Gabon : 750 000 personnes dans la pauvreté, le paradoxe d’un pays riche qui laisse prospérer la précarité
Au Gabon, la pauvreté n’est plus une réalité périphérique que l’on pourrait reléguer derrière les agrégats macroéconomiques. Selon les données de l’Enquête gabonaise pour l’évaluation et le suivi de la pauvreté (EGEP II), reprises par DirectInfosGabon, 33,4 % de la population, soit environ 750 000 personnes, vivent dans la pauvreté, tandis que 8,2 %, près de 185 000 personnes, sont confrontées à l’extrême pauvreté. À cette fracture sociale s’ajoute un marché du travail particulièrement hostile aux jeunes et aux femmes. Des chiffres qui interrogent frontalement l’efficacité redistributive de l’État dans un pays pourtant doté d’importantes ressources pétrolières, minières et forestières.
Derrière les statistiques se trouvent des réalités beaucoup moins abstraites. DirectInfosGabon relève, sur la base de l’EGEP II, que « le taux de pauvreté national s’établit à 33,4 % (750 000 personnes) », tandis que « 8,2 % de la population », soit environ 185 000 personnes, seraient touchées par l’extrême pauvreté. Autrement dit, près d’un Gabonais sur trois se trouve aujourd’hui confronté à une situation de vulnérabilité économique.
Ces données devraient constituer davantage qu’un indicateur supplémentaire dans les documents de planification publique. Elles posent une question politique fondamentale : comment un pays de moins de trois millions d’habitants, producteur de pétrole, deuxième producteur mondial de manganèse et détenteur d’un patrimoine forestier considérable peut-il compter quelque 750 000 personnes vivant dans la pauvreté ? Le problème gabonais apparaît ainsi moins comme celui de l’absence absolue de richesses que celui de leur transformation en prospérité effectivement perceptible par les ménages.
185 000 personnes confrontées à l’extrême pauvreté
Le chiffre le plus préoccupant demeure celui de l’extrême pauvreté. DirectInfosGabon rappelle qu’elle correspond à « la forme la plus grave de dénuement matériel et social ». Derrière cette notion se trouvent l’incapacité de satisfaire convenablement les besoins alimentaires, les difficultés d’accès aux soins, à l’eau potable, à l’électricité, à l’éducation ou encore à un logement décent. À l’échelle du Gabon, quelque 185 000 personnes seraient ainsi concernées par la pauvreté alimentaire.
C’est ici que les statistiques prennent une dimension presque insoutenable. Car parler d’extrême pauvreté dans le Gabon de 2026 revient à constater que plusieurs décennies de recettes pétrolières, minières et forestières n’ont toujours pas permis de garantir un socle minimal de dignité économique à toute la population. La croissance ne vaut pourtant politiquement que par ce qu’elle transforme dans un foyer : le contenu du réfrigérateur, la possibilité de payer un loyer, de se soigner, d’envoyer ses enfants à l’école ou simplement de disposer d’eau et d’électricité.
Dès lors, la question ne peut plus seulement être de savoir combien l’État investit, mais où, comment et avec quel résultat social. Des milliards peuvent être inscrits dans une loi de finances sans que leur traduction soit perceptible dans le panier de la ménagère. Des infrastructures peuvent être annoncées sans que le revenu disponible des familles augmente. Une politique économique peut même afficher des ambitions considérables tout en laissant intactes les poches de pauvreté. C’est précisément cet écart entre la richesse nationale théorique et la situation quotidienne d’une partie de la population qu’il faut désormais mesurer.
Jeunesse : 34,5 % de chômage, une bombe sociale silencieuse
À cette pauvreté monétaire s’ajoute la difficulté d’accéder durablement à l’emploi. Citant les résultats de l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage (ENEC 2024), DirectInfosGabon souligne que le chômage des jeunes atteint 34,5 %. Plus d’un jeune actif sur trois serait donc concerné. Dans un pays où la jeunesse constitue une part majeure de la population, ce chiffre dépasse largement la seule problématique économique.
Car une jeunesse massivement privée d’emploi est une jeunesse à laquelle la société demande d’attendre alors même qu’elle aspire à l’autonomie. Sans revenus réguliers, difficile de quitter le domicile familial, de fonder un foyer, d’accéder au crédit ou simplement de construire un projet de vie. Le chômage des jeunes finit alors par produire une dépendance économique prolongée, de la frustration et une perte de confiance dans les institutions. C’est pourquoi l’emploi devrait constituer l’un des principaux indicateurs d’évaluation de l’action gouvernementale.
La question devient d’autant plus pressante que le secteur public ne peut plus absorber indéfiniment les demandeurs d’emploi. Le défi consiste donc à créer les conditions permettant au secteur privé, à l’agriculture, à l’industrie, aux services, au numérique et à la transformation locale des matières premières de produire massivement des emplois. Sans cette mutation structurelle, le Gabon continuera d’avoir des jeunes diplômés mais sans débouchés, des programmes d’insertion mais insuffisamment d’entreprises capables d’embaucher durablement.
Les femmes davantage exposées au chômage
L’autre fracture mise en évidence concerne les femmes. DirectInfosGabon indique que leur taux de chômage atteint 21,4 %, contre 14,1 % chez les hommes, et qu’elles représenteraient 55 % de l’ensemble des chômeurs. Cette différence révèle une vulnérabilité supplémentaire dans l’accès au marché du travail et impose d’interroger les mécanismes économiques qui continuent de pénaliser leur insertion.
Cette situation appelle des réponses beaucoup plus ciblées. Faciliter l’accès des femmes au financement, renforcer la formation professionnelle, sécuriser l’entrepreneuriat féminin ou encore améliorer les dispositifs de garde d’enfants ne relève pas seulement d’une politique sociale. Ce sont aussi des instruments économiques. Maintenir une part importante de la population féminine en marge de l’emploi revient à priver le pays d’une partie de son potentiel productif.
L’enjeu est d’autant plus important que la précarité professionnelle pousse une partie croissante des actifs vers l’informel. Petits commerces, prestations occasionnelles, débrouillardise quotidienne et activités sans protection sociale deviennent alors des mécanismes de survie. Le travail existe parfois, mais il ne garantit ni revenu stable, ni retraite, ni assurance contre les accidents de la vie. Avoir une activité ne signifie donc pas nécessairement être sorti de la pauvreté.
La richesse du Gabon doit désormais se mesurer dans les foyers
Ces indicateurs obligent finalement à revoir la manière dont le pays mesure sa réussite économique. Une hausse du PIB, l’exploitation d’un nouveau gisement, une augmentation des investissements ou la signature de conventions industrielles ne constituent pas des fins en soi. Leur pertinence devrait être évaluée à partir d’une question simple : combien de Gabonais ont réellement amélioré leurs conditions de vie ?
Le véritable défi de la Ve République se trouve peut-être là. Produire davantage ne suffira pas si la richesse créée demeure insuffisamment diffusée. Attirer des milliards d’investissements ne suffira pas davantage si les emplois qualifiés, les revenus et la valeur ajoutée échappent largement aux ménages. Et construire des infrastructures ne résoudra pas tout si une partie importante de la population demeure incapable de satisfaire ses besoins élémentaires.
Avec 750 000 personnes vivant dans la pauvreté, 185 000 confrontées à l’extrême pauvreté et un chômage des jeunes culminant à 34,5 %, le Gabon ne fait plus face à une simple série d’indicateurs sociaux préoccupants. Il fait face à une question de modèle économique et de redistribution.
La richesse d’un État ne se mesure finalement pas seulement à ce qu’il extrait de son sous-sol, encaisse dans son budget ou emprunte sur les marchés. Elle se mesure aussi à ce qu’il parvient à mettre dans les assiettes, les emplois, les logements et les perspectives d’avenir de ses citoyens. Et sur ce terrain, les chiffres rapportés par DirectInfosGabon sonnent moins comme des statistiques que comme une sévère interpellation adressée à l’action publique.









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