A La UneDerniers articlesSOCIETE

Imeno Nzinga : quinze ans sans dispensaire, le lent effacement d’un village

Ecouter l'article

Situé à une vingtaine de kilomètres de Mbigou, sur l’axe menant à Mimongo, le village d’Imeno Nzinga continue de résister malgré l’absence de services publics essentiels. Privés d’électricité, de dispensaire depuis près de quinze ans et confrontés à un exode progressif de leur population, les habitants interpellent les pouvoirs publics sur une situation qui illustre les inégalités persistantes entre les territoires.

À Imeno Nzinga, la vie s’organise encore autour de l’agriculture, de la chasse et de la production artisanale de vin de palme. Les communautés Nzébi et Massango, qui constituent l’essentiel de la population, perpétuent des activités qui assurent leur subsistance depuis plusieurs générations. Mais derrière cette apparente résilience se cache une réalité beaucoup plus préoccupante : celle d’un village qui peine à retenir ses habitants faute d’infrastructures de base.

L’absence d’électricité, de structures sanitaires et de perspectives économiques pousse progressivement les jeunes et les familles à quitter le village. Ceux qui restent continuent de faire vivre leur terroir, mais avec le sentiment d’être oubliés des politiques publiques. Une situation d’autant plus difficile que les habitants estiment avoir toujours participé à la vie démocratique de leur circonscription.

« Nous avons élu notre député à 100 %, mais il ne vient plus nous voir »

Le notable du village ne cache pas son amertume. Pour lui, les difficultés d’Imeno Nzinga ne relèvent plus seulement du manque d’infrastructures, mais également d’un déficit de présence des responsables publics. « Nous n’avons pas d’électricité pour éclairer les maisons. Nous n’avons plus de dispensaire pour nous soigner. Pour les soins de santé, il faut aller à Mbigou. Pourtant, nous avons élu notre député ici à 100 %. Pourquoi ne vient-il pas nous voir ? », a-t-il confié. 

Au-delà de l’interpellation politique, ce témoignage traduit le sentiment d’abandon exprimé par de nombreux villages de l’intérieur du pays. Les attentes portent moins sur des promesses que sur une présence régulière des élus et une meilleure prise en compte des difficultés du quotidien.

Un dispensaire fermé depuis quinze ans

Le bâtiment du dispensaire constitue aujourd’hui le symbole le plus visible de ce recul des services publics. Fermée depuis près de quinze ans, la structure est progressivement envahie par la végétation. Les consultations médicales ont disparu depuis longtemps, obligeant les habitants à rejoindre Mbigou au moindre problème de santé.

Une vue du dispensaire abandonné d’Imeno Nzinga © D.R.

Cette situation représente une contrainte financière importante pour des populations vivant essentiellement de leurs activités agricoles. Louer une moto devient souvent la seule solution pour accéder aux soins, avec un coût qui peut atteindre 5 000 francs CFA pour un seul déplacement.

Pour certains habitants, cette absence de prise en charge médicale constitue désormais un véritable facteur de risque. « Ça fait quinze ans que nous n’avons plus d’infirmier. Quand quelqu’un tombe malade, il faut louer une moto à 5 000 francs pour aller à Mbigou. Même les femmes enceintes prennent des risques. Moi-même, un serpent m’avait mordu : pour sortir d’ici, ça a été très difficile. Sans moto ou sans voiture, quelqu’un peut mourir ici », témoigne Stevin Pambou Moulopogo.

Préserver les villages, un enjeu d’aménagement du territoire

Le cas d’Imeno Nzinga dépasse la seule question de la réhabilitation d’un dispensaire. Il interroge plus largement la capacité des politiques publiques à maintenir des conditions de vie dignes dans les zones rurales. Car lorsqu’un village perd successivement son centre de santé, ses services essentiels puis une partie de sa population, c’est toute sa dynamique qui s’affaiblit.

À l’heure où les autorités affichent leur volonté de promouvoir un développement plus équilibré des territoires, la revitalisation des villages apparaît comme un enjeu majeur. L’accès aux soins, à l’électricité, aux infrastructures de communication et aux activités économiques demeure un préalable indispensable pour freiner l’exode rural.

À Imeno Nzinga, les habitants ne réclament pas des infrastructures hors de portée. Ils demandent simplement de retrouver des services essentiels qui permettent de vivre, de se soigner et d’envisager l’avenir avec davantage de sérénité. Car sans une réponse rapide des pouvoirs publics, ce village de la Boumi-Louetsi risque de ne plus être seulement confronté au déclin démographique. Il pourrait, à terme, disparaître silencieusement de la carte des villages habités du Gabon.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

Ce message d’erreur est visible uniquement pour les administrateurs/administratrices de WordPress.

Erreur 403 : The request cannot be completed because you have exceeded your quota..

Domain code: youtube.quota
Reason code: quotaExceeded

Erreur : aucune vidéo n’a été trouvée.

Assurez-vous qu’il s’agit d’un identifiant de chaine valide et que la chaine a des vidéos disponibles sur youtube.com.

Bouton retour en haut de la page