESEC met directement en cause l’implication présumée de certains Gabonais, tradipraticiens, initiés ou dépositaires de la tradition dans des circuits qui auraient transformé l’Iboga et certains savoirs du Bwété en source de revenus.

« Un savoir initiatique ne se vend pas »

« Vendre l’Iboga et ses savoirs associés est un danger culturel et spirituel. Un savoir initiatique ne se vend pas. Un rite se vit, il ne se consomme pas comme un forfait bien-être », affirme Guy Bertrand Mapangou. Une formule qui résume l’essentiel de son propos : la valeur du Bwété ne pourrait être dissociée du parcours spirituel, des règles de transmission et de la relation entre initiés.

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Sa critique devient plus sévère lorsqu’il évoque ceux qui devraient précisément assurer la préservation de cette tradition. Il dénonce des pratiques consistant, selon lui, à « monnayer à des étrangers des titres de Nimas et des savoirs initiatiques ». Lorsque l’initiation devient « transaction monétaire » ou « produit touristique à la carte », estime-t-il, « ce n’est plus du Bwété, c’est du folklore commercial ». Des accusations qui relèvent de la prise de position de l’auteur et ne sont accompagnées, dans le texte transmis, ni d’identités ni d’éléments permettant d’établir des responsabilités individuelles.

L’Ibogaïne, autre versant de la pression commerciale

Guy Bertrand Mapangou relie également cette marchandisation à l’intérêt international suscité depuis plusieurs années par l’ibogaïne, substance issue de l’Iboga et étudiée notamment dans le champ des addictions. Selon lui, cette demande aurait favorisé l’installation de « réseaux organisés de trafiquants » au Gabon comme à l’étranger, avec des complicités locales.

Son propos dépasse cependant la seule exploitation de la plante. Il alerte sur une rupture dans le système traditionnel de légitimité : « Cette situation ouvre une brèche que rien ne peut refermer facilement : celle où l’argent devient le nouveau critère de légitimité spirituelle, à la place du respect, de la transmission et du sens. » Derrière la question économique se pose ainsi celle de la propriété et de la transmission des connaissances traditionnelles gabonaises.

Protéger la plante, mais aussi les savoirs

Cette alerte prend une résonance particulière après l’examen, en Conseil des ministres du 18 septembre 2026, d’un projet de texte visant à interdire l’exportation de l’Iboga et de ses dérivés, sous quelque forme que ce soit. L’orientation gouvernementale vise précisément à protéger la ressource végétale, mais également le patrimoine culturel et les savoirs traditionnels qui lui sont associés.

Guy Bertrand Mapangou pousse toutefois la réflexion au-delà de l’interdiction juridique. Pour lui, la protection ne pourra être efficace si les premiers dépositaires du patrimoine participent eux-mêmes à sa marchandisation. « L’Iboga a survécu à la colonisation, aux interdits, à l’oubli. Il ne survivra pas nécessairement à l’indifférence des initiés qui devraient le protéger en premier », prévient-il.

Dans sa lecture, l’Éboghe reste « un pont vivant entre les vivants et les ancêtres » et « le cœur battant du rite Bwété ». « Éboghe sert à guérir, à révéler, à transmettre. Aujourd’hui il sert aussi à s’enrichir. Et c’est là que le problème commence », conclut Guy Bertrand Mapangou. Au-delà de la future réglementation des exportations, le débat est ainsi posé : protéger l’Iboga suppose aussi de déterminer comment le Gabon entend préserver, transmettre et encadrer l’exploitation économique des savoirs dont il constitue l’un des principaux dépositaires culturels.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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