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Gabon : Yves Fernand Manfoumbi appelle à transformer chaque franc public en résultats mesurables

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Pour Yves Fernand Manfoumbi, ancien directeur général du Budget et ancien ministre, la crédibilité budgétaire du Gabon ne peut plus être appréciée uniquement à l’aune du niveau des recettes, de la dette ou des montants consacrés à l’investissement. Dans une réflexion consacrée à « l’excellence opérationnelle », il invite l’État à mesurer davantage sa performance par sa capacité à exécuter les dépenses, respecter ses engagements financiers et convertir effectivement les ressources publiques en infrastructures, emplois et services publics.

Le diagnostic posé par Yves Fernand Manfoumbi déplace le débat budgétaire vers une question centrale : celle de l’efficacité de la dépense publique. « Le Gabon ne souffre pas seulement d’un problème de ressources. Il souffre surtout d’un problème de transformation de la ressource en résultat », soutient-il. Pour l’ancien directeur général du Budget, un État ne saurait ainsi mesurer sa performance au seul volume des crédits inscrits dans ses lois de finances. Encore faut-il déterminer ce qu’ils permettent effectivement de produire et à quel coût. Une exigence qui concerne aussi bien les routes et établissements scolaires que le financement des entreprises, la création d’emplois ou l’amélioration des services publics.

Passer des crédits consommés aux résultats obtenus

Yves Fernand Manfoumbi défend ainsi une rupture avec une conception essentiellement comptable de l’exécution budgétaire. « Un budget crédible n’est pas celui qui annonce beaucoup. C’est celui qui exécute mieux, paie à temps et produit des résultats mesurables », insiste-t-il, citant notamment les expériences du Rwanda, de Singapour et de la Côte d’Ivoire pour illustrer le rôle de la qualité administrative dans la performance économique.

Cette évolution supposerait d’abord une programmation plus rigoureuse. Chaque dépense devrait, selon lui, être associée à une priorité nationale, un calendrier précis, un responsable clairement identifié et un résultat attendu. Autrement dit, l’inscription d’un crédit au budget ne devrait plus constituer une finalité en soi, mais le point de départ d’une chaîne de responsabilité permettant d’évaluer l’efficacité réelle de l’action publique.

Budget et trésorerie, une articulation déterminante

Le deuxième chantier identifié concerne la synchronisation entre programmation budgétaire et disponibilité effective de la trésorerie. L’ancien ministre souligne les conséquences économiques des décalages entre annonces, engagements et paiements. « Un investissement annoncé mais non financé à temps devient une promesse. Une facture publique impayée devient un coût pour l’entreprise. Un chantier interrompu devient une perte pour la collectivité », résume-t-il.

Cette problématique dépasse la seule gestion interne de l’administration. Les retards de paiement peuvent fragiliser les entreprises attributaires de marchés publics, perturber leurs trésoreries et ralentir l’exécution des projets. Pour Yves Fernand Manfoumbi, l’excellence opérationnelle implique donc une réforme touchant simultanément la chaîne de la dépense, la trésorerie, les marchés publics et le pilotage des investissements.

Mesurer concrètement ce que produit l’État

Troisième rupture proposée : replacer les résultats physiques et économiques au cœur de l’évaluation budgétaire. « Combien de kilomètres de routes réellement livrés ? Combien de salles de classe effectivement construites ? Combien d’entreprises financées et devenues productives ? Combien d’emplois créés par les investissements publics ? », interroge l’ancien ministre. Des indicateurs qui devraient, selon lui, devenir aussi importants que les montants inscrits au budget.

Derrière cette approche se dessine une conception plus exigeante de la souveraineté financière. Celle-ci ne dépendrait pas seulement de la capacité du Gabon à mobiliser des ressources, mais de son aptitude à les programmer, les sécuriser et les convertir en réalisations tangibles. « Aucune dépense publique sans objectif clair, aucun grand projet sans indicateur de résultat, aucun crédit sans évaluation de son impact », préconise Yves Fernand Manfoumbi. À l’heure où le Gabon ambitionne d’accélérer sa transformation économique, le véritable test sera donc moins le nombre de milliards mobilisés que la quantité de résultats effectivement produits avec chaque franc dépensé.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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