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Gabon : Jean Valentin Leyama interroge la responsabilité de l’État dans le «désordre» urbain de Libreville

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Alors que les opérations de libération des emprises et de réaménagement urbain se multiplient à Libreville, Jean Valentin Leyama pose une question de fond : jusqu’où l’État peut-il faire supporter aux populations les conséquences d’un désordre urbanistique qu’il aurait lui-même laissé prospérer pendant plusieurs décennies ? Dans une prise de position publiée ce 25 août 2026 depuis Moanda, l’ancien député interpelle la puissance publique sur sa responsabilité historique et politique envers les populations aujourd’hui menacées de déplacement.

« Où, quand commence et finit la responsabilité d’un État ? » La question posée par Jean Valentin Leyama dépasse la seule actualité des déguerpissements. Elle renvoie à plusieurs décennies d’urbanisation de Libreville, marquées par une extension souvent peu maîtrisée de la ville, l’occupation de nombreux espaces et, selon lui, une forme de tolérance durable des pouvoirs publics. L’ancien député convoque ainsi successivement les périodes de Léon Mba, Omar Bongo Ondimba et Ali Bongo Ondimba pour défendre une idée : l’État d’aujourd’hui ne peut totalement se désolidariser des pratiques administratives de l’État d’hier.

« Cet État découvre soudainement son erreur »

C’est précisément là que se situe le cœur de son argumentation. Jean Valentin Leyama estime paradoxal qu’une puissance publique ayant laissé des populations s’installer pendant plusieurs décennies puisse aujourd’hui invoquer exclusivement l’irrégularité de certaines occupations pour reprendre possession des espaces concernés. « Cet État […] avait donc laissé et encouragé les populations à s’installer illégalement par centaines de milliers dans des zones entières de Libreville, leur a délivré des titres d’occupation et ce même État, sous Brice Clotaire Oligui Nguema, découvre soudainement son erreur sans assumer sa responsabilité dans ce “désordre” urbain entretenu ? », s’interroge-t-il.

Son propos soulève ainsi une distinction essentielle : la nécessité de remettre de l’ordre dans l’urbanisation de Libreville n’efface pas automatiquement la question de la responsabilité administrative dans la constitution même de la situation que l’État cherche aujourd’hui à corriger.

Réformer la ville sans transférer tout le coût aux populations

La problématique est d’autant plus sensible que la modernisation de Libreville nécessite effectivement de nouvelles voiries, la libération d’emprises et la réorganisation de certains quartiers. Mais lorsque des familles occupent des espaces depuis plusieurs décennies, parfois sur la base de documents délivrés par l’administration, la question de l’indemnisation, du relogement et de la sécurité juridique devient centrale. Leyama convoque alors Machiavel : « Les hommes […] oublient plus facilement la mort de leur père que la perte de leur patrimoine. » Une citation utilisée pour rappeler la dimension profondément sociale, économique et affective que représente la perte d’une habitation ou d’un terrain.

La critique se transforme enfin en avertissement politique. Jean Valentin Leyama invite les personnes qui s’estimeraient lésées à conserver la mémoire de ces décisions jusqu’à l’échéance présidentielle de 2032, en rappelant la promesse de « restauration de la dignité » portée par les nouvelles autorités. Au fond, sa sortie ne conteste pas seulement les opérations actuelles. Elle pose une question plus embarrassante pour la puissance publique : l’État peut-il corriger aujourd’hui, au nom de l’ordre urbain, ce qu’il a toléré, administré ou parfois formalisé hier, sans assumer une part du coût humain et financier de cette correction ? C’est précisément sur la réponse apportée à cette question que pourrait se mesurer le caractère social de la transformation actuellement engagée à Libreville.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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