L’Afrique, un siècle de mythologie du développement par les amis et les bailleurs de fonds
L’expression « l’Afrique, un siècle de mythologie du développement » n’est nullement une critique faite aux dirigeants africains mais le résumé d’une analyse critique et profonde des modèles d’aide internationale et des politiques économiques imposées ou suggérées au continent africain depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours.
Cette perspective a pour but de soutenir que le concept de « développement », tel qu’il a été formulé par les « partenaires », les « amis », les institutions multilatérales et les bailleurs de fonds de notre continent, s’apparente souvent à une construction discursive ou à un récit théorique déconnecté des réalités structurelles et des aspirations réelles des populations locales.
Pour analyser ce siècle de récits, il convient de structurer l’évolution de ces « mythologies » en quatre grandes étapes :
1. Le mythe de la « mission civilisatrice » et de la mise en valeur (Époque coloniale)
Le récit :
Les puissances coloniales présentaient l’occupation comme un devoir moral visant à apporter le progrès, les infrastructures et la modernité à un continent perçu comme « en retard ».
La réalité :
Hors à l’épreuve des faits, le développement des infrastructures (chemins de fer, ports) était exclusivement pensé pour l’extraction des matières premières vers les métropoles, créant une économie d’extraversion dépendante.
2. Le mythe des grands projets et de la modernisation (1960 – 1980)
Le récit :
Après les indépendances, l’accent a été mis sur le transfert de technologies et le financement de méga-infrastructures (barrages, complexes industriels dits « éléphants blancs ») financés par de la dette extérieure. On pensait que l’Afrique suivrait linéairement les étapes de la croissance occidentale.
La réalité :
Ces projets, souvent inadaptés et mal gouvernés, ont plongé le continent dans une crise de la dette sans déclencher l’industrialisation promise.
3. Le mythe du marché roi et des Programmes d’Ajustement Structurel (1980 – 2000)
Le récit :
Face à la crise de la dette, les bailleurs de fonds (Consensus de Washington) ont imposé la libéralisation radicale, la privatisation des entreprises publiques et la réduction drastique des dépenses de l’État pour « assainir » les économies.
La réalité :
Cette période, que nous pouvons à juste titre qualifier de « décennie perdue », a affaibli les systèmes de santé, d’éducation et les administrations publiques, précarisant davantage les populations sans pour autant stabiliser durablement les économies.
4. Le mythe de la « bonne gouvernance » et de l’aide humanitaire (Depuis 2000)
Le récit :
Le discours s’est déplacé vers la lutte contre la pauvreté (Objectifs du Millénaire, puis ODD) et l’exigence de la « bonne gouvernance » comme condition préalable à l’aide.
La réalité :
L’aide au développement est de plus en plus critiquée visant en réalité à maintenir une relation de subordination (paternalisme), alimenter une bureaucratie de l’expertise internationale et détourner l’attention des règles asymétriques du commerce mondial.
Enfin, il est temps que l’Afrique et singulièrement ses dirigeants comprennent les mythes sur l’aide internationale qui enrichirait l’Afrique n’est qu’une vue de l’esprit car, les flux financiers sortants (évasion fiscale, rapatriement des bénéfices, service de la dette) dépassent souvent de loin les volumes de l’aide reçue.
De surcroît, formuler le développement comme une technique universelle est un non sens car, les solutions standardisées négligent l’histoire des peuples, les institutions locales et la diversité culturelle du continent.
Par ailleurs, penser que les bailleurs de fonds sont de simples philanthropes c’est volontairement ignorer des dynamiques géopolitique et stratégique qui gouvernent le monde et utilise l’aide comme un outil d’influence géopolitique et économique pour ouvrir des marchés aux entreprises des pays donateurs.
Ainsi, Il est donc crucial d’aujourd’hui, que les dirigeants, les intellectuels, les économistes et la jeunesse africaines plaident pour une rupture nette avec cette mythologie en encourageant la souveraineté économique, la valorisation du potentiel interne, et la fin de la dépendance vis-à-vis des solutions pensées à l’extérieur.
Osons rêver l’Afrique autrement!
Seth KOKA .











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