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Mbigou : la ville attend toujours les infrastructures de la Ve République

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Préfecture, mairie, Conseil départemental, établissements scolaires, subdivision des Travaux publics, compagnie et brigade de gendarmerie, centre médical, Trésor public, services agricoles, cadastre, SEEG : sur le papier, Mbigou dispose des attributs d’un véritable chef-lieu départemental. Sur le terrain, la réalité est autrement plus sévère. Infrastructures vieillissantes, services sous-équipés, dispensaires fermés, centre médical en travaux depuis trois ans et déficit persistant d’équipements publics : près de trois ans après le changement de régime du 30 août 2023, la capitale de la Boumi-Louetsi peine encore à percevoir concrètement les effets de la dynamique infrastructurelle de la Ve République.

Mbigou n’est pourtant ni un village isolé ni une simple bourgade administrative. Chef-lieu du département de la Boumi-Louetsi, dans la Ngounié, la ville abrite une population permanente estimée à près de 5 000 habitants et concentre plusieurs administrations représentant l’État. Pourtant, alors que Libreville et plusieurs localités bénéficient de nouveaux chantiers, aucune infrastructure publique majeure nouvelle liée à la dynamique actuelle de modernisation n’est encore venue profondément transformer le visage de Mbigou depuis 2023. Le constat interpelle d’autant plus que les besoins sont connus et touchent pratiquement tous les services essentiels.

Un État présent administrativement, mais démuni matériellement

Le cas de la subdivision des Travaux publics est emblématique. Son ressort dépasse largement Mbigou et couvre plusieurs départements et axes, notamment vers Popa, Mimongo et Iboundji. Pourtant, cette structure appelée à entretenir un réseau routier considérable demeure confrontée à un déficit criard d’équipements. Comment entretenir des dizaines, voire des centaines de kilomètres de routes sans engins et moyens opérationnels suffisants ?

Même paradoxe pour les forces de sécurité. La compagnie de gendarmerie installée à Mbigou couvre un vaste territoire comprenant notamment Lebamba, Ndendé, Mimongo, Nzenzélé, Lékindou, Malinga et Étéké-Massima. La brigade locale intervient, elle, sur quatre cantons. Pourtant, les besoins en véhicules, logements et équipements demeurent considérables. L’État demande donc à ses agents d’occuper le territoire sans toujours leur donner les moyens matériels de cette mission.

Santé : Bongolo comme solution de dernier recours

La situation sanitaire est tout aussi préoccupante. Le Centre médical de Mbigou est en travaux depuis environ trois ans et reste confronté à l’insuffisance de son plateau technique. Pour certaines prises en charge, les habitants doivent parcourir près d’une centaine de kilomètres afin de rejoindre l’Hôpital évangélique de Bongolo. Dans les villages, plusieurs dispensaires seraient fermés ou fortement diminués par le manque de personnels, la vétusté des bâtiments et l’insuffisance des équipements. Pour une population rurale souvent confrontée à l’état difficile des routes, la distance séparant le malade du soin devient elle-même un facteur de vulnérabilité.

Centre médical de Mbigou © GMT

Le secteur éducatif offre certes un maillage plus important, avec le lycée Amiar Ngah’ang, le lycée privé La Vision et plusieurs établissements primaires publics, confessionnels ou privés. Mais là encore, la présence administrative ne saurait être confondue avec une politique ambitieuse de modernisation des infrastructures scolaires.

Barrage hydroélectrique, pisciculture : des potentialités sous-exploitées

Mbigou possède pourtant des atouts. La ville dispose notamment d’un barrage hydroélectrique exploité par la SEEG. Mais selon les informations locales disponibles, une seule turbine serait opérationnelle et le recours à un groupe électrogène participerait à l’alimentation de la ville. Une situation qui mérite, à tout le moins, un diagnostic technique public permettant d’établir précisément les capacités réelles de l’installation et les investissements nécessaires. 

Même sentiment de potentiel inexploité dans l’agriculture. La présence d’un service piscicole devrait permettre de relancer les stations piscicoles et d’accompagner une activité susceptible de générer alimentation, revenus et emplois. Or, cette administration apparaît aujourd’hui largement inactive. Mbigou compte également une perception du Trésor public, une représentation du cadastre et une présence liée aux Eaux et Forêts et aux parcs nationaux. Beaucoup de plaques administratives, donc. Beaucoup moins d’investissements structurants.

À quand le « temps des preuves » pour Mbigou ?

Le contraste devient politiquement difficile à ignorer au regard du discours prononcé le 16 août 2026 par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Le chef de l’État y affirmait que « le temps des promesses doit céder la place au temps des preuves » et revendiquait les nombreuses infrastructures réalisées ou engagées depuis son accession au pouvoir. À Mbigou, cette formule nourrit nécessairement une interrogation : quelles preuves concrètes la Ve République peut-elle aujourd’hui présenter aux populations de la Boumi-Louetsi ?

Une vue de l’état de la route à Mbigou © GMT

Il ne s’agit pas d’exiger des ouvrages de prestige. Les urgences sont beaucoup plus élémentaires : terminer et équiper correctement le centre médical, réhabiliter les dispensaires, doter les Travaux publics d’engins, donner aux gendarmes des véhicules et des logements, fiabiliser l’approvisionnement électrique, améliorer les routes et remettre en activité les outils de production locale.

Car l’exode rural n’est pas une fatalité culturelle. Il est aussi la conséquence rationnelle d’un territoire où se soigner, travailler, entreprendre ou simplement circuler devient plus difficile qu’ailleurs. Trois ans après le 30 août 2023, Mbigou semble être restée figée pendant qu’ailleurs les grues, les bulldozers et les nouveaux bâtiments matérialisent le discours de transformation. La Ve République ne pourra pourtant réussir son ambition de refondation en modernisant uniquement les territoires les plus visibles. Le « Gabon nouveau » devra aussi arriver à Mbigou.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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