Cybersécurité : la SEEG révèle avoir perdu près de 95 % de ses infrastructures informatiques
La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) a finalement levé un coin du voile sur l’incident informatique qui a fortement perturbé ses services depuis la mi-juin 2026. Dans une note de presse datée du 4 août et parvenue à Gabon Media Time, l’entreprise indique avoir été victime d’un « acte de sabotage » ayant provoqué « l’effondrement de près de 95 % de ses infrastructures et systèmes informatiques ». Près de deux mois après l’incident, la société assure que ses principaux services numériques sont progressivement rétablis et que son environnement informatique est désormais sécurisé.
L’ampleur de l’incident apparaît considérable. Selon les explications fournies par la SEEG, l’attaque est survenue « dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 juin 2026 » et a notamment affecté la plateforme de vente des unités EDAN, indispensable aux ménages disposant de compteurs prépayés. L’entreprise parle explicitement d’un sabotage perpétré par « des individus non encore identifiés », sans toutefois préciser, à ce stade, la nature exacte de l’intrusion, son origine ou les éventuelles données qui auraient pu être compromises.
Face à cette paralysie, une cellule de crise a été immédiatement activée avec, comme première urgence, la reconstruction du logiciel permettant l’approvisionnement en unités EDAN. Une vingtaine d’ingénieurs informatiques, d’experts en cybersécurité et de techniciens auraient été mobilisés. Selon la note parvenue à Gabon Media Time, cette application a pu être restaurée « au bout de 48h de travail ininterrompu », permettant aux clients de reprendre leurs achats d’unités via Airtel Money, Moov Money et BGFI Mobile.
Des applications essentielles progressivement reconstruites
Une fois le système EDAN remis en fonctionnement, la SEEG affirme s’être attaquée au principal logiciel autour duquel communiquent ses différents domaines applicatifs. Sa reconstruction permet désormais aux clients d’obtenir leurs factures et de régler leurs consommations dans les agences commerciales du Grand Libreville ainsi qu’auprès des revendeurs agréés. Une étape déterminante pour une entreprise dont les systèmes numériques constituent désormais une infrastructure aussi stratégique pour la continuité du service que certains de ses équipements physiques.
La restauration demeure néanmoins progressive sur l’ensemble du territoire. À l’intérieur du pays, les applications critiques sont déjà opérationnelles dans les points de contact de Franceville, Moanda, Akiéni, Mounana, Mouila, Port-Gentil et Lastoursville, indique la société. « L’opération est en cours dans d’autres exploitations », précise la note, sans communiquer de calendrier définitif de retour à la normale pour l’ensemble des agences concernées.
Un sabotage qui pose la question de la vulnérabilité numérique
Si la SEEG assure que « le périmètre est désormais sain, sécurisé et protégé par des mesures de renforcement accrues », l’ampleur annoncée de l’incident appelle nécessairement des interrogations. La perte ou l’indisponibilité de près de 95 % des infrastructures et systèmes informatiques d’un opérateur chargé de deux services publics aussi stratégiques que l’eau potable et l’électricité constitue un événement majeur. Au-delà du rétablissement technique, il faudra donc déterminer comment une attaque a pu provoquer une défaillance d’une telle ampleur.
La qualification même d’« acte de sabotage » soulève également la question de l’identification de ses auteurs et des suites judiciaires qui pourraient en découler. Sur ce point, la note de la SEEG demeure prudente et se limite à évoquer « des individus non encore identifiés ». Elle ne précise ni si une plainte a été déposée, ni si les autorités judiciaires et les services compétents en matière de cybersécurité ont été saisis, ni si des données commerciales ou personnelles appartenant aux abonnés ont été consultées, extraites ou altérées.
La cybersécurité, nouvel enjeu stratégique du service public
Cet incident rappelle surtout que la transformation numérique des services publics gabonais s’accompagne d’une nouvelle catégorie de risques. Facturation, prépaiement EDAN, encaissements et gestion commerciale reposent désormais largement sur des systèmes informatiques interconnectés. Leur indisponibilité peut donc avoir des répercussions immédiates sur plusieurs centaines de milliers d’usagers et, dans le cas particulier de la SEEG, affecter directement l’accès quotidien à l’électricité.
Près de deux mois après les faits, l’entreprise assure que « le retour à la normale du trafic et des services numériques de la SEEG reprend graduellement » et remercie les usagers pour leur patience durant cette période de perturbations. Le rétablissement des plateformes constitue une première réponse. Reste désormais un second impératif : tirer toutes les conséquences de cet incident, identifier les responsabilités et renforcer durablement l’architecture de cybersécurité de la SEEG afin qu’une attaque informatique ne puisse plus mettre à terre 95 % du système numérique d’un opérateur aussi stratégique pour le Gabon.









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