Derniers articlesSOCIETE

Gabon : avec 159 404 habitants, la Ngounié confrontée au défi de retenir sa population

Ecouter l'article

Avec 159 404 habitants sur les 3 518 621 recensés au Gabon en 2026, la Ngounié se classe au cinquième rang des neuf provinces du pays. Elle rassemble environ 4,5 % de la population nationale, très loin de l’Estuaire et de ses 2 184 908 habitants. Pour cette province pourtant vaste, riche en terres agricoles et organisée autour de plusieurs centres urbains, dont Mouila, Ndendé, Fougamou et Mbigou, les résultats du Recensement général de la population et du logement (RGPL) posent une question centrale : comment enrayer l’exode vers Libreville et créer suffisamment d’opportunités pour maintenir les populations sur leur territoire ?

La situation de la Ngounié diffère certes de celle de la Nyanga, de l’Ogooué-Lolo ou de l’Ogooué-Ivindo, toutes trois sous la barre des 100 000 habitants. Mais son poids démographique demeure relativement faible au regard de son étendue et de son potentiel. Surtout, derrière les 159 404 habitants se cache une problématique commune à une grande partie de l’intérieur du pays : la concentration progressive des emplois, des formations, des services spécialisés et des perspectives économiques dans le Grand Libreville.

Une province aux nombreux pôles mais encore insuffisamment attractifs

Mouila constitue naturellement le principal centre administratif et économique de la province. Mais la Ngounié dispose d’une particularité qui pourrait devenir un véritable atout d’aménagement du territoire : son maillage de villes secondaires. Ndendé, Fougamou, Mbigou, Mimongo, Lébamba ou encore Mandji pourraient chacune développer des fonctions économiques spécifiques plutôt que de dépendre essentiellement de l’administration publique.

Agriculture, élevage, transformation agroalimentaire, exploitation responsable des ressources forestières, tourisme et petites industries offrent des possibilités de diversification. Encore faut-il disposer de routes permettant d’écouler les productions, d’électricité suffisamment fiable pour transformer localement, d’accès au financement et d’une formation professionnelle adaptée aux besoins des différents bassins économiques.

L’exode rural, conséquence des inégalités territoriales

Le départ des populations vers Libreville ne saurait être réduit à une simple préférence pour la capitale. Lorsqu’un jeune doit quitter son département pour poursuivre certaines études, rechercher un emploi qualifié, bénéficier de soins spécialisés ou simplement accéder à davantage d’opportunités économiques, l’exode devient aussi la conséquence d’un déséquilibre dans l’offre de services publics et privés.

Cette dynamique fragilise particulièrement les petites villes et les villages. Le départ des jeunes réduit la population active, affaiblit la consommation locale et rend plus difficile l’émergence d’entreprises capables de créer des emplois. L’État doit donc intervenir en amont : investir pour maintenir les populations plutôt que tenter de réparer, plusieurs décennies plus tard, les conséquences du dépeuplement.

Faire de la Ngounié un bassin économique du sud du Gabon

La réponse passe notamment par le renforcement de Mouila comme pôle régional, mais également par une véritable spécialisation économique des départements. Les investissements publics doivent être pensés en fonction des potentialités locales et non uniquement selon le nombre actuel d’habitants.

À ce titre, le développement des axes routiers reliant Mouila, Ndendé, Lébamba, Mbigou, Mimongo et les autres localités constitue une condition déterminante. Une province ne peut durablement attirer les entreprises si les déplacements des personnes et des marchandises demeurent difficiles. Le même raisonnement vaut pour l’eau, l’électricité, Internet, les structures sanitaires et l’enseignement.

159 404 habitants : transformer le constat en politique publique

Le RGPL 2026 offre désormais à l’État une photographie permettant de mesurer l’ampleur du déséquilibre territorial. Pour la Ngounié, l’enjeu ne doit donc pas être simplement d’augmenter sa population, mais de créer les conditions économiques et sociales permettant aux habitants de choisir d’y rester.

Car derrière les 159 404 habitants se joue une question plus large : celle du modèle territorial gabonais. Si travailler, étudier, entreprendre et accéder à des services publics de qualité continuent d’imposer un départ vers Libreville, l’exode rural se poursuivra. Pour inverser la tendance, la Ngounié doit désormais être considérée non comme une périphérie à administrer, mais comme un territoire à produire, connecter et développer.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

Ce message d’erreur est visible uniquement pour les administrateurs/administratrices de WordPress.

Erreur 403 : The request cannot be completed because you have exceeded your quota..

Domain code: youtube.quota
Reason code: quotaExceeded

Erreur : aucune vidéo n’a été trouvée.

Assurez-vous qu’il s’agit d’un identifiant de chaine valide et que la chaine a des vidéos disponibles sur youtube.com.

Bouton retour en haut de la page