A La UneDerniers articlesPOLITIQUE

Gabon : immeubles inachevés, l’État peut-il exiger des particuliers ce qu’il ne s’impose pas à lui-même ?

Ecouter l'article

Dans son adresse à la Nation du 16 août 2026, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a sommé les propriétaires d’immeubles inachevés, notamment ceux situés le long des principaux axes, de terminer leurs constructions, évoquant, à défaut, la possibilité d’une réquisition pour utilité publique dans le respect du cadre constitutionnel. Une fermeté qui peut se comprendre au regard des impératifs de salubrité, de sécurité et d’embellissement urbain. Mais elle soulève une question d’exemplarité : l’État peut-il imposer aux particuliers des délais qu’il peine lui-même à respecter sur certains de ses chantiers ?

L’interpellation dépasse la seule question esthétique. Depuis plusieurs années, le paysage urbain gabonais est marqué aussi bien par des constructions privées abandonnées que par des infrastructures publiques dont les travaux connaissent retards, interruptions ou reprises successives. Or, lorsqu’il exige des citoyens qu’ils mettent fin à cette situation, l’État engage également sa propre crédibilité : la rigueur ne peut durablement convaincre que lorsqu’elle s’applique à celui qui l’édicte.

Des chantiers publics également à l’arrêt

Dans plusieurs localités de l’intérieur du pays, des infrastructures publiques demeurent inachevées ou connaissent des retards importants. À Tchibanga, sont notamment cités les chantiers de la cité SNI, du marché municipal, de la gare routière ou encore de la station Gab’Oil. À Mouila, la caserne des sapeurs-pompiers est également concernée, tandis qu’à Lambaréné, le projet d’Université numérique reste attendu.


Cette liste, loin d’être exhaustive, pose d’autant plus question que plusieurs de ces infrastructures ont fait l’objet d’annonces, de relances, de missions d’évaluation ou de promesses de financement. Leur situation appelle donc une clarification publique : niveau réel d’exécution, montants déjà décaissés, causes des interruptions, responsabilités contractuelles et nouveaux délais de livraison.

La propriété privée sous pression

Le 16 août, Brice Clotaire Oligui Nguema a clairement averti les propriétaires concernés. L’objectif affiché est de mettre fin à la présence durable de bâtiments inachevés sur les principaux axes et d’accompagner la transformation urbaine engagée par les pouvoirs publics. Après les mises en demeure et délais impartis, l’État pourrait aller jusqu’à envisager une réquisition pour motif d’intérêt général.

Une telle perspective touche néanmoins au droit de propriété et suppose nécessairement le strict respect des garanties juridiques applicables. Mais au-delà de cette dimension, elle rend encore plus sensible la comparaison avec les ouvrages appartenant à la puissance publique : difficile de convaincre un propriétaire privé de l’urgence d’achever son bâtiment lorsque, dans le même environnement national, certains chantiers publics demeurent durablement figés.

L’exemplarité comme condition de l’autorité

Il ne s’agit pas d’opposer l’obligation des particuliers à celle de l’État. Les propriétaires privés doivent respecter les règles d’urbanisme qui leur sont applicables. De son côté, la puissance publique doit pouvoir intervenir lorsque la sécurité, la salubrité ou l’intérêt général l’exigent. Mais cette autorité gagne en légitimité lorsqu’elle repose sur une exigence identique envers le patrimoine et les projets publics.

Avant, ou parallèlement, à la mise en demeure des propriétaires privés, l’État pourrait ainsi publier un état des lieux des chantiers publics inachevés, identifier les responsabilités et fixer des échéances opposables aux administrations comme aux entreprises attributaires. La transformation urbaine gagnerait alors en cohérence : puisque la Ve République revendique désormais le principe selon lequel chacun doit répondre de ses actes, l’exigence d’achèvement ne saurait s’arrêter aux murs des propriétés privées.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

Ce message d’erreur est visible uniquement pour les administrateurs/administratrices de WordPress.

Erreur 403 : The request cannot be completed because you have exceeded your quota..

Domain code: youtube.quota
Reason code: quotaExceeded

Erreur : aucune vidéo n’a été trouvée.

Assurez-vous qu’il s’agit d’un identifiant de chaine valide et que la chaine a des vidéos disponibles sur youtube.com.

Bouton retour en haut de la page