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Gabon : visite des chantiers de la capitale par les élus de l’Ogooué-Maritime ou la confirmation de Libreville la privilégiée !

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La récente immersion des forces vives et des élus de l’Ogooué-Maritime au cœur des grands chantiers de Libreville, suivie de leur réception par le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, soulève une question fondamentale sur la trajectoire de développement du Gabon. Si cette visite se voulait une démonstration des ambitions modernisatrices de l’État, elle a surtout mis en lumière un déséquilibre criant : l’hyper-centralisation des projets structurants au profit exclusif de la capitale administrative, confirmant ainsi le statut de Libreville comme la grande privilégiée de la République.

D’un côté, Libreville poursuit sa métamorphose à travers des infrastructures aux standards internationaux. De la Baie des Rois au nouveau Palais des Congrès, en passant par les grands boulevards et les projets urbains structurants, la capitale change progressivement de visage et concentre l’essentiel des investissements publics. De l’autre, de nombreuses capitales provinciales et les territoires de l’intérieur continuent d’accumuler les retards en matière de routes, d’accès à l’eau potable, d’électricité, de santé ou encore d’équipements publics, donnant le sentiment d’un développement territorial profondément déséquilibré.

Port-Gentil, un paradoxe économique difficile à ignorer

L’exemple de l’Ogooué-Maritime, et particulièrement de Port-Gentil, est à cet égard saisissant de paradoxe. Capitale économique et véritable poumon financier du pays grâce à ses ressources pétrolières, Port-Gentil ne bénéficie en retour que du strict minimum. Les populations locales doivent se contenter d’infrastructures de base souvent défaillantes, de voiries dégradées et d’un chômage des jeunes endémique, alors même que la richesse de leur sous-sol finance les projets d’envergure de la capitale. Cette asymétrie crée un sentiment légitime de frustration et d’injustice territoriale.

Mais ce contraste est encore plus saisissant, voire insoutenable, lorsqu’on tourne le regard vers des provinces comme la Nyanga. Alors que les milliards coulent à flots pour embellir le front de mer librevillois, la Nyanga agonise dans l’indifférence générale, affichant un taux de pauvreté record de plus de 77 %. Comment justifier les dépenses somptuaires de la capitale face à une telle détresse sociale ? Ce chiffre alarmant interpelle directement l’efficacité et la moralité de nos politiques publiques : il rappelle que derrière les vitrines de verre de la Baie des Rois se cache un Gabon de l’intérieur plongé dans une précarité absolue, privé de routes praticables, d’accès à l’eau potable et de structures de santé dignes de ce nom.

L’impératif d’un équilibre territorial : interpellation au Chef de l’État

L’approche que devrait adopter l’État en matière de développement ne peut plus se limiter à une politique de ruissellement hypothétique depuis Libreville. Un développement harmonieux exige une redistribution équitable, réelle et immédiate des richesses nationales à travers tout le territoire. Les élus et les forces vives de l’Ogooué-Maritime ne doivent pas être de simples spectateurs émerveillés de la modernisation de la capitale ; ils aspirent légitimement à voir leur propre province se transformer. De même, les populations de la Nyanga et des autres régions périphériques ne peuvent plus être les laissées-pour-compte d’une prospérité à sens unique.

Il est désormais indispensable d’accélérer le développement des provinces en y transposant des projets d’envergure et en y injectant des investissements massifs. Les autres provinces ont elles aussi droit à leurs « Baie des Rois » et à leurs « Palais des Congrès », mais surtout à la dignité de conditions de vie décentes. Moderniser Port-Gentil, Tchibanga, Oyem, Franceville ou Mouila avec des infrastructures culturelles, sanitaires, routières et d’affaires de premier plan est le seul moyen de freiner l’exode rural, de dynamiser les économies locales et de garantir une véritable justice sociale.

Faire des neuf provinces les moteurs du Gabon de demain

Le véritable défi du président Brice Clotaire Oligui Nguema ne sera donc pas seulement de transformer Libreville. Il sera surtout de faire émerger un modèle de développement équilibré capable de valoriser les potentialités des neuf provinces. Port-Gentil, Franceville, Oyem, Mouila, Tchibanga, Koulamoutou, Makokou ou Lambaréné disposent chacune d’atouts économiques, agricoles, industriels, miniers ou touristiques qui méritent des investissements structurants à la hauteur de leurs ambitions.

La visite des élus de l’Ogooué-Maritime aura finalement mis en lumière une évidence : le développement de Libreville est une bonne nouvelle pour le Gabon, mais il ne saurait constituer, à lui seul, une politique nationale d’aménagement du territoire. Le véritable héritage de la Transition sera jugé à sa capacité à faire du progrès un bien commun partagé entre toutes les provinces, afin qu’aucun Gabonais ne puisse avoir le sentiment d’appartenir à une République où certains territoires avancent pendant que d’autres attendent encore leur tour.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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