Henri Claude Mbina : « Un coup d’État doit demeurer une exception dans l’histoire de la Nation »
Au lendemain de la célébration de la Fête de la Libération du 30 août 2026, Henri Claude Mbina, acteur politique et ancien candidat aux élections législatives dans le 3e arrondissement de Ntoum, invite à interroger la place accordée au « Coup de la Libération » dans la mémoire nationale. Dans une déclaration à Gabon Media Time ce 31 août 2026, il estime qu’un coup d’État, même lorsqu’il intervient dans un contexte politique particulier, doit demeurer une exception dont une démocratie tire les enseignements plutôt qu’un événement susceptible d’être consacré comme un mode légitime d’accession au pouvoir.
La prise de position intervient alors que le Gabon vient de célébrer, à Makokou, le troisième anniversaire du 30 août 2023, date de la prise de pouvoir par les militaires du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI). Depuis, cette date a acquis une place particulière dans le récit institutionnel de la Ve République. Pour Henri Claude Mbina, c’est précisément cette inscription durable dans la mémoire collective qui mérite désormais d’être interrogée.
« Aucun coup d’État ne saurait être considéré comme une norme »
« Pour un pays qui se veut ancré dans les valeurs républicaines et démocratiques, aucun coup d’État ne saurait être considéré comme une norme », affirme Henri Claude Mbina. Une position qui ne consiste pas, dans sa déclaration, à nier la portée historique du 30 août 2023, mais à distinguer l’existence d’un événement politique exceptionnel de sa normalisation dans les représentations collectives.
L’ancien candidat aux législatives estime ainsi que lorsqu’une rupture anticonstitutionnelle intervient dans l’histoire d’une Nation, elle doit conserver son caractère exceptionnel. « Lorsqu’il survient, il doit demeurer une exception dans l’histoire de la Nation, dont il faut tirer les leçons pour éviter qu’elle ne se reproduise », souligne-t-il.
Célébrer la rupture ou en retenir les enseignements ?
La réflexion soulevée par Henri Claude Mbina porte donc directement sur la fonction d’une commémoration. Le 30 août peut-il simultanément marquer la fin d’un système politique contesté et devenir une célébration institutionnelle sans contribuer à légitimer, pour l’avenir, le recours à la force comme mécanisme de changement du pouvoir ?
Pour l’acteur politique, le risque existe. « Le célébrer, c’est prendre le risque de l’ancrer dans l’imaginaire collectif comme un mode acceptable d’accession au pouvoir », prévient-il. Son propos introduit ainsi une distinction entre la reconnaissance des conséquences politiques du 30 août 2023 et la valorisation du procédé qui a permis cette rupture.
Le défi de l’enracinement démocratique
Trois ans après les événements de 2023, cette interrogation prend une dimension particulière alors que les autorités présentent la Ve République comme une nouvelle étape de la construction institutionnelle gabonaise. Le débat ne porte dès lors plus uniquement sur le jugement porté sur l’ancien régime, mais également sur les principes que le pays souhaite transmettre aux générations futures en matière d’alternance et de conquête du pouvoir.
La déclaration d’Henri Claude Mbina pose finalement une question de mémoire politique : comment inscrire le 30 août 2023 dans l’histoire nationale sans transformer son caractère exceptionnel en précédent reproductible ? Pour lui, la meilleure manière de tirer les enseignements de cette rupture serait précisément de construire des institutions suffisamment démocratiques et solides pour que le Gabon n’ait plus jamais besoin d’un coup d’État pour provoquer une alternance politique.










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