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Gabon : SAEG-AGROPAG, les zones d’ombre qui appellent une clarification sur les financements, les dettes et les actifs transférés

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La dissolution de la Société d’agriculture et d’élevage du Gabon (SAEG) et le transfert annoncé de ses actifs matériels et financiers à AGROPAG soulèvent plusieurs interrogations sur la situation patrimoniale laissée par l’ancienne structure. À la lumière notamment de déclarations attribuées à l’ancien ministre de l’Agriculture Jonathan Ignoumba, des questions demeurent sur les financements consacrés aux sites agricoles, les comptes de la SAEG, ses arriérés salariaux, les éventuels conflits d’intérêts et surtout la consistance exacte du patrimoine transmis à AGROPAG. Autant de points qui appellent davantage des documents comptables qu’une confrontation de déclarations.

La question est d’autant plus importante que les deux structures doivent être juridiquement distinguées. La disparition de la SAEG ne saurait, à elle seule, rendre AGROPAG responsable de l’ensemble des engagements accumulés par l’ancienne société. Avant toute imputation de dette ou de créance, encore faudrait-il établir ce que la SAEG possédait, ce qu’elle devait, ce qu’elle avait effectivement reçu de l’État et ce qui a juridiquement été transféré à la nouvelle entité.

Des milliards annoncés, mais quelle traçabilité ?

Selon les déclarations rapportées de Jonathan Ignoumba, 2 milliards de FCFA auraient été mis à disposition pour la réhabilitation du site de Voungou, dans la Nyanga. Concernant Lékabi, l’ancien ministre aurait indiqué que les fonds destinés à sa réhabilitation avaient été directement remis au directeur général de la SAEG de l’époque. Le montant exact demeure toutefois à établir, certaines informations évoquant jusqu’à 3 milliards de FCFA.

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À ce stade, ces éléments ne permettent pas de conclure à une quelconque irrégularité. Ils rendent en revanche légitime la production des pièces permettant de retracer l’origine des financements, leurs modalités de décaissement, leurs bénéficiaires institutionnels, les dépenses exécutées et les travaux effectivement réalisés. Lorsqu’il s’agit de plusieurs milliards de FCFA de ressources publiques, la traçabilité constitue moins une suspicion qu’une obligation normale de reddition des comptes.

Où sont les comptes de la SAEG ?

La situation financière de la SAEG constitue le deuxième nœud du dossier. Des arriérés de rémunérations pouvant atteindre, selon les situations rapportées, plus de vingt mois, voire vingt-cinq mois, sont évoqués. Si ces chiffres sont confirmés, ils devront être rapprochés des financements reçus, des charges supportées et des ressources dont disposait réellement l’entreprise.

Seuls les états financiers peuvent permettre de sortir de la spéculation : bilans, comptes de résultat, relevés bancaires, créances, dettes fiscales et sociales, masse salariale, inventaire patrimonial et justificatifs des financements publics. Sans photographie comptable complète à la date de dissolution, il devient particulièrement difficile de déterminer ce qui relève d’une dette de la SAEG et ce qui pourrait légalement incomber à AGROPAG.

Des conflits d’intérêts potentiels à prévenir

Une autre interrogation concerne l’éventuelle superposition entre fonctions de tutelle, responsabilités exercées au sein de la SAEG et intérêts liés au règlement de certaines créances. L’existence d’un conflit d’intérêts ne peut être affirmée sans éléments précis sur les personnes, les fonctions exercées, les périodes concernées et la nature des intérêts éventuels.

Mais la question mérite d’être documentée. Si des responsables ayant participé aux décisions de tutelle ou à la gestion de la SAEG figurent eux-mêmes parmi ses créanciers, les mécanismes de traitement de ces créances devraient offrir toutes les garanties d’impartialité. L’objectif n’est pas de présumer une faute, mais d’éviter qu’une personne puisse intervenir dans une décision dont elle serait directement ou indirectement bénéficiaire.

Quel patrimoine AGROPAG a-t-elle réellement reçu ?

C’est finalement la question centrale. À la suite des décisions annoncées lors du Conseil des ministres du 26 février 2026, un inventaire contradictoire devrait permettre d’identifier précisément les actifs matériels et financiers transférés : terrains, bâtiments, équipements, véhicules, stocks, disponibilités bancaires, créances et autres droits patrimoniaux.

Le même exercice doit concerner le passif. Quelles dettes ont été reprises ? Sur quel fondement juridique ? Les créances salariales de la SAEG ont-elles été transférées à AGROPAG ou demeurent-elles rattachées à la liquidation de l’ancienne structure ? Sans réponses documentées, le risque est de voir les difficultés historiques de la SAEG se confondre progressivement avec celles d’AGROPAG.

Une clarification indépendante apparaît dès lors nécessaire pour protéger simultanément les travailleurs, la nouvelle société et les intérêts de l’État. Au-delà des accusations ou des dénégations, quelques documents permettraient de ramener le débat sur le terrain des faits : combien la SAEG a-t-elle reçu, combien a-t-elle dépensé, combien devait-elle au moment de sa dissolution et, surtout, quel patrimoine réel a-t-elle effectivement transmis à AGROPAG ?

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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