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La violence chez les enfants : Et si la sanction n’était pas la seule sanction ?

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Chaque semaine qui passe, des cas de violences en milieu scolaire sont signalés dans notre pays. Des élèves s’en prennent à leurs camarades, parfois à leurs enseignants. Les images choquent et l’émotion est légitime. Face à de tels agissements, les sanctions tombent. Elles sont disciplinaires (exclusions définitives) et (ou) répressives (peines d’emprisonnement pour ceux qui ont déjà atteint 13 ans, l’âge de la responsabilité pénale). Pendant ce temps, les campagnes de sensibilisation se multiplient dans les établissements scolaires et dans les quartiers. Acteurs de la société civile, institutions publiques, associations et organisations non gouvernementales se passent le relais, mais rien n’y fait, la violence juvénile ne cesse de progresser comme un poison qui se propage et dont on n ‘arrive pas à trouver l’antidote. 

Une question lancinante se pose alors à nous tous : que devient cet enfant qu’on exclut et qui ne peut plus repartir à l’école parce qu’il porte désormais l’étiquette “enfant violent” ? C’est pour lui, une nouvelle identité dont il ne peut plus se défaire, pour un manque de maîtrise de soi qui aura duré quelques secondes, une erreur pour toute une vie ! “Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre” ainsi avait répondu Jésus aux pharisiens ! Qui d’entre nous ne s’est jamais emporté ? Qui n’a pas déjà perdu son sang froid (en tant qu’homme, que femme, que parents) ? Lequel d’entre nous n’a pas déjà regretté une parole ou un geste excessif ? Si les adultes eux-mêmes peinent à contrôler leurs émotions, comment exiger d’un adolescent de 13 ans une maîtrise parfaite de lui-même ? Peut-on définir l’identité d’une personne à une seule action ou hypothéquer son avenir pour une seule erreur ? 

S’il est vrai que cette violence chez les jeunes paraît de plus en plus excessive et dépasse les limites habituelles, il convient aussi de se demander qu’elle en est l’origine et statuer au cas par cas. Car avant de condamner, il faut aussi comprendre. 

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On observe ainsi que ceux qui blessent ont souvent été blessés eux-mêmes, et que les bourreaux sont parfois des victimes. Derrière certains comportements agressifs se cachent des violences plus profondes : maltraitances, négligences, agressions sexuelles, humiliations, absence de repères ou traumatismes passés sous silence. Une violence peut en cacher une autre. La vérité est que nous regardons souvent les conséquences sans nous attarder sur les causes.  Nous voyons l’enfant qui frappe, mais rarement celui qui souffre. Nous dénonçons la violence visible, tout en ignorant les violences silencieuses qui la nourrissent.

Il existe une autre forme de violence, plus discrète, plus sournoise, mais tout aussi destructrice : la violence verbale. Contrairement à la violence physique qui laisse des marques à l’extérieur et peut être illustrée par des photographies, la violence verbale frappe à l’intérieur, dans l’intimité, là où personne n’a accès. Les mots (d’un parent, d’un autre élève, d’un enseignant) peuvent marquer un enfant pour la vie. Les insultes répétées, les humiliations publiques, le rejet ou le harcèlement peuvent fragiliser la construction personnelle de cet enfant, en faire un “monstre” ou une “bombe à retardement”. Alors que les coups marquent le corps, certains mots blessent l’âme. Dans les établissements scolaires, il y a ce qui est visible et ce qui ne l’est pas. Il y a ce qui est dit et ce qui ne devrait jamais être prononcé. Il y a ce qui est entendu et ce qui est passé sous silence.

Lorsqu’un enfant est exclu sans accompagnement, nous ne réglons pas le problème, nous le déplaçons juste !  Cet enfant est davantage exposé à la rue, à la délinquance, à la consommation de drogues ou d’alcool, autrement dit, aux environnements qui alimentent la violence que nous cherchons à combattre.  Cela ne signifie pas que la violence doit être tolérée. La sanction est nécessaire, mais elle ne peut pas être la seule réponse. C’est pourquoi chaque exclusion devrait être accompagnée d’un suivi éducatif, psychologique et social.

La violence chez les jeunes ne se manifeste pas qu’à l’école.  A la maison (violences domestiques, maltraitances, incestes), dans la rue (injures, violences physiques), elle est visible partout. Si les enfants sont des auteurs et sont punissables, ils sont aussi des victimes. Quand on est confronté à la violence, comment ne pas devenir violent soi-même ? Un enfant apprend d’abord par imitation, il a pour modèle ses parents : il reproduit ce qu’il voit, autant que ce qu’il entend. Les enfants sont également victimes de certains prédateurs qui exploitent leur vulnérabilité, y compris en milieu scolaire.

A cela s’ajoute un phénomène devenu incontournable : La violence numérique ! La Première Dame du Gabon, Madame Zita OLIGUI NGUEMA, a récemment tiré la sonnette d’alarme à ce sujet et a organisé du 25 novembre au 15 décembre 2025, 15 jours d’activisme contre les violences en ligne visant les femmes et les jeunes filles. En effet, le cyberharcèlement touche de plus en plus de jeunes, et peut avoir des conséquences dramatiques allant jusqu’au suicide. Nudités dévoilées, insultes et menaces, le cyberespace devient une scène de crime ! Le “Happy Slapping” prend de l’ampleur. Cette pratique consistant à violenter une personne et à partager l’agression sur les réseaux sociaux est de plus en plus répandue dans notre pays. L’acte de violence ne s’arrête plus à la victime, il se propage à l’infini sur internet. Au Gabon, les vidéo-lynchages impliquant des enfants se multiplient et, pendant que l’un subit des violences, les autres n’interviennent pas, ne dénoncent pas, ne s’en vont pas, ils cautionnent, ils rient et surtout, ils prennent vite leurs téléphones portables pour filmer et …. partager ! A se demander s’ils n’ont plus d’humanité, d’empathie et si on enseigne encore à nos enfants l’amour et la solidarité ? 

Aujourd’hui, la jeunesse est individualiste. Les réseaux sociaux reconfigurent les rapports sociaux. L’usage excessif d’internet réduit le temps passé dans les interactions sociales en présentiel. Papa est sur WhatsApp, Maman sur Instagram et l’enfant sur Roblox. Les communautés en ligne ne se limitent pas en effet, à des plateformes de discussion ou de partages de vidéos tels que Facebook, Youtube, Instagram, WhatsApp ou Tik Tok, les jeux vidéo en ligne tels que Roblox, Fortnite, Minecraft sortent des réseaux sociaux traditionnels. Ces espaces de jeux sont aussi des plateformes qui intègrent des moyens de communication vocale et ouvrent même des salons de discussion à d’autres acteurs, des lieux où les enfants interagissent avec des inconnus du monde entier.  En consultant Google, il est indiqué que les utilisateurs de Roblox âgés de 5 à 9 ans doivent obtenir une autorisation parentale pour activer le chat et qu’une vérification d’âge est automatiquement faite. Mieux, les enfants de 9 ans ne peuvent pas utiliser le chat vocal. Dans la réalité, au Gabon et ailleurs, plusieurs enfants de cet âge sont actifs sur Roblox sans autorisation parentale et communiquent  aisément entre eux. Pour s’inscrire, il ne leur a demandé aucune pièce d’identité, ni la leur, ni celle de leurs parents.

D’ailleurs, peu de parents maîtrisent réellement ces environnements numériques. Et beaucoup ignorent les risques auxquels leurs enfants sont exposés. Et pourtant, l’utilisation excessive d’internet chez les jeunes peut avoir pour conséquence, la dégradation de leur santé mentale. Les adolescents, curieux et explorateurs par nature, peuvent facilement tomber dans des zones d’internet (dark web) où ils ne devraient pas être, et se retrouver exposés à des contenus inappropriés ou devenir les victimes de prédateurs.  La réalité, c’est que nos enfants n’ont pas de frontières numériques. Les géants du numérique utilisent des algorithmes conçus pour capter l’attention et les rendre addicts.  Le documentaire “Emprise numérique, 5 femmes contre les Big 5”(Youtube-TV5 Monde) réalisé en 2024 par Elisa JADOT révèle l’ampleur du phénomène et la responsabilité de ces géants sur l’addiction des plus jeunes aux écrans et aux réseaux sociaux. Il retrace le parcours de cinq femmes qui attaquent en justice cinq géants du numérique (Meta, Tik Tok, Snapchat, X, Discord) pour faire reconnaître leur responsabilité dans la dégradation de la santé mentale des enfants et adolescents. La question de la protection de l’enfant dans l’univers numérique est ainsi devenue un enjeu majeur de santé publique. Comment contrôler l’accès des mineurs aux réseaux sociaux ?  Quels mécanismes de vérification peuvent être mis en place ?

Enfin, il existe une autre forme de violence qui nous interpelle collectivement :  celle que les jeunes se retournent contre eux-mêmes. Le nombre de suicides chez les jeunes aurait augmenté depuis 2021 (une hausse d’environ 30 %) , ce qui traduit un mal-être profond et démontre les fragilités d’une société qui va mal et qui perd ses enfants. Le drame survenu le 10 mars 2026 à Libreville lorsqu’un élève s’est donné la mort en se jetant d’une passerelle devant son établissement scolaire, a profondément bouleversé l’opinion publique. Une véritable tragédie qui a fait la une des médias. Le lendemain, le Journal L’Union affichait en première page : “Un suicide et des questions” ! Oui, des questions, restées sans réponse ! Ou avec plusieurs réponses…On a accusé l’administration de son établissement scolaire, les agents des forces de l’ordre, ses camarades de classe, la drogue, la dépression. Chacun a désigné un responsable. 

Il est temps de sortir du jugement pour commencer à voir au-delà des apparences. Et si nous tenons vraiment à juger, alors ayons le courage de nous juger nous-mêmes !

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

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