Derniers articlesTribune

São Tomé-et-Príncipe : un voisin stratégique à la conquête des investisseurs responsables

Ecouter l'article

À seulement trente minutes de vol de Libreville, São Tomé-et-Príncipe amorce une nouvelle étape de son développement économique. Sorti de la catégorie des pays les moins avancés des Nations unies, l’archipel mise désormais sur les capitaux privés responsables pour accélérer sa transformation. Pour le Gabon, ce changement ouvre des perspectives de coopération et d’investissement dans des secteurs aussi variés que l’économie bleue, la logistique, l’agroalimentaire, le tourisme, les services financiers ou encore les énergies renouvelables. Dans cette tribune, Luc Gnonlonfoun, Représentant résident du PNUD à São Tomé-et-Príncipe et ancien Représentant résident par intérim du PNUD au Gabon, livre son analyse sur les opportunités qu’offre ce voisin du golfe de Guinée et invite les acteurs économiques gabonais à porter un nouveau regard sur un marché régional en pleine mutation. Lecture.

«  Sorti de la catégorie des pays les moins avancés, São Tomé-et-Príncipe part en quête de capitaux privés responsables

Depuis Libreville, trente minutes de vol suffisent pour rejoindre São Tomé-et-Príncipe, un voisin du golfe de Guinée dont le potentiel économique reste encore largement méconnu des investisseurs de la sous-région.

Cet archipel de quelque 240 000 habitants, dont la monnaie est arrimée à l’euro, détient depuis septembre 2025 une distinction unique : il est le premier État au monde entièrement couvert par des réserves de biosphère de l’UNESCO, un label qui distingue les territoires conciliant préservation de la biodiversité et développement économique et humain. Príncipe avait obtenu ce statut dès 2012, avant que São Tomé ne soit reconnue à son tour.

Sa transition économique s’accélère également. Le 13 décembre 2024, le pays est officiellement sorti de la catégorie des pays les moins avancés (PMA) des Nations Unies, signe des progrès accomplis en matière de revenus et de développement humain.

Cette évolution ne signifie pas la fin immédiate des financements concessionnels, mais annonce un changement progressif de modèle : alors que l’aide publique au développement diminue, le pays cherche à attirer des investissements privés responsables, capables de soutenir une croissance durable et de créer de la valeur localement.

Luc Gnonlonfoun, Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à São Tomé-et-Príncipe, estime que l’archipel offre aux investisseurs patients une opportunité encore largement sous-estimée.

Ancien Représentant résident a.i. du PNUD au Gabon, il voit entre les deux pays de fortes similitudes : richesse écologique exceptionnelle, ouverture sur le golfe de Guinée, ambition de faire des ressources naturelles un moteur de développement durable.

La reconnaissance de l’UNESCO, souligne-t-il, est bien plus qu’un symbole : elle traduit un engagement durable en faveur du patrimoine naturel et de modèles économiques compatibles avec cette ambition.

Les îles abritent des écosystèmes uniques et leur zone économique exclusive représente près de 160 fois leur superficie terrestre, ouvrant des perspectives dans la pêche durable, les services maritimes, la recherche océanique, l’économie bleue et le tourisme côtier.

Le cacao offre une deuxième opportunité majeure : berceau des premières plantations de cacao d’Afrique, l’archipel fut même, au début du XXe siècle, le premier producteur mondial.

Aujourd’hui, l’ambition est de développer une industrie locale de transformation afin de produire un chocolat haut de gamme commercialisé sous marque d’origine, plutôt que d’exporter des matières premières – une vision mise en avant au pavillon national de l’Exposition universelle d’Osaka en 2025.

Avec l’appui du PNUD et d’autres partenaires, les autorités renforcent par ailleurs l’environnement des affaires, notamment en créant le premier centre d’arbitrage du pays, gage d’un règlement plus rapide, plus transparent et plus prévisible des différends commerciaux. La qualité des institutions compte souvent autant que les ressources naturelles.

Pour le Gabon, cette évolution mérite une attention particulière. Les deux pays partagent le même espace maritime et font face à des défis comparables : diversification économique, valorisation durable des ressources naturelles, transition énergétique, résilience économique.

Banques, assureurs, opérateurs logistiques, entreprises agroalimentaires, groupes hôteliers ou acteurs gabonais de l’économie maritime pourraient ainsi y trouver des opportunités encore peu explorées, des énergies renouvelables au tourisme durable, en passant par la transformation du cacao et les services liés à l’économie bleue.

Le contexte politique conforte cette dynamique. L’élection présidentielle du 19 juillet s’est déroulée dans le calme : crédité de 55,94 % des suffrages selon les résultats provisoires, le président Carlos Vila Nova a vu sa réélection au premier tour confirmée par la Cour constitutionnelle. La mission d’observation de l’Union européenne a salué un scrutin paisible et bien organisé. Les élections législatives, régionales et locales suivront le 27 septembre.

Ces avancées ne font pas disparaître les défis : le marché intérieur reste modeste, la connectivité demeure perfectible et les infrastructures exigent d’importants investissements. Mais, selon M. Gnonlonfoun, l’essentiel réside moins dans la taille du marché que dans sa trajectoire.

« Les investisseurs qui réussiront demain seront ceux qui sauront identifier, dès aujourd’hui, les économies appelées à jouer un rôle dans la transition vers un développement plus durable. São Tomé-et-Príncipe offre cette possibilité grâce à une vision fondée sur les énergies renouvelables, le tourisme durable, l’économie bleue, l’agriculture à haute valeur ajoutée et des institutions qui poursuivent leur modernisation. »

Pour lui, investir à São Tomé-et-Príncipe, c’est accompagner un pays qui construit un modèle de développement fondé sur la durabilité, la résilience et la création de valeur locale.

À trente minutes des côtes gabonaises, cette opportunité est peut-être plus proche qu’on ne l’imagine.

Luc G. Gnonlonfoun est Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à São Tomé-et-Príncipe et ancien Représentant résident par intérim du PNUD au Gabon

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

Ce message d’erreur est visible uniquement pour les administrateurs/administratrices de WordPress.

Erreur 403 : The request cannot be completed because you have exceeded your quota..

Domain code: youtube.quota
Reason code: quotaExceeded

Erreur : aucune vidéo n’a été trouvée.

Assurez-vous qu’il s’agit d’un identifiant de chaine valide et que la chaine a des vidéos disponibles sur youtube.com.

Bouton retour en haut de la page