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Gabon : après le modèle d’Oyem, peut-on généraliser l’agriculture en prison ?

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Alors que le Gabon cherche résolument à renforcer sa souveraineté alimentaire et à dynamiser son secteur agricole, une ressource humaine inattendue se manifeste depuis l’ombre des pénitenciers. Et si la réinsertion par le travail de la terre devenait le moteur d’une agriculture nationale renouvelée ?

Dans les cours des prisons gabonaises, le murmure d’une aspiration nouvelle commence à se faire entendre. Face aux défis économiques majeurs et au coût élevé de la vie, le Gabon s’efforce de restructurer son modèle agricole pour réduire sa dépendance aux importations alimentaires. C’est précisément au cœur de cette ambition nationale que surgit une proposition porteuse d’espoir : mobiliser la main-d’œuvre pénitentiaire pour cultiver la terre.

Un appel venu des cellules

Selon le site d’actualité Biba241, loin d’être une contrainte imposée, cette idée émanerait en partie des prisonniers eux-mêmes. « Nous voulons cultiver pour réduire nos peines », peut-on lire chez nos confrères. L’Afrique Centrale cherche aujourd’hui à diversifier son économie, et pour ces hommes et femmes incarcérés, le travail de la terre représente bien plus qu’une simple occupation : c’est un gage d’utilité sociale, une opportunité d’apprentissage et un levier d’aménagement des peines.

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Avec une population carcérale estimée entre 5 447 et 5 501 personnes, soit un taux de 226 détenus pour 100 000 habitants, le réservoir de bras disponible est loin d’être négligeable. Si les femmes n’y représentent qu’environ 3,5 %, la grande majorité des détenus constitue une force jeune, en quête de rachat et d’activités constructives.

L’exemple pionnier de la prison d’Oyem

Dans la province du Woleu-Ntem, cet idéal est déjà une réalité concrète. La maison d’arrêt d’Oyem fait figure de modèle pionnier grâce à un projet agricole étendu sur environ 50 hectares. Ce site réunit une diversité remarquable d’activités : maraîchage, pisciculture, aviculture ainsi que de l’élevage cunicole (lapins). Les étangs de pisciculture et les bacs d’élevage ne servent pas uniquement à alimenter les pénitenciers ; ils agissent comme de véritables ateliers de formation professionnelle.

Grâce à cet apprentissage pratique, les détenus développent une réelle expertise technique en gestion d’exploitations et en élevage. L’objectif avoué des responsables pénitentiaires est clair : offrir aux détenus des connaissances solides et valorisables pour leur garantir une autonomie financière et une véritable réinsertion socio-économique dès leur sortie de prison.

Nourrir la nation et préparer l’avenir

L’opportunité stratégique de dupliquer l’expérience d’Oyem à l’échelle nationale est d’autant plus vive que le Gabon prend des mesures courageuses pour stimuler sa production interne. À l’image de l’interdiction récente de l’importation du poulet de chair, décision qui suscite à la fois espoir et défis logistiques, le marché local exige un approvisionnement constant et robuste en produits frais. Intégrer les détenus dans ce type de fermes-écoles permet de répondre directement à cette demande croissante.

Soutenu par des partenaires internationaux comme le Fonds international de développement agricole (FIDA), le Gabon modernise ses filières rurales. Étendre le modèle d’Oyem à d’autres pénitenciers du pays permettrait d’approvisionner les cantines et les marchés locaux tout en formant des centaines d’individus qualifiés.

Un défi juridique et humain

Toutefois, la généralisation d’un tel dispositif exige d’affronter une réalité complexe. Actuellement, près de 70 % des personnes incarcérées se trouvent en détention provisoire, en attente de leur jugement. Une telle prédominance de prévenus impose un encadrement juridique rigoureux pour garantir le respect des droits humains et distinguer le travail volontaire rémunéré de toute forme d’abus.

Pour les condamnés définitifs, le cadre est idéal : chaque journée passée à cultiver pourrait donner lieu à une remise de peine proportionnée, tout en leur constituant un pécule de sortie. En transformant le temps carcéral passif en un temps de production valorisant, le Gabon a l’opportunité de bâtir un modèle exemplaire où la réhabilitation humaine devient le moteur direct du développement agricole.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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